Vaud  - Prison ferme pour les deux jeunes braqueurs d’Yverdon 
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Vaud Prison ferme pour les deux jeunes braqueurs d’Yverdon

Deux toxicomanes de 22 et 23 ans étaient jugés pour s’être emparés de la bourse d’un taximan sous la menace d’un couteau en 2019. Ils ont respectivement écopé de 5 ans et de 7 ans de prison.

par
Abdoulaye Penda Ndiaye
Getty Images

Ce n'est pas tous les jours qu'un prévenu remercie un procureur d'avoir œuvré pour sa mise en détention. C'est ce qu'a fait Lucien* mardi dernier, à la salle d'audience cantonale, quand le magistrat a requis une peine de 7 ans de prison contre ce jeune de 23 ans qui a braqué coup sur coup un taximan et l'hôpital d'Yverdon, en 2019.

Englué dans les travers doublement sinueux et tortueux de la toxicomanie et de la délinquance, il admet que sa détention avant jugement est synonyme de chemin de la rédemption. La drogue ne ferait plus partie de son quotidien et, admis de tous, ses talents culinaires font même saliver ses codétenus.

Entre restauration et mannequinat

Et ce savoir-faire, il rêve de l'exercer dans un restaurant à son nom. Sauf si le mannequinat, auquel se prédestine ce jeune élancé et fin, lui offre de nouvelles perspectives professionnelles. Ce qui constituerait un sacré pied de nez au destin de la part de ce cabossé de la vie.

De sa naissance en pleine rue au Burkina Faso, d'une maman déficiente mentale et d'un papa inconnu, à sa vie en Suisse où l'amour de ses parents adoptifs n'a pas pu gommer les contrecoups du racisme qu'il a subi durant son enfance et son adolescence, Lucien n'a «jamais su trouver ses marques», selon sa maman adoptive.

«La misère des prévenus»

Son comparse, Alessandro*, a eu lui aussi une vie difficile. Fils de parents divorcés, il a passé son enfance sous les coups d’un père violent et alcoolique. Mais, depuis la fin de sa détention préventive, il y a un peu plus d’un an, Alessandro serait devenu un autre homme. En plus d'être un ouvrier donnant entière satisfaction à son patron, une carrière dans le rap lui tendrait les bras, selon divers témoignages. Le procureur avait requis 6 ans de prison contre lui.

Ce lundi après-midi, juste avant le verdict du Tribunal criminel du Nord vaudois siégeant à Renens, on pouvait se demander si la Cour criminelle allait suivre la ligne inflexible du procureur ou celle de la défense, qui a plaidé une peine clémente synonyme de deuxième chance pour les deux jeunes. L'avocate d'Alessandro avait notamment demandé aux juges «d'ouvrir une place dans leur cœur pour tenir compte de la misère des prévenus».

«La machette n’est pas une arme dangereuse»

L’agression et la tentative d’agression sur le parking de l’hôpital imputées à Lucien par l’accusation ont été rejetées par le Tribunal en raison de «doutes raisonnables» sur l’implication du prévenu.

Quant au braquage survenu à la réception de l’hôpital, le président Donovan Tesaury a rappelé qu’au sens strictement juridique, une machette (ndlr: objet utilisé pour se faire) n’est pas considérée comme une arme dangereuse car «elle ne permet pas de blesser à distance», comme ce serait le cas pour une arme à feu.

Traitement en ambulatoire

Le brigandage qualifié a été retenu dans l’affaire de l’agression du taximan, obligé de livrer sa bourse aux deux hommes qui lui avaient mis un couteau sous la gorge. Le président a fustigé «la détermination, le sang-froid et la cupidité» de Lucien. Il a toutefois admis que son parcours de vie et son jeune âge constituaient des éléments à décharge.

Une peine ferme de 7 ans de prison a été prononcée, comme l’avait requis le procureur. Cette sanction sera combinée à un traitement en ambulatoire «pour juguler le risque de récidive».

La Cour a rappelé que, tout comme Lucien, Alessandro a longuement occupé la justice des mineurs et a persévéré dans la délinquance «pour des motifs futiles et égoïstes, au mépris de l’ordre juridique suisse». Il a été condamné à une peine ferme de 5 ans, soit un de moins que ce qu’avait requis le procureur.

*Prénoms d’emprunt

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