Genève: Précarité: hausse massive en 2020… et pire en 2022?
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GenèvePrécarité: hausse massive en 2020… et pire en 2022?

L’Hospice général enregistre une forte augmentation du nombre des personnes à l’aide sociale, cette année, en raison de la crise liée au Covid. Il craint un nouveau pic l’an prochain, avec les futurs chômeurs en fin de droit.

par
David Ramseyer
Distribution de colis alimentaire aux personnes précarisées, en mai 2020 aux Vernets, à Genève.

Distribution de colis alimentaire aux personnes précarisées, en mai 2020 aux Vernets, à Genève.

Fred Merz/LMD

Marquée du sceau du coronavirus et frappée par une crise économique massive, 2020 a été une année noire pour l’aide sociale. Au bout du lac, le nombre de dossiers (14’658) a bondi de 9,4 % par rapport à 2019, selon les chiffres dévoilés début janvier. «C’est considérable! La hausse n’avait jamais dépassé les 4,5% depuis 2016, note Bernard Manguin, porte-parole de l’Hospice général. Mais ce sera probablement plus grave encore en 2022. Nous craignons un boom, avec les chômeurs, nombreux aujourd’hui, qui pourraient être en fin de droit l’an prochain.»

Un constat que partage le Département neuchâtelois de l'économie et de l’action sociale: «Le volume dépendra de la vigueur de la reprise… quand elle sera là!» Vaud prédit de son côté une première poussée des demandes au début du second semestre de cette année, une fois les aides fédérales terminées. «Pour la suite, c’est l’inconnu, avoue Fabrice Ghelfi, directeur de la cohésion sociale du Canton. Ce sera probablement une hausse progressive. A ce jour, nous estimons pouvoir poser un scénario d’augmentation des demandes de revenu d’insertion (RI) de 5% en 2022, si la conjoncture ne s’améliore pas.»

Printemps dévastateur

Triste musique d’avenir, alors que ces derniers mois n’ont pas ressemblé à la mélodie du bonheur. À Genève, la forte augmentation de l’an passé résulte avant tout d’une montée en flèche des demandes en avril et mai, lors du semi-confinement. «Il y a aussi eu un pic, moins important, en novembre lors des nouvelles restrictions Covid, précise Bernard Manguin. Par contre, si l’on compare le seul second semestre 2020 à la même période, un an plus tôt, les chiffres sont stables.» Avec un point noir, cependant: «L’écart se creuse entre le nombre d’entrées et de sorties de l’aide sociale. C’est la conséquence d’un marché de l’emploi qui se restreint fortement.»

Pas de poussée ailleurs

Si le nombre de dossiers ouverts a explosé au bout du lac, l’an passé, ce n’est pas le cas au-delà de la Versoix ni à Neuchâtel. Les autorités vaudoises annoncent que le résultat 2020 pour le canton est comparable à celui de l’exercice précédent, mais elles signalent cependant des disparités régionales. Ainsi, Lausanne a enregistré une hausse de 1% des dossiers. Elle a été de 4,4% dans l’Est lausannois et de 4,8% dans la région de Bex. À l’inverse, le secteur Nyon-Rolle ainsi que Montreux ont connu des baisses de plus de 2%. Comment expliquer la différence entre Vaud et Genève? «Parmi nos hypothèses, relevons d’abord que le contexte socioéconomique des deux cantons est très différent, postule Fabrice Ghelfi. Ensuite, dans le canton de Vaud, les mesures fédérales jouent un rôle «d’amortisseur» très important.»

Côté neuchâtelois, les ouvertures de dossiers ont diminué de 13% en comparaison annuelle, mais le nombre total de dossiers recensés à fin 2020 a légèrement progressé (+ 1,4%). En clair: les gens restent plus longtemps à l’aide sociale.

Chauffeurs de taxi au point mort

Les statistiques détaillées de l’aide sociale genevoise montrent que les indépendants ont payé un lourd tribut à la crise actuelle. Ils sont ainsi nombreux à avoir dû se résoudre à se tourner vers l’Hospice général l’an passé. 51% d’entre eux étaient des chauffeurs de taxi. De leur côté, les autorités neuchâteloises et vaudoises précisent qu’elles n’ont pas identifié de secteur économique ou de catégorie particulière de population, parmi les dossiers ouverts en 2020.

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