Actualisé 10.07.2008 à 17:08

PPDA: «Mesdames, Messieurs, … A tchao bonsoir»

Après 21 ans au poste de présentateur du Téléjournal de TF1, Patrick Poivre d'Arvor présente ce soir son dernier «20 Heures»

L'annonce de l'éviction de PPDA au profit de Laurence Ferrari, journaliste montante qui quitte Canal + pour rejoindre le siège le plus prisé de la télévision française, avait fait l'effet d'une bombe dans le milieu télévisuel hexagonal. Et pour cause. Après 21 ans de service, beaucoup voyaient PPDA tenir jusqu'à sa retraite en 2012. Le patron de la Une, Nonce Paolini en a décidé autrement. Alors ce soir, PPDA s'installera pour la dernière fois dans le siège de présentateur du journal le plus regardé de France avec 8,1 millions de fidèles (c'est le moyenne depuis janvier, ce qui représente 35% de parts de marché).

Comment expliquer une telle longévité dans un poste aussi exposé et envié ? Tentative de réponse avec Darius Rochebin, présentateur du Téléjournal sur la TSR depuis 1998.

- Quel regard portez-vous sur le parcours de PPDA?

- C'est un parcours extraordinaire. Sous une allure faussement nonchalante, c'est un homme très actif, très ambitieux. Le journal, l'écriture, les voyages, etc. Il profite de la moindre minute, du moindre vol en avion pour griffonner un nouveau projet. J'aime bien cette rage de vivre.

- Sur ses qualités de journaliste?

- Il a une grande qualité: il ne s'est jamais laissé formater. Dans un métier où on est trop souvent conformiste et moutonnier, il a gardé sa marge d'originalité. C'est son côté littéraire, un peu breton, indépendant d'esprit.

- Etes-vous surpris de son éviction du siège de présentateur de le grande messe?

- Non. C'est le charme du métier. Chaque jour est une petite aventure, chaque journal, en direct, comporte une prise de risque, ça peut toujours s'arrêter d'un jour à l'autre. Laurence Ferrari a d'ailleurs bien des qualités semblables. C'est une intervieweuse pugnace et toujours surprenante.

- Plus généralement, comment peut-on rester plus de 20 ans au même poste de présentateur de JT, même si l'actualité bouge?

- Ce n'est pas une question d'années. On peut être fatigué, où au contraire avoir le feu sacré comme au premier jour : noter des idées de reportages et d'invités pendant les heures d'insomnies, se lever aux aurores pour faire sa revue de presse, etc.

- Plus de 28 ans de JT, dont 21 sur la chaîne privée, plus de 6200 éditions, n'y a-t-il pas un risque d'usure? N'y a-t-il pas le risque de lasser le téléspectateur qui a besoin de nouveauté dans un monde en mouvement?

- L'usure se sent si la personne elle-même est usée, mais ce n'est pas une question d'âge ou d'années. J'aime d'ailleurs beaucoup les parcours d'hommes ou de femmes qui ont un regain d'énergie sur le tard; même après 60 ans, Churchill, Clémenceau, Hugo, ce sont des exemples magnifiques.

- Vous êtes «notre PPDA», depuis dix ans à la présentation du TJ, avec le recul, comment analysez-vous votre parcours?

- C'est très différent chez nous. Toute la rédaction a en gros le même salaire. Les décisions sont collégiales, dans un esprit très «suisse». Il n'y a pas de star, personne ne peut dire «mon JT». Je préfère ça au modèle français, c'est finalement plus stimulant intellectuellement.

- Dix ans, c'est le temps d'un premier bilan...

- Non, je suis davantage sensible à l'âge qu'on a – j'ai 41 ans, le même âge que Laurence Ferrari d'ailleurs!

- Où vous voyez-vous dans dix ans? Toujours à votre poste?

- J'en ai parlé un jour avec PPDA justement. On a été marqués lui et moi par une même lecture dans notre enfance. C'est un livre sur Napoléon où la maman de Bonaparte dit à chaque étape de sa carrière: «Pourvu que ça dure!» C'est une jolie philosophie, au jour le jour, on se bat, mais on sait bien qu'il y a toujours une fin.

Didier Bender

Patrick Poivre d'Arvor souvent critiqué

La carrière de Patrick Poivre d’Arvor n’a pas été un long fleuve tranquille. Plusieurs manquements à la déontologie du journalisme ont été reprochés à PPDA.

1991: Sans conteste, le plus fameux est l’interview truquée de Fidel Castro, le président cubain, diffusée le 16 décembre 2001. Cette interview ayant été réalisée avec Régis Faucon, le journaliste vedette de TF1 en a rejeté à plusieurs reprises la responsabilité sur son confrère, après que ce dernier eut quitté TF1, raconte le site internet wikipedia. Le trucage avait été démontré le mois suivant la diffusion par le magazine Télérama et le journaliste Pierre Carles.

2008: La parution de «Madame, Monsieur bonsoir», il y a quelques mois, avait fait l’effet d’un coup de tonnerre chez TF1. Le livre est peu aimable envers les stars de l’info de la chaîne, PPDA en tête. Il aurait été écrit par 5 membres anonymes de la rédaction de TF1. PPDA aurait décidé de porter plainte contre l’éditeur responsable de la parution du pamphlet. PPDA a annoncé ce matin sur le site internet du Parisien que l’on en saurait bientôt plus sur cette affaire.

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