Prescription d'héroïne: le National veut continuer

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Prescription d'héroïne: le National veut continuer

La prescription d'héroïne pour le traitement des toxicomanes devrait rester possible.

Le Conseil national a ancré mercredi ce principe avec la politique des quatre piliers dans la loi sur les stupéfiants, qu'il a adoptée par 108 voix contre 65.

L'UDC, soutenue par Claude Ruey (PLS/VD) et Christian Waber (UDF/BE), a proposé en vain de renoncer à la prescription d'héroïne. Toni Bortoluzzi (UDC/ZH) a estimé que la prise en charge des toxicomanes serait plus efficace sans la remise de cette substance, dont l'efficacité n'est pas scientifiquement établie.

La distribution étatique de drogue est une aliénation de la dignité et de la liberté de l'être humain, a martelé Oskar Freysinger (UDC/VS). A ses yeux, la solution passe uniquement par l'abstinence et la responsabilité individuelle.

Bons résultats

La politique actuelle a au contraire montré de bons résultats, avec une diminution du nombre de décès, de personnes dépendantes et de la criminalité, a souligné Anne-Catherine Menétrey (Verts/VD). «Ceux qui reprochent aux programmes d'héroïne de ne pas mener à l'abstinence pourraient aussi reprocher aux hôpitaux de ne pas guérir tous les malades.»

Ces traitements peuvent constituer un premier pas vers la sortie de la dépendance, selon Ruth Humbel Näf (PDC/AG). Pour Ruth-Gaby Vermot (PS/BE), ils permettent d'améliorer la stabilisation et la réinsertion des personnes concernées.

Le médecin Felix Gutzwiller (PRD/ZH) a abondé dans ce sens, en rappelant que l'on dispose de dix ans d'expérience en la matière et que les programmes d'héroïne sont un des éléments d'une stratégie globale. On ne fait qu'ancrer dans la loi une pratique en vigueur et acceptée par le peuple en 1999, a-t-il rappelé.

Les programmes sont soumis à des contrôles stricts, qui doivent garantir une amélioration de la situation du malade, a relevé Pascal Couchepin. Le but à long terme est l'abandon de la consommation d'opiaciées, a précisé le ministre de la santé. Mais pour lui, il y a de multiples chemins pour s'en sortir.

Produit interdit

Le National a néanmoins décidé, par 106 voix contre 70, de maintenir l'héroïne dans la liste des produits interdits. Le gouvernement souhaitait au contraire la rayer de cette liste. C'est une question de logique de la loi, étant donné que l'héroïne est utilisée à des fins médicales, a plaidé en vain Pascal Couchepin.

Il s'agit de donner un signal clair, montrant que cette révision ne va pas vers une libéralisation de ce type de substances, lui a répondu Thérèse Meyer (PDC/FR) au nom de la commission. Une exception serait fatale, a renchéri Christian Waber. L'héroïne doit rester interdite dans la loi. Son utilisation à des fins thérapeutiques peut être réglée dans l'ordonnance, selon lui.

La Chambre du peuple n'a par ailleurs par voulu non plus dépénaliser globalement la consommation de stupéfiants. Elle a rejeté par 122 voix contre 36 une proposition en ce sens de Daniel Vischer (Verts/ZH), soutenue par une partie des socialistes.

Abstinence

La semaine passée, le National avait déjà fixé les objectifs de la loi, parmi lesquels figure l'encouragement de l'abstinence. Après l'échec, en juin 2004 devant la Chambre du peuple, du projet du gouvernement visant notamment à décriminaliser les fumeurs de joints, le National se prononçait sur un nouveau texte rédigé par sa commission, qui n'inclut pas la dépénalisation du cannabis.

Centré sur les éléments qui n'avaient guère été contestés en 2004, le projet inscrit dans la loi la politique dite des quatre piliers - prévention, réduction des risques, thérapie, répression - tout en mettant l'accent sur la protection de la jeunesse. Il prévoit aussi la désignation d'un laboratoire de référence pour les domaines des stupéfiants et de la dépendance.

Le dossier passe au Conseil des Etats. Christian Waber a d'ores et déjà brandi la menace d'un référendum pour que le peuple puisse se prononcer sur la distribution d'héroïne.

(ats)

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