Ouganda – Privés de job par le Covid, des profs se recyclent dans la vente de cercueils
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OugandaPrivés de job par le Covid, des profs se recyclent dans la vente de cercueils

Les écoles ougandaises ayant dû fermer en raison de la pandémie, de nombreux enseignants ont dû trouver une autre source de revenu en plein essor: l’ébénisterie… funéraire.

Livingstone Musaala, ancien prof de maths au chômage forcé, depuis la fermeture des écoles en raison du Covid, s’est tourné vers la fabrication de cercueils pour pouvoir subvenir aux besoins de sa famille.

Livingstone Musaala, ancien prof de maths au chômage forcé, depuis la fermeture des écoles en raison du Covid, s’est tourné vers la fabrication de cercueils pour pouvoir subvenir aux besoins de sa famille.

AFP

Après que le Covid-19 a submergé l’Ouganda et contraint les écoles à fermer, Livingstone Musaala a, pour subvenir aux besoins de sa famille, renoncé à son travail de professeur de mathématiques pour se tourner vers l’ébénisterie et la fabrication de cercueils.

Son choix lui a valu critiques et reproches, notamment dans sa propre famille où il a été accusé de tirer profit de la situation dramatique dans sa ville de Bugobi, à environ 140 kilomètres à l’est de la capitale Kampala.

«De toutes les idées de commerce, tu choisis de vendre des cercueils, comme si tu souhaitais la mort des gens», lui a ainsi lancé un proche, raconte le professeur de mathématiques.

Privé de son salaire, Livingstone Musaala a vite compris qu’il pouvait fabriquer des cercueils à des prix bien moins élevés que ceux exorbitants exigés par la plupart des menuisiers avec l’explosion de la demande causée par la pandémie de Covid-19.

«Ça n’a pas été une décision facile, mais les gens sont reconnaissants maintenant», explique ce père de deux enfants, âgé de 28 ans.

Les habitants de Bugobi n’ont en effet plus à parcourir de longues distances pour trouver un cercueil à prix abordable.

La pandémie de coronavirus est bonne pour les affaires

«Au pic de la pandémie, les affaires étaient bonnes, on vendait dix cercueils par jour», raconte le nouveau menuisier, qui vend ses cercueils entre 150’000 et 450’000 shillings ougandais la pièce (38 à 114 francs).

Sa réussite a incité une trentaine d’enseignants, dans la même situation que lui, à le rejoindre. Et comme lui, la plupart n’ont pas l’intention de retourner à l’enseignement, même si les cours reprennent.

Cette désaffection menace le système scolaire de ce pays d’Afrique de l’Est, déjà lourdement touché par les conséquences économiques et sociales de la pandémie.

Quelque 15 millions d’élèves ont été déscolarisés depuis la fermeture des écoles par le gouvernement en mars 2020. Des associations redoutent que l’arrêt des cours ait provoqué une hausse des grossesses précoces chez les adolescentes et une recrudescence du travail des enfants.

Écoles transformées en hôtels ou en restaurants, faute d’élèves

Privées de revenus, certaines écoles se sont transformées en hôtels ou en restaurants. D’autres croulent sous le poids des dettes, dans l’incapacité de rembourser leurs prêts depuis des mois, ce qui rend très incertaine la paie des professeurs qui reviendraient enseigner.

En moyenne, un enseignant dans une école privée à Bugobi gagne entre 91 et 236 francs par mois.

«Entre l’enseignement et la menuiserie, je choisis la menuiserie parce que ça paye», résume Godfrey Mutyaba, un des profs devenus menuisier: «J’aimais enseigner, mais étant donné mon pauvre salaire, je n’y retournerai pas.»

Livingstone Musaala a lui aussi fait le choix de ne plus retourner devant ses élèves. Malgré le ralentissement actuel de la pandémie, après une recrudescence enregistrée en juin et juillet, il restera menuisier.

Il s’emploie désormais à diversifier son activité au-delà des cercueils, avec la fabrication de meubles: «Le Covid-19 m’a appris qu’il y a une vie hors de l’enseignement.»

(AFP)

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