Egypte: Première présidentielle depuis Moubarak
Actualisé

EgyptePremière présidentielle depuis Moubarak

Les Egyptiens élisaient mercredi un successeur au président déchu Hosni Moubarak. Étalé sur deux jours pour permettre aux 50 millions d'électeurs de déposer leur bulletin dans des bureaux supervisés par des juges, le premier tour de la présidentielle s'achèvera jeudi.

Les Egyptiens se sont passionnés pour la politique ces dernières semaines

Les Egyptiens se sont passionnés pour la politique ces dernières semaines

Les 13'000 bureaux de vote, placés sous la protection d'un important dispositif policier et militaire, ont ouvert leurs portes à 08h00 et devaient fermer à 21h00. Des files d'attente se sont constituées avant même leur ouverture. Douze candidats sont en lice pour ce scrutin historique, quinze mois après la chute du raïs.

Les résultats doivent être connus en principe le 27 mai. Il est peu probable que l'un des douze candidats rallie sous son nom une majorité absolue dès le premier tour. Un second tour sera probablement nécessaire les 16 et 17 juin pour départager les deux adversaires les mieux placés.

Le résultat reste très incertain en raison du grand nombre d'indécis et de la liberté de choix inédite qui s'offre aux électeurs après des décennies d'élections jouées d'avance.

Tentation islamiste

Poids lourd du monde arabe, avec quelque 82 millions d'habitants, l'Egypte semble partagée entre la tentation islamiste et celle d'une normalisation incarnée par des personnalités issues de l'ancien régime.

Les principaux prétendants sont le candidat des Frères musulmans, Mohammed Morsi, l'islamiste indépendant Abdel Moneim Aboul Foutouh, le dernier premier ministre de M. Moubarak, Ahmad Chafiq, l'ex- ministre des Affaires étrangères et ancien patron de la Ligue arabe, Amr Moussa, et le nationaliste arabe, Hamdeen Sabbahi.

«Deux types de vote sont en concurrence: le vote islamiste et le vote pour la stabilité», a dit à l'AFP un commentateur politique en vue, Hicham Kassem. «Toutes les combinaisons sont possibles pour le second tour», a-t-il ajouté.

MM. Moussa et Chafiq pourraient compter sur le vote de ceux qui, après quinze mois d'une transition mouvementée, «veulent un retour à la normale», estime Hicham Kassem.

«Un jour merveilleux»

«C'est un jour merveilleux pour l'Egypte. Si seulement ma mère et ma grand-mère étaient là pour voir ce jour et voter avec moi», déclarait mercredi Nehmedo Abdel Hadi, une femme de 46 ans portant le niqab (voile intégral), dans une école du nord-est du Caire.

Rania, une jeune Egyptienne portant vêtement de sport et casquette de baseball, assurait éprouver «un agréable sentiment de différence», car «c'est la première fois dans l'histoire de l'Egypte que nous choisissons vraiment notre président».

A Alexandrie et Suez, dans le nord du pays, la participation était inférieure en début d'après-midi aux récentes élections législatives, mais comme au Caire, le vote avait lieu dans le calme et une ambiance bon enfant.

Rôle de l'armée

Le Conseil militaire au pouvoir depuis la chute de Hosni Moubarak a appelé à voter en masse et promis un scrutin «100 % transparent». Il s'est engagé à remettre le pouvoir au nouveau président avant la fin juin.

De nombreux analystes estiment toutefois que l'armée, épine dorsale du système depuis la chute de la monarchie en 1952 et qui détient un patrimoine économique considérable, restera un acteur important.

Les pouvoirs du prochain président sont pour l'instant très imprécis. La constitution en vigueur sous M. Moubarak a été suspendue et la rédaction de la nouvelle est au point mort.

Parlement islamiste

S'il n'est pas islamiste, le président devra également composer avec un Parlement dominé de manière écrasante par les Frères musulmans et les fondamentalistes salafistes.

Le prochain président devra par ailleurs faire face à une situation économique préoccupante, combinant les inégalités sociales extrêmes héritées de l'ancien régime et le fort ralentissement de l'activité, notamment dans le secteur touristique, depuis la révolte.

Un policier a été tué par balle mercredi au Caire. Selon un haut responsable du ministère égyptien de l'Intérieur, l'agent a été pris dans un échange de tirs, sans relation direction avec le vote.

(ats)

Ton opinion