Actualisé 04.04.2008 à 17:43

Poutine baisse le ton mais pas la garde face à l'OTAN

On l'avait dit très remonté. Mais Vladimir Poutine s'est montré plus conciliant qu'on ne le craignait au sommet de l'OTAN vendredi à Bucarest, pour sa dernière prestation sur la scène internationale avant de quitter la présidence.

Sans pour autant oublier de rappeler à l'Occident son hostilité absolue à tout élargissement de l'Alliance jusqu'aux portes de la Russie.

«Soyons amis, engageons un dialogue honnête», a lancé le président russe, se réjouissant qu'il ait été «sincère et constructif» lors de ce sommet. Un net contraste avec ses précédentes diatribes aux relents de Guerre froide contre l'OTAN et les Etats-Unis.

Pour le maître du Kremlin, «aucun des acteurs majeurs, Europe, Etats-Unis et Russie, n'a intérêt à retourner vers le passé». «Et nous n'avons pas de différences idéologiques», a-t-il ajouté devant les journalistes après sa rencontre avec ses hôtes de l'Alliance atlantique.

«Nous voulons être entendus, et nous voulons voir réglés les problèmes qui nous divisent. Nous répondrons en fonction de la manière dont ils nous traitent», a cependant noté le président russe.

Il faut dire qu'il savourait un des plus jolis succès diplomatiques, l'OTAN reportant à plus tard l'idée de mettre la Géorgie et l'Ukraine sur le chemin de l'entrée dans l'Alliance. Et ce malgré la pression américaine, d'autres Etats-membres craignant de fâcher Moscou en accueillant en leur sein ces anciennes républiques soviétiques.

Et Poutine ne s'est pas privé de marteler une nouvelle fois qu'il restait sur la même ligne: «l'émergence d'un bloc militaire puissant à nos frontières sera considéré comme une menace directe sur la sécurité de la Russie. Je les entends dire aujourd'hui que l'élargissement n'est pas dirigée contre la Russie. Mais c'est le potentiel, pas les intentions, qui comptent».

Le secrétaire général de l'OTAN Jaap de Hoop Scheffer a tout de même rassuré l'Ukraine et la Géorgie: «ces pays deviendront membres de l'OTAN, il ne peut y avoir de doute à ce sujet». Mais pas tout de suite.

Jaap de Hoop Scheffer a reconnu que la question de l'élargissement avait été un point de contentieux au sommet OTAN-Russie: «pour le dire gentiment, les esprits n'étaient pas tout à fait sur la même longueur d'ondes». Pour la chancelière allemande Angela Merkel en revanche, cette franchise avec Moscou et des rencontres comme celle de vendredi «peuvent aider à éviter les malentendus».

On était cependant loin de Munich l'année dernière, où les invectives de Poutine avait laissé craindre le pire pour le dialogue Russie-Occident. Et sans bouger d'un iota sur le fond, Poutine a cependant mis un peu d'eau dans son vin sur la forme, afin, jugent les analystes, de «créer des conditions plus confortables» pour Dimitri Medvedev, son dauphin qui le relaye à la présidence le 7 mai, selon Evguéni Volk, patron de la branche moscovite de la Heritage Foundation.

Reste encore à Poutine à créer l'ambiance la plus détendue possible pour son dernier week-end en bilatéral avec le président américain George W. Bush: les deux hommes se retrouvent à Sochi sur les bords de la Mer noire, et devaient revenir sur un autre sujet de querelle entre Washington et Moscou: le projet de bouclier anti-missile que les Etats-Unis veulent déployer en Europe, notamment en Pologne et Tchéquie, et que la Russie voit comme une menace pour sa dissuasion nucléaire. D'autant que l'OTAN à Bucarest y a apporté son soutien...

«C'est positif qu'ils aient entendu nos inquiétudes», a estimé Poutine à Bucarest à ce sujet: «nos partenaires américains pensent à garantir la transparence et la confiance mutuelle». (ap)

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