Voile: Privé de Vendée Globe, il veut partir «en pirate»
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VoilePrivé de Vendée Globe, il veut partir «en pirate»

Jeff Pellet souhaitait réaliser le rêve d'une vie en participant à la célèbre régate autour du monde en solitaire. Contre l'avis général, il imagine le faire hors-course.

par
Oliver Dufour

Lorsqu'on est amoureux de la mer et qu'on passe presque plus de temps à bord d'un bateau que sur la terre ferme, ne serait-ce que pour préparer des voiliers de course, l'aventure du Vendée Globe a de quoi vous ensorceler. A vous en faire perdre la raison. Jeff Pellet est de ceux-là. Pour tenter d'y prendre part, il a même vendu sa société et sa maison. A 46 ans, le marin des Sables d'Olonne, en plus d'avoir assisté depuis chez lui à un paquet de départs de la plus célèbre des courses en monocoque autour du monde en solitaire et sans escale, a déjà parcouru l'équivalent de plus de quatre tours du globe terrestre par les mers, nous apprend le site de Côme in Vendée. Ce collectif d'entreprises vendéennes vise à promouvoir sa région et ses commerces en se fédérant autour d'un projet commun. Environ 400 de ces sociétés se sont engagées à investir 700 euros chacune dans l'aventure.

Cette association de parrains, ravie de soutenir un «enfant du pays» dans son rêve de concourir aux côtés d'autres grands marins, aurait adoré voir le voilier de 60 pieds qui porte ses couleurs «rouge et blanc» sillonner les océans dès le 6 novembre, date du départ prévu du Vendée Globe. Mais il n'en sera finalement rien. Jeff Pellet a été privé de course. La direction lui a même demandé de déplacer son monocoque du Port Olona, pour faire place aux concurrents inscrits, le contraignant à trouver refuge dans le port de commerce. Pour avoir le droit de s'élancer en même temps que les autres, le marin vendéen aurait dû terminer une course transocéanique de plus de 2500 milles (4630km) pour offrir des garanties de fiabilités, à la fois pour lui et pour son embarcation. Une condition qu'il n'a pu remplir dans les délais, malgré plusieurs tentatives de faire appel aux «circonstances exceptionnelles» prévues par le règlement de course.

Alan Roura se prépare au Vendée Globe

A 23 ans, le marin genevois est le plus jeune participant à la célèbre régate autour du monde en solitaire.

«A mon avis, ils l'empêcheront de partir»

Essuyant un refus alors qu'il juge son voilier parfaitement capable de subir les rudes épreuves d'un Vendée Globe et «qu'il vient d'effectuer 4700 milles (ndlr: 8704km), soit trois fois le parcours de qualification que certains skippers ont effectué», Jeff Pellet a le désagréable sentiment qu'il dérange clairement au sein de l'organisation. Celle-ci ne voudrait tout simplement pas de lui et aurait à chaque fois fait en sorte de le priver de régate à tout prix. Alors le navigateur sablais imagine changer de tactique. Il se voit prendre un départ hors-course, «en pirate», le 12 novembre, une semaine après tout le monde, pour réaliser malgré tout son rêve. «Un deuxième grand départ en compagnie du public. Sans pression, pour le plaisir et dans la bonne humeur», a-t-il confié à «Ouest France».

Cette décision, forcément, n'est pas vue d'un bon œil par ses pairs. Le marin Genevois Alan Roura, qui deviendra à 23 ans le plus jeune concurrent à prendre le départ, espère pour sa part que Pellet renoncera à son projet. «Le règlement nous impose certaines contraintes pour nous qualifier pour le Vendée Globe et lui n'a pas rempli ces conditions», rappelle Roura. «Bien sûr, je comprends parfaitement son rêve, qui est le mien aussi, mais il n'est pas pour rien privé de départ. S'il s'élance contre l'avis de tous, il mettra du monde en danger, parce qu'il faudra quand même venir le chercher en cas de souci. A mon avis, ils feront tout pour l'empêcher de partir.» Qui aura le dernier mot? Il faudra encore patienter un peu pour le savoir. En attendant, plus de 1600 personnes ont décidé d'apporter leur soutien à Jeff Pellet en signant une pétition en ligne. Suffisant pour infléchir les organisateurs du Vendée Globe? Il est permis d'en douter.

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