17.09.2020 à 13:49

SuisseTrente-six personnes se sont confiées à la CECAR romande

La Commission spécialisée (CECAR) pour les abus sexuels commis dans l’Église catholique et prescrits a présenté son bilan après cinq ans d’activité.

La présidente de la CECAR Sylvie Perrinjaquet, ancienne conseillère d’État et nationale neuchâteloise, a adressé de vifs reproches à la Commission d’indemnisation de la Conférence des évêques suisses (CES).

La présidente de la CECAR Sylvie Perrinjaquet, ancienne conseillère d’État et nationale neuchâteloise, a adressé de vifs reproches à la Commission d’indemnisation de la Conférence des évêques suisses (CES).

KEYSTONE

Créée en 2016 pour une durée de cinq ans, la Commission spécialisée (CECAR) pour les abus sexuels commis dans l’Eglise catholique, et prescrits, a dressé jeudi son bilan à Lausanne. Trente-six requêtes lui ont été soumises à ce jour, dont 28 ont été honorées et six sont en cours. Le montant total des indemnisations s’élève à 410’000 francs.

Cela représente une moyenne de 15’800 francs par personne abusée, dont 23 hommes et 13 femmes entre 37 et 82 ans aujourd’hui, soit une moyenne d’âge de 60 ans environ, a détaillé Pascal Corminboeuf, vice-président de la Commission d’écoute, de conciliation, d’arbitrage et de réparation (CECAR). Les dossiers proviennent majoritairement du Valais (8), de Fribourg (7), de Vaud (6) et de Genève (4). Neuchâtel, le Jura et le Tessin en comptent un chacun. Deux ont été classés.

«La pointe de l’iceberg»

Présentes à la conférence de presse, plusieurs victimes ayant eu recours à la CECAR ont toutefois relevé que ces chiffres ne représentaient que «la pointe de l’iceberg». Beaucoup n’osent toujours pas témoigner, entre honte et culpabilité, d’autres sont dans le déni ou le refoulement.

Cette Commission est le fruit d’un accord signé fin 2015 entre les institutions catholiques et l’association Soutien aux personnes abusées dans une relation d’autorité religieuse (SAPEC). Elle s’adresse à des victimes mineures au moment des actes et dont les faits sont prescrits, soit 20 ans après la majorité. Indépendante et neutre, elle est active uniquement en Suisse romande.

Concrètement, une victime qui veut déposer une demande de reconnaissance et de réparation doit s’adresser à son diocèse ou, en Suisse romande, à la CECAR. Ces instances étudient dans un premier temps la requête et la transmettent ensuite à la Commission d’indemnisation, établie par l’Eglise catholique suisse en janvier 2017. Celle-ci se prononce ensuite sur le montant des réparations. Son fonds initial avait été doté de 500’000 francs.

Pour la CECAR, quatre comités avec chacun trois conciliateurs sont actifs en territoire romand. Leur profil mélange des compétences sociales, juridiques et thérapeutiques. Les victimes doivent remplir un formulaire et transmettre l’identité de l’abuseur, mais aucune preuve ne leur est demandée.

Deux revendications

La Conférence des évêques suisses (CES) dispose de ses propres commissions de réparation, une pour chacun des six diocèses. La présidente de la CECAR Sylvie Perrinjaquet, ancienne conseillère d’Etat et nationale neuchâteloise, n’a pas caché un «problème compliqué» avec la Commission d’indemnisation de la CES. Elle lui reproche de ne pas valider assez rapidement ses demandes, de mettre en doute la clarté de la plausibilité des faits, notamment le nombre ou le style d’abus.

Un temps d’attente pénible et une étape où les victimes doivent souvent tout reraconter et se rejustifier. «C’est incompréhensible», s’est offusquée Mme Perrinjaquet. «Nous devons être complémentaires et non pas concurrents», a-t-elle ajouté.

La présidente a affirmé vouloir reconduire la CECAR après son échéance en juin 2021. Pour l’avenir, elle plaide pour une indemnisation forfaitaire de 15’000 francs et une relation moins dépendante de la Commission d’indemnisation de la CES. Elle souhaiterait aussi s’ouvrir plus à la Suisse alémanique.

«C’est un cadeau inespéré»

«Pour la première fois, on vous croit», ont pour leur part expliqué en substance les victimes venues témoigner de leurs expériences. «C’est un cadeau inespéré», a dit l’une d’elles. Toutes ont insisté sur le fait que la confiance, l’écoute et la reconnaissance de leurs abus étaient plus importantes que l’indemnisation. La CECAR leur a permis de «marcher sur un chemin de lumière», «d’être libérées d’un fardeau» ou encore de «vivre une délivrance».

La Commission leur a aussi permis d’être mises en contact avec parfois l’abuseur lui-même ou au moins un officiel de l’Eglise en rapport au drame passé. Avec au bout, une demande de pardon, des excuses, au minimum de la compassion; au pire de l’amnésie et du déni.

Une «souillure»

Abusé plusieurs fois dès l’âge de 11 ans, Alain G. a parlé d’une «souillure qui ne m’a jamais quittée». Dépression, crise d’identité, cauchemars et idées noires ont jalonné sa vie. Il estime aujourd’hui être «un survivant apaisé et même peut-être heureux» grâce à la CECAR.

Un autre témoignage, non prévu, aura marqué cette conférence de presse. Celle d’un homme de 74 ans qui a révélé avoir été abusé plusieurs fois et avoir été contraint de passer maintes fois dans une machine à laver, conservant des cicatrices sur tout son corps et un handicap aux jambes, dans une pouponnière gérée à l’époque par l’Eglise.

(ATS)

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