Birmanie: Premiers quotidiens privés depuis 50 ans

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BirmaniePremiers quotidiens privés depuis 50 ans

Les Birmans ont découvert lundi leurs premiers journaux quotidiens privés, dans un pays où les réformes politiques redessinent chaque jour un peu plus le secteur de l'information.

Jusqu'à présent, toutes les publications privées étaient hebdomadaires, n'utilisant que leurs sites internet pour satisfaire la soif d'information.

Jusqu'à présent, toutes les publications privées étaient hebdomadaires, n'utilisant que leurs sites internet pour satisfaire la soif d'information.

Ils sont seize à avoir la licence mais seuls quatre ont pour l'instant réussi à se lancer.

«The Voice», version quotidienne d'un des plus grands magazines du pays, «The Union», proche du parti majoritaire, «The Golden Fresh Land» et «The Standard Time» sont arrivés dans les kiosques lundi matin, au grand bonheur d'une population de 60 millions d'habitants avide d'une information libérée du joug de la censure.

«Les gens sont contents de lire des quotidiens pour la première fois», a ainsi estimé Phyu Phyu, marchande de journaux à Rangoun. «'The Voice Daily' a été épuisé très vite», a-t-elle ajouté, décrivant des stands pris d'assaut dès le petit matin.

Certains titres voulaient absolument être présents pour ce premier jour. «Nous voulions faire partie de cette étape historique», a relevé Aung Soe, un responsable de «The Voice».

Défi immense

Mais entre faiblesse logistique, inexpérience des rédactions et imprimeries sous-équipées, le défi à relever est immense. «Nous nous sommes préparés pendant six mois pour le quotidien», a-t-il ajouté. «Notre plus grand défi, ce sont les ressources humaines. Nous devrons le surmonter».

Les douze autres élus n'ont de leur côté pas réussi à tenir les délais, comme «D-Wave», le journal du parti de l'opposante Aung San Suu Kyi, qui espère publier en juillet.

Et beaucoup s'interrogent sur l'espérance de vie de si nombreux quotidiens concurrents, qui coûtent 200 kyats (moins de 24 centimes de franc), dans un des pays les plus pauvres de la planète.

«C'est bien d'avoir beaucoup de journaux, mais nous craignons qu'ils ne soient pas capables de continuer à long terme», a indiqué à l'AFP le vendeur Kalar Lay. «Les gens n'ont pas les moyens de les acheter tous».

Censure abolie

Le régime militaire avait nationalisé les quotidiens il y a un demi-siècle. Jusqu'à ce lundi, toutes les publications privées étaient hebdomadaires, n'utilisant que leurs sites internet pour satisfaire la soif d'information.

Mais depuis l'auto-dissolution de la junte en mars 2011, les réformes du nouveau gouvernement se sont étendues au secteur des médias. La censure a été abolie en août dernier, des journalistes emprisonnés ont été libérés. Et des sujets tabous, comme les activités de l'opposante Aung San Suu Kyi, font désormais la Une.

Mais malgré ces progrès décrits par Reporters sans frontières comme une «révolution de papier», le pays figure encore, après une remontée de 18 places, au 151e rang sur 179 au classement 2013 de la liberté de la presse de l'organisation. (ats)

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