Russie: Poutine promet du changement
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RussiePoutine promet du changement

Le Premier ministre russe a réagi au net recul de son parti aux législatives et à la colère en promettant de renouveler le personnel politique. Dans le même temps, 500 manifestants ont été interpellés.

Fait quasiment inédit depuis 1999 et son accession au pouvoir, la mainmise de Vladimir Poutine sur la société russe semble avoir reculé. Au Parlement, sa majorité absolue a été ramenée à 13 sièges seulement, et son parti, Russie unie, est passé de 64 % des voix à moins de 50 % en à peine quatre années.

Mardi, le chef du gouvernement, qui devrait prendre la direction du Kremlin après la présidentielle du 4 mars prochain, s'est engagé à prendre en compte les aspirations à une modernisation émanant de la société russe. «Il y aura naturellement un renouvellement significatif des effectifs au sein du gouvernement», a-t-il dit aux membres de son parti.

Cette déclaration est la première montrant ouvertement l'inquiétude de l'homme fort du pouvoir russe après le scrutin de dimanche. Mais il faudra toutefois patienter, vraisemblablement après son accession à la présidence en mars, pour constater l'ampleur du renouvellement promis mardi.

En attendant, Dmitri Peskov, son porte-parole, a prévenu qu'il faudrait mettre fin aux manifestations non-autorisées.

Manifestations et interpellations

Car Vladimir Poutine doit à présent affronter la colère de la rue. Mardi soir, la police russe a interpellé près de 500 manifestants - 250 à Moscou et environ 200 à Saint-Pétersbourg - qui tentaient de se rassembler pour protester contre la victoire de Russie unie aux législatives.

Plusieurs responsables de mouvements de l'opposition russe ont été interpellés à Moscou dont, l'ex-vice-premier ministre et dirigeant du parti non-enregistré Parnas, Boris Nemtsov, et le chef du parti Iabloko, Sergueï Mitrokhine, ont indiqué leurs mouvements respectifs. Une heure plus tard, M. Nemtsov a cependant été relâché.

La police n'est pas intervenue en revanche contre des militants pro-pouvoir, beaucoup plus nombreux et présents de l'autre côté de la place. Les policiers repoussaient d'autres opposants de la place Trioumfalnaïa, intervenant en priorité contre ceux qui criaient «La Russie sans Poutine», ou «Honte!».

Des appels au rassemblement avaient été lancés dans la journée sur les réseaux sociaux après une manifestation qui avait réuni à Moscou des milliers de personnes la veille au soir. Quelque 300 opposants, qui protestaient contre la fraude électorale et appelaient à chasser du pouvoir l'ancien espion du KGB, avaient été interpellés.

Moscou critique vivement les Etats-Unis

La secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton a réitéré ses préoccupations sur le vote de dimanche dernier, jugeant que le scrutin n'avait été «ni libre ni équitable» après les accusations de fraude de l'opposition. Le sénateur républicain John McCain est allé plus loin, écrivant sur Twitter: «Cher Vlad, le printemps arabe vient d'un endroit pas très éloigné de chez toi».

Le ministère russe des Affaires étrangères a lui jugé «inacceptables» les critiques américaines à ce sujet. La diplomatie russe «compte sur la partie américaine pour se retenir à l'avenir de formuler des critiques inamicales», et appelle Washington à renoncer «aux stéréotypes dépassés». Le communiqué souligne par ailleurs que le système électoral américain n'est pas «un exemple d'ouverture et de justice».

Se joignant aux critiques de Washington, Berlin et Paris, le secrétaire d'Etat britannique aux Affaires étrangères, David Lidington, a estimé mardi qu'il fallait une «enquête rapide et transparente» sur les irrégularités relevées lundi par l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). L'organisation avait parlé de «bourrage d'urnes», mais aussi d'une trop grande proximité entre l'Etat et le parti.

Le président Dmitri Medvedev a rejeté mardi les critiques occidentales. «Qu'elles surveillent les élections, les violations (des règles de procédure), c'est une chose, mais l'état du système politique, ce n'est pas leur affaire», a déclaré M. Medvedev.

Un blogueur condamné à 15 jours de prison

Le blogueur russe anti-corruption Alexeï Navalny a été condamné mardi à Moscou à 15 jours de prison après avoir été interpellé la veille lors d'une manifestation massive de l'opposition dénonçant les résultats des législatives de dimanche, a annoncé l'agence Interfax.

Appréhendé par la police avec 300 manifestants, Alexeï Navalny, devenu ces derniers mois une figure populaire de l'opposition, a été reconnu coupable de «refus d'obtempérer aux injonctions de représentants de la force publique» et condamné à 15 jours de prison par un tribunal de Moscou, selon la même source.

(ats/afp)

Medvedev tance les Occidentaux

Le président russe Dmitri Medvedev a déclaré mardi que le système politique russe n'était «pas l'affaire» des Occidentaux, après des critiques des observateurs de l'OSCE. Le Premier ministre Vladimir Poutine a lui estimé que le recul de son parti Russie unie était «inévitable» compte tenu la crise économique mondiale.

Ce qui concerne les partis politiques «relève de la compétence des autorités russes et non pas de la compétence des organisations internationales», a déclaré M. Medvedev, cité par l'agence Ria Novosti.

«Qu'elles surveillent les élections, les violations, c'est une chose, mais l'état du système politique, ce n'est pas leur affaire», a-t-il ajouté.

Le ministère russe des Affaires étrangères a qualifié mardi d'«inacceptables» les critiques de la Maison Blanche et du département d'Etat américain sur le déroulement des législatives.

«Les déclarations de la secrétaire d'Etat des Etats-Unis, Hillary Clinton, et les commentaires analogues de représentants de la Maison Blanche et du département d'Etat sont inacceptables», a affirmé le ministère dans un communiqué".

Les arrestations de manifestants en Russie «préoccupantes» selon Paris

La France juge «préoccupantes» les arrestations de centaines de manifestants en Russie et souligne son attachement au respect du droit à manifester pacifiquement, a indiqué mardi le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Bernard Valero, en réponse à une question de l'AFP.

«Les interpellations de manifestants par les forces de police depuis hier à Moscou sont préoccupantes. Nous attachons la plus grande importance au respect du droit à manifester pacifiquement», a déclaré M. Valero.

Catherine Ashton, chef de la diplomatie de l'UE, a estimé mardi que certains aspects des élections législatives en Russie suscitaient de «graves préoccupations», et a dit espérer voir ces problèmes résolus d'ici à la présidentielle prévue au printemps.

«Je prends bonne note des résultats des élections au Parlement de la Fédération de Russie et du fait que les élections, comme l'ont noté les observateurs de l'OSCE dans leurs conclusions préliminaires, ont été techniquement bien préparées et organisées», écrit Mme Ashton dans un communiqué.

Cependant, poursuit-elle, «des informations faisant état de violations des règles de procédure, comme un manque d'impartialité des médias, une séparation insuffisante entre Etat et parti (au pouvoir, ndlr) et des faits de harcèlement contre les tentatives de supervision indépendantes, sont néanmoins une source de grave préoccupation».

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