Actualisé 27.10.2009 à 18:22

AngolagatePrison ferme pour Pasqua, sursis pour Mitterrand

Charles Pasqua a été condamné mardi à Paris à trois ans de prison, dont deux avec sursis, et 100'000 euros d'amende pour «trafic d'influence» au procès de l'Angolagate. Jean-Christophe Mitterrand écope lui du sursis.

La justice française a condamné mardi à six ans de prison ferme les hommes d'affaires Pierre Falcone et Arcadi Gaydamak, personnages-clés de l'Angolagate, vaste affaire de commerce d'armes vers l'Angola remontant au milieu des années 1990. L'ancien ministre Charles Pasqua a été condamné à un an de prison ferme.

Dans ce procès fleuve, qui avait eu lieu de fin 2008 à mars 2009 et dont le jugement avait été mis en délibéré, le tribunal a aussi condamné à une peine avec sursis Jean-Christophe Mitterrand, fils de l'ancien président socialiste. L'opposition angolaise a salué les peines décidées par le tribunal.

Le tribunal correctionnel de Paris a ordonné l'incarcération immédiate de Pierre Falcone condamné pour trafic d'influence, commerce d'armes et abus de biens sociaux.

Arcadi Gaydamak, Israélien d'origine russe et actuellement réfugié en Russie, a été condamné pour commerce d'armes, trafic d'influence et blanchiment. Il avait été le grand absent du procès.

Souhait par Luanda rejeté

La justice reproche aux deux hommes d'avoir, de 1993 à 1998, vendu à l'Angola, alors en pleine guerre civile, des armes provenant de l'ancien bloc soviétique, sans avoir reçu d'autorisation de l'Etat français.

Au total, 42 personnes avaient comparu, accusées d'avoir participé à l'organisation de ce «trafic» d'armes de 790 millions de dollars, ou d'avoir bénéficié de «pots-de-vin» distribués par Pierre Falcone et Arcadi Gaydamak. Trente-six ont été condamnées.

Une trentaine de responsables angolais auraient aussi été arrosés dans ce commerce, selon les enquêteurs, mais aucun n'a été renvoyé devant la justice.

Dès l'ouverture du procès en octobre 2008, l'Angola avait demandé le retrait des pièces incriminantes, au nom du «respect du secret défense d'un pays étranger». Argument rejeté mardi par le tribunal.

Obus ou encore chars

En pleine guerre civile, le président angolais José Eduardo Dos Santos cherchait lui en 1993 à se procurer des armes pour lutter contre les rebelles de l'UNITA, mais la France avait refusé. Des contacts officieux l'avaient amené à Pierre Falcone, lequel s'était associé à l'Israélien d'origine russe Arcadi Gaydamak qui, lui, avait des contacts dans l'ancien bloc soviétique.

Au total, 420 chars, 150 000 obus, 12 hélicoptères, six navires de guerre recensés par les enquêteurs: les deux associés ne contestent pas avoir livré du matériel militaire, mais ils nient avoir livré 170 000 mines anti-personnel et soutiennent que Paris n'avait pas à donner son feu vert, puisque cet arsenal ne passait pas par la France, la société courtière, ZTS Osos, étant basée en Slovaquie.

Un argument rejeté par l'accusation: pour elle, ZTS Osos ne faisait que cacher Brenco, la société parisienne de Pierre Falcone.

Sulitzer condamné

Charles Pasqua, ancien ministre de l'Intérieur devenu sénateur, s'est vu infliger une peine de trois ans de prison, dont deux ans avec sursis, et 100 000 euros d'amende pour «trafic d'influence».

Jean-Christophe Mitterrand, qui était conseiller pour l'Afrique de son père François Mitterrand, a été condamné à deux ans de prison avec sursis et 375 000 euros d'amende pour recel d'abus de bien sociaux. Ces deux hommes étaient accusés d'avoir facilité le trafic d'armes vers l'Angola, sans y avoir participé.

Les célébrités du monde politique ou des affaires étaient nombreuses sur le banc des accusés de ce procès. Le romancier Paul- Loup Sulitzer a été condamné à quinze mois de prison avec sursis et 100 000 euros d'amende. En revanche, le consultant Jacques Attali, ancien conseiller de François Mitterrand, a été relaxé par le tribunal.

Aide par Berne

Jean-Charles Marchiani, ancien préfet et proche de Charles Pasqua, a été de son côté condamné à trois ans de prison, dont 21 mois avec sursis pour complicité de trafic d'influence et recel d'abus de biens sociaux.

Les principaux condamnés ont annoncé leur intention de faire appel de ce jugement.

La Suisse avait accordé l'entraide judiciaire dans cette affaire et transmis en 2004 des documents. (ats)

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