Actualisé 11.09.2019 à 12:54

Orbe (VD)Prisonniers excédés par la hausse du prix des appels

Les liaisons téléphoniques dans les cabines sont devenues plus onéreuses en prison. Des détenus et un avocat crient au scandale.

de
Abdoulaye Penda Ndiaye/lfe
Seuls les prisonniers en exécution de peine ont droit aux appels.

Seuls les prisonniers en exécution de peine ont droit aux appels.

AFP/image d'illustration

Depuis le mois de mai, les prisonniers des Établissements pénitentiaires de la Plaine de l'Orbe s'étaient inquiétés de la suppression du service analogique des cabines téléphoniques Swisscom. Les autorités carcérales leur avaient promis un nouveau système «nettement moins cher». Un mois plus tard, l'entreprise Telio a pris le relais du géant bleu. «C'est la cata», résume un détenu. «Avant, avec une carte à code, un appel vers l'Europe, l'Afrique ou l'Amérique latine coûtait moins de 50 ct la minute depuis la cabine. Aujourd'hui, ça va jusqu'à 9 fr. 70 par minute», dénoncent les prisonniers.

L'avocat: «C'est une atteinte aux droits des détenus»

Autre grief et pas des moindres, l'impossibilité de composer les numéros commençant par 08. Ce qui, de facto, empêche toute liaison avec des institutions comme PostFinance ou l'utilisation de cartes à prépaiement avantageuses conçues pour les appels vers l'étranger. Après avoir lancé une pétition, un des protestataires a saisi un avocat. Selon ce dernier, qui n'exclut pas une action judiciaire, il y a «une atteinte aux droits des détenus de correspondre avec l'extérieur». Les prisonniers, eux, dénoncent un système qui les isole davantage. «Pour beaucoup ici, le téléphone est l'unique moyen de garder des liens familiaux», rappellent-ils.

Dernier exemple qui illustre l'exaspération des prisonniers, l'un d'eux s'est mutilé le 25 juin. «Il s'est cousu les lèvres en signe de protestation. C'est un signal très fort», décrit un témoin.

L'art d'anticiper ou l'exemple genevois

Quand Swisscom a décidé de tourner le dos aux cabines, Genève a pris les devants. Depuis 2018, c'est le service informatique de l'État qui a pris le relais. «Les détenus peuvent appeler avec une carte. Les 08 ne sont pas bloqués», affirme-t-on à l'Office cantonal de la détention. Seule exception: Champ-Dollon, qui est un établissement de détention avant jugement. Les appels sont possibles, mais sont strictement surveillés. En Valais, des cartes prépayées sont en service, au même tarif que Swisscom.

Le Service pénitentiaire avance des motifs de sécurité

Le Service pénitentiaire vaudois (Spen) donne sa version des faits. «L'entreprise Telio a été la seule à avoir répondu intégralement au cahier des charges, répondant notamment en matière de contrôle et sécurité, tant pour les personnes en détention avant jugement que pour celles en exécution de peine. Elle offre par ailleurs des tarifs de communication plus avantageux que ceux proposés par Swisscom par le passé, principalement pour les appels à l'étranger», a réagi le Spen. Quant aux cartes prepaid, elles n'offriraient pas la sécurité requise pour un établissement de détention. «Même en exécution de peine, la personne condamnée peut avoir des restrictions d'appel. Par exemple, elle ne pourra pas appeler sa victime. Grâce à Telio, il est possible de bloquer certains numéros ou d'en autoriser un certain nombre; ce qui n'est pas possible avec un service se basant sur une carte prépayée.» Le Spen assure que lors des tests, des hotlines d'assurance avec des numéros commençant par 08 ont pu être joints... «Si certains numéros légitimement atteignables sont bloqués, les personnes détenues peuvent le signaler au personnel, qui remonte ensuite l'information au fournisseur qui fait le nécessaire», a ajouté le Spen. Les autorités réfutent catégoriquement le prix exorbitant des appels. «Le tarif le plus élevé est de 1 fr.20 par minute pour les portables de certains pays. Là où Swisscom facture 1 fr.60.»

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