Séisme en Italie: Pouvait-on éviter un tel désastre?
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Séisme en ItaliePouvait-on éviter un tel désastre?

La majorité des experts estiment possible mais coûteux et compliqué de rendre les vieux bâtiments italiens plus résistants aux séismes.

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Plusieurs centaines d'habitants des communes touchées par les récents séismes du centre de l'Italie, dont ceux d'Amatrice, ont manifesté à Rome mercredi pour dénoncer les lenteurs administratives de l'aide apportée par l'Etat à ces territoires dévastés. (Mercredi 25 janvier 2016)

Plusieurs centaines d'habitants des communes touchées par les récents séismes du centre de l'Italie, dont ceux d'Amatrice, ont manifesté à Rome mercredi pour dénoncer les lenteurs administratives de l'aide apportée par l'Etat à ces territoires dévastés. (Mercredi 25 janvier 2016)

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Le pape François a effectué une visite surprise à Amatrice. Il s'est rendu auprès des élèves d'une école reconstruites, suscitant une grande émotion, tant parmi les enfants que parmi les enseignants. (4 octobre 2016)

Le pape François a effectué une visite surprise à Amatrice. Il s'est rendu auprès des élèves d'une école reconstruites, suscitant une grande émotion, tant parmi les enfants que parmi les enseignants. (4 octobre 2016)

Keystone/Twitter - @Rietilife

Comme après chaque séisme meurtrier en Italie, le débat a repris sur la réduction des risques et la possibilité d'intervenir sur des édifices anciens. La majorité des experts estime cela compliqué, mais faisable.

Le tremblement de terre, qui a fait mercredi plus de 290 morts et presque totalement détruit plusieurs villages, a aussi endommagé ou détruit 293 bâtiments historiques, selon le ministère de la culture.

La zone de l'épicentre, à environ 150 km au nord-est de Rome, compte nombre d'églises, palais et monuments construits aux XIIIe et XIVe siècles, dont une partie a été détériorée. Il ne reste ainsi presque rien du centre historique d'Amatrice, où les secours ont extrait au moins 218 cadavres des décombres de cette localité classée depuis 2015 par le ministère de la culture parmi les «plus beaux villages d'Italie».

Bâtiments transformés

Mais pouvait-on éviter pareil désastre? «Si nous partons avec l'idée de transformer les vieux édifices en dur pour atteindre des niveaux de sécurité comparables aux immeubles modernes construits selon les critères antisismiques, il faut se résigner: nous n'y arriverons jamais», répond d'emblée Paolo Bazzurro, professeur des techniques de construction à l'institut universitaire de Pavie.

«Ce serait déjà un grand résultat que de les rendre plus sûrs, de faire en sorte qu'ils ne s'écroulent pas complètement en ensevelissant des personnes», ajoute cet expert dans La Stampa.

Le problème est que les bâtiments anciens, qui ont a priori déjà subi des secousses, certes, de moindre envergure, à travers les siècles, ont été souvent modifiés: les toits en bois ont été remplacés par du béton armé, les fenêtres ont été agrandies, les tirants métalliques évitant les écartements de charpente ont été enlevés pour des raisons esthétiques. «Résultat, l'édifice est devenu plus vulnérable», insiste Paolo Bazzurro.

Rétablir les conditions de départ

Même si le chef du gouvernement, Matteo Renzi, a rappelé qu'il n'était pas question de «raser» les centres historiques pour les reconstruire de manière plus sûre, «il y a beaucoup de choses faisables techniquement, et ce ne sont pas des interventions exceptionnelles», explique à l'AFP Paolo Iannelli, un expert du ministère.

«Partant du principe que les bourgs situés dans les zones sismiques ont acquis au cours des siècles une main-d'oeuvre spécialisée et ont utilisé les matériaux les plus adaptés, il faudrait éliminer les modifications réalisées au cours du temps et ayant entraîné une redistribution dangereuse des charges», explique-t-il.

Il faut «rétablir les conditions de départ et éviter de nouvelles erreurs», ajoute-t-il. Par exemple, les pluies peuvent avoir érodé le terrain sous l'édifice et il suffirait de faire attention à ce détail pour éviter des catastrophes, précise Paolo Iannelli.

Au-delà des bâtiments historiques, il existe aussi de nombreuses solutions pour les habitations et édifices construits avant l'entrée en vigueur des normes antisismiques en 1970, comme, par exemple, isoler la base de l'édifice du terrain ou installer des amortisseurs pour réduire le choc des secousses sismiques, selon des experts interrogés par la presse italienne.

Des centaines de milliards

Coût de ces opérations de mise aux normes de tous les bâtiments italiens? «De l'ordre de 360 milliards d'euros», selon le ministre des transports et des Infrastructures, Graziano Delrio, interrogé par le Corriere della Sera.

Matteo Renzi a annoncé jeudi soir le lancement d'un plan de prévention, baptisé «Casa Italia», la maison Italie, en assurant que cela serait plus efficace que de préparer les secours pour le prochain drame. Mais il n'a donné aucun détail, en particulier financier.

Plus de 20 millions d'Italiens, soit 40% de la population, vivent dans 4,7 millions de maisons ou d'immeubles à risque sismique élevé, assure vendredi le quotidien La Repubblica.

Reste que l'Italie devra aussi se défaire d'une autre plaie: plus de la moitié de ces logements ont été construits après l'entrée en vigueur des normes antisismiques, tout comme l'avait été l'école d'Amatrice, rénovée à grands frais pour résister en cas de secousse et désormais en ruine. (nxp/ats)

(NewsXpress)

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