Actualisé 12.10.2016 à 17:24

Calais (F)

Près de 1300 mineurs dans la «Jungle»

Les enfants non-accompagnés sont nombreux à Calais. La question de leur sort se pose à l'aube du démantèlement.

1 / 108
Un rapport commandé par le gouvernement français estime «plausibles» certains abus des forces de sécurité à l'encontre des migrants de la «Jungle» de Calais. (Mardi 24 octobre 2017)

Un rapport commandé par le gouvernement français estime «plausibles» certains abus des forces de sécurité à l'encontre des migrants de la «Jungle» de Calais. (Mardi 24 octobre 2017)

Keystone
L'ex-«Jungle» de Calais va devenir un site écologique. Les travaux de réhabilitation ont commencé ce lundi 3 juillet 2017.

L'ex-«Jungle» de Calais va devenir un site écologique. Les travaux de réhabilitation ont commencé ce lundi 3 juillet 2017.

Keystone
Une ONG britannique se dit très inquiète pour quelque 60 mineurs isolés de Calais après avoir perdu leur trace. En effet, les enfants restent introuvables. (23 novembre 2016)

Une ONG britannique se dit très inquiète pour quelque 60 mineurs isolés de Calais après avoir perdu leur trace. En effet, les enfants restent introuvables. (23 novembre 2016)

AFP

Près de 1300 mineurs sans famille vivent dans la «Jungle» de Calais avec presque tous l'idée de gagner la Grande-Bretagne, un niveau inégalé qui risque de compliquer le démantèlement programmé du campement de migrants.

Un recensement mené lundi et mardi par France Terre d'asile a permis d'identifier «1290 mineurs isolés» dont «à peu près 500» disent avoir de la famille en Grande-Bretagne, a révélé mercredi le directeur général de l'association Pierre Henry. Sur ce total, «95% affirment vouloir passer en Grande-Bretagne», a-t-il déclaré à l'AFP.

Ces chiffres marquent une progression spectaculaire par rapport aux 861 mineurs recensés par l'association fin août.

D'autant qu'en parallèle la population totale semble avoir baissé: selon un décompte de la préfecture du Pas-de-Calais réalisé mardi, moins de 5700 migrants vivent dans le campement, contre 6900 en août.

Le recensement des mineurs était réalisé sur une base déclarative, ce qui signifie qu'«évidemment il peut y avoir des erreurs», selon M. Henry, notamment si de jeunes majeurs ont été téntés de minorer leur âge pour bénéficier d'une prise en charge ou passer au Royaume-Uni.

A l'aube du démantèlement

Mais cela révèle combien le dossier des mineurs pèse à l'approche du démantèlement: leur sort est déjà l'un des arguments avancés par les associations Emmaüs et Secours catholique qui se sont désolidarisées de l'opération lundi, en agitant la menace d'un recours en justice.

Et ce, alors même que la voie s'est dégagée mercredi sur le plan judiciaire, le Conseil d'Etat ayant donné son feu vert à la destruction des commerces encore ouverts dans la «Jungle».

Cette question des mineurs «est la clé» pour débloquer la situation, estime M. Henry, car «l'opération de démantèlement est conditionnée à une solution viable, digne et conforme au droit pour les mineurs». En effet les mineurs ne peuvent être envoyés ni en Centre d'accueil et d'orientation (CAO) ni en Centre de rétention administrative, souligne une source proche du dossier.

«Chaque mineur doit être épaulé dans ses démarches et ses décisions par un tuteur», rappelle Francois Guennoc de l'Auberge des migrants -- un processus complexe nécessitant un minimum de temps.

De plus la protection des mineurs ne dépend pas de l'Etat mais des départements, or certains rechignent à prendre en charge les jeunes qui n'iraient pas en Grande-Bretagne, souligne une autre source, qui doute d'une opération imminente: «cela dépendra des négociations avec les Anglais». Aucun calendrier n'a été officiellement annoncé pour le démantèlement même si l'hypothèse d'un début lundi prochain a un temps été évoquée, notamment par le Défenseur des droits.

Se déplaçant lui-même à Londres lundi, le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve avait appelé les Britanniques à assumer leur «devoir moral» sur l'accueil des mineurs isolés.

Quid des cas hors Dublin?

Une rencontre avec son homologue britannique Amber Rudd avait permis aux ministres d'assurer que les accords sur la réunification familiale seraient «appliqués et élargis». Mme Rudd avait ensuite expliqué au Parlement avoir «demandé une liste» des mineurs à la France, pour pouvoir agir «avec la plus grande diligence».

Côté britannique, on assure que «la priorité est d'inciter le maximum de personnes à lancer une procédure d'asile sous Dublin», du nom du traité fixant le pays responsable du traitement des demandes. Dans le cas des mineurs, c'est celui où vivent des membres de la famille.

«Il ne faut pas forcément de documents. Si on peut établir la filiation, si les récits correspondent entre le mineur et sa famille, le processus peut aller très vite», promet-on de source britannique.

Derrière cette bonne volonté affichée, toute la question est de savoir ce qu'il adviendra des autres -- pas «sous Dublin» car n'ayant pas de liens familiaux au Royaume-Uni. Soit, selon le décompte de mercredi, près de 800 mineurs...

Dans un contexte de Brexit, avec l'immigration agissant comme un repoussoir, la marge de manoeuvre est étroite. Sauf à jouer la carte de l'opinion publique. «Il y a une pression forte en Grande-Bretagne pour que ces mineurs soient protégés», reconnaît-on de source britannique, «car sur les questions d'immigration l'opinion est très ferme, mais pour les mineurs c'est différent». (nxp/afp)

(NewsXpress)

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!