Prévention des avalanches: Préparation et connaissances, les notions-clés pour ne pas mourir enseveli
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Prévention des avalanchesPréparation et connaissances, les notions-clés pour ne pas mourir enseveli

À en croire le nombre d’accidents survenus cette saison, la pandémie a rendu les Suisses plus téméraires. Des professionnels du secours mettent en garde contre les dangers de la montagne.

par
Lauren von Beust

«L’enneigement exceptionnel, le cumul de précipitations et le renversement des températures font que cet hiver est particulièrement dangereux», contextualise Guido Guidetti. En tant que responsable de la formation du Secours alpin romand (SARO), il martèle l’importance de connaître les risques d’avalanches, souvent meurtrières. «En montagne, le risque zéro n’existe pas, même pour les professionnels», insiste-t-il.

En Suisse, depuis le 1er octobre, 132 avalanches ont emporté 182 personnes et 19 y ont perdu la vie, rapporte le SLF. Inquiets par le nombre d’accidents survenus cette saison, les professionnels du secours nous ont consacré une journée dédiée à la prévention.

La pandémie, qui a contraint les Suisses au semi-confinement, les a aussi rendus plus téméraires. Ski de fond, raquettes ou encore ski de randonnée ont permis d’assouvir une envie irrépressible de liberté, parfois au mépris du danger. «Davantage de personnes partent à la découverte de la montagne et tous n’ont pas les connaissances et compétences nécessaires. Certains ont pris énormément de risques», constate Guido Guidetti, également guide de montagne dans les stations de Villars-Gryon et Les Diablerets.

Préparer sa course

Sac airbag, détecteur de victimes d’avalanches (DVA), sonde, pelle… L’équipement de sécurité à adopter lorsqu’on sort des pistes balisées est encore trop souvent ignoré, voire tout à fait méconnu. Et pourtant, le matériel est accessible à tous dans les magasins de sport. Avant une course, bien lire le bulletin d’avalanches proposé quotidiennement par l’Institut pour l’étude de la neige et des avalanches (SLF) est indispensable, selon le professionnel de la montagne.

«On croit qu’on maîtrise le truc mais en fait, on ne maîtrise rien du tout»

Willy Brand, responsable de la sécurité du domaine Villars-Gryon-Les Diablerets

Si une avalanche prend au piège des personnes, une course effrénée contre la montre débute alors. Et Guido Guidetti est formel: même en cas de beau temps, le dispositif de secours met «entre 12 et 15 minutes» pour arriver sur les lieux, d’où l’importance de «l’aide au camarade». Les témoins sont tenus de commencer rapidement le travail de recherche en attendant l’arrivée des professionnels. «Le temps à disposition est très court, chaque minute compte», insiste le guide. Bloquée sous la neige et parfois inconsciente, la victime risque l’hypothermie en plus de l’asphyxie.

Flairer la victime

Formés dès leur plus jeune âge à rechercher «l’odeur humaine» sous la neige, les chiens d’avalanche sont souvent appelés à la rescousse. Accompagné de Yolo, son fidèle compagnon de sauvetage, Pascal Oesch, responsable du domaine cynophile au SARO, explique que «plus le corps de la personne se refroidit, moins elle dégage d’odeur, ce qui rend le travail encore plus compliqué pour le chien». D’où l’importance d’une intervention rapide, car «il est bien souvent déjà trop tard», ajoute-t-il.

Ils sont aujourd’hui 11 conducteurs de chiens entre les cantons de Vaud et Fribourg. L’un de ces toutous a d’ailleurs permis de retrouver une personne bloquée sous l’avalanche survenue le mois dernier aux Rochers-de-Naye (VD).

Minage préventif

Avec son métier, Willy Brand côtoie quotidiennement le danger. Responsable de la sécurité du domaine Villars-Gryon-Les Diablerets, il s’occupe du minage préventif: il déclenche les avalanches aux explosifs dans les zones potentiellement dangereuses afin de sécuriser les pistes balisées. «Je me suis déjà fait prendre trois fois dans une avalanche. Je suis resté bloqué une demi-heure avec juste la tête qui dépassait. Ça fout les boules! On croit qu’on maîtrise le truc mais en fait, on ne maîtrise rien!», alerte-t-il.

De 20 à 30 morts par an

Chaque hiver, l’Institut pour l’étude de la neige et des avalanches (SLF) enregistre plus de 100 cas d’accidents d’avalanches en Suisse. À peine plus de la moitié (57%) des personnes totalement ensevelies en réchappent – la mort blanche frappe 20 à 30 fois par an. La Rega intervient, quant à elle, chaque année sur une trentaine de ces catastrophes. La centrale d'intervention organise également les missions des sauveteurs de montagne du Club alpin suisse (CAS). En 2019, 38 patients ont été héliportés à la suite d’une avalanche. Et, selon un communiqué publié mercredi par la garde aérienne suisse de sauvetage, les équipages d’hélicoptères ont été de manière générale davantage sollicités en 2020 avec 13’253 missions, une augmentation de 8,1 % par rapport à 2019.

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