Italie: Poutine rompt son isolement diplomatique
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ItaliePoutine rompt son isolement diplomatique

Le président russe a été accueilli mercredi à Milan par Matteo Renzi, avant une rencontre avec le pape. Le maître du Kremlin se donne ainsi l'occasion de sortir de son isolement diplomatique.

Vladimir Poutine a rencontré Matteo Renzi, chef du gouvernement italien.

Vladimir Poutine a rencontré Matteo Renzi, chef du gouvernement italien.

A l'aéroport de Milan, quelque 200 touristes, dont beaucoup agitaient des drapeaux russes, ont assisté à l'arrivée du chef d'Etat russe sur le sol italien. Vladimir Poutine était souriant. Il a débarqué de l'avion avec près d'une heure de retard sur l'horaire prévu.

Le président du Conseil italien Matteo Renzi l'a ensuite accueilli. Il n'a pas caché les divergences entre son pays et la Russie sur certaines questions, en premier lieu l'Ukraine.

Recevant le président russe à l'Exposition universelle de Milan, le chef du gouvernement italien a cité la crise ukrainienne et a souligné la nécessité de relever «les défis, tant ceux qui nous voient adopter des positions différentes que ceux qui nous rassemblent».

Accord de Minsk

«Sur la question de l'Ukraine, comme tout le monde le sait, il y a des inquiétudes et des espoirs, et évidemment des désaccords dans nos jugements», a-t-il lancé lors d'une conférence de presse commune.

L'accord signé en février dernier à Minsk, en Biélorussie, est «la boussole, le point de référence de tous nos efforts», a-t-il ajouté. «Toutes les femmes et tous les hommes de bonne volonté travaillent à l'entière mise en oeuvre du protocole de Minsk.»

Relation privilégiée

Le président russe a lui aussi estimé que le respect de l'accord de Minsk, qui porte notamment sur un cessez-le-feu, est essentiel.

Matteo Renzi a dit être impatient de pouvoir assister en 2018 à la Coupe du monde de football en Russie. Il a ainsi exclu implicitement tout boycott de cette compétition par son pays à la suite des scandales qui secouent la FIFA.

La Russie entretient une relation privilégiée avec l'Italie, jugée par Vladimir Poutine plus sensible à ses arguments et réticente à imposer des sanctions à Moscou.

Menaces de sanctions

Le chef d'Etat russe se présente dans la péninsule italienne deux jours à peine après de nouvelles menaces de sanctions renforcées de la part des pays du G7. La situation en Ukraine s'est à nouveau détériorée ces derniers jours, laissant craindre une nouvelle escalade.

L'Italie ne fait pas partie des «faucons» en matière de relations avec la Russie. Toutefois, Matteo Renzi est un des signataires du sévère communiqué publié lundi à l'issue d'une réunion des dirigeants du G7 en Bavière.

Les sept chefs d'Etat ou de gouvernement y ont unanimement lié la durée des sanctions contre la Russie à «la mise en oeuvre intégrale de l'accord de Minsk» de février sur un cessez-le-feu en Ukraine et au «respect de la souveraineté» de Kiev. Ils s'y disent «également prêts à prendre d'autres mesures restrictives pour augmenter le coût pour la Russie si ses actions le rendent nécessaire».

Marge de manoeuvre étroite

M. Poutine se rendra ensuite à Rome où il sera reçu par le président italien Sergio Mattarella, puis au Vatican pour y retrouver le pape François. Avec ce dernier, il discutera de la situation en Ukraine et au Moyen-Orient, selon des sources proches du Saint-Siège.

Le chef de l'Etat russe, qui se présente en fervent orthodoxe et ami de l'Eglise russe, avait déjà été reçu par le pape le 25 novembre 2013. Depuis lors, la guerre civile syrienne est devenue incontrôlable, et le conflit ukrainien a placé le Vatican et le pape face à un nouveau défi, illustrant l'étroitesse de leur marge de manoeuvre.

Appel à réconciliation

En Ukraine, les rebelles sont en majorité des orthodoxes rattachés au patriarcat de Moscou. Ils se battent contre d'autres orthodoxes et contre les grecs-catholiques (uniates) rattachés à Rome. Le Saint-Siège et le pape n'ont cessé d'appeler les Ukrainiens à se réconcilier et à cesser une guerre entre «frères» chrétiens.

Mais le Vatican est resté très prudent dans cette crise, au grand dam des catholiques uniates qui souhaiteraient une condamnation directe de la politique russe en Ukraine. Car pour le Saint-Siège, le dialogue entamé depuis des décennies entre le Vatican et le patriarcat russe, la branche la plus importante de l'orthodoxie, est aussi un enjeu. (ats)

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