05.10.2020 à 07:21

GrèceProcès d’Aube dorée: l’heure de vérité pour les néonazis grecs

Après plusieurs années de procès, le verdict de deux tentatives d’homicides par le parti qui renie désormais l’idéologie nazie doit être prononcé mercredi.

Le leader d’Aube dorée, Nikolaos Michaloliakos, ici lors du procès en novembre 2019.

Le leader d’Aube dorée, Nikolaos Michaloliakos, ici lors du procès en novembre 2019.

AFP

La cour criminelle d’Athènes doit prononcer mercredi, après un procès marathon, un verdict crucial pour la direction et des dizaines de membres du parti néonazi Aube dorée, accusé «d’organisation criminelle» et du meurtre d'un rappeur.

Militant de gauche, le musicien Pavlos Fyssas a été assassiné à l’arme blanche dans la nuit du 18 septembre 2013, à l’âge de 34 ans, devant un café de son quartier de Keratsini, une banlieue de l’ouest d’Athènes.

Son assassin, Yorgos Roupakias, membre d’Aube dorée, qui a avoué le crime, risque la prison à vie.

Le choc provoqué par ce meurtre, dans une Grèce alors en pleine crise financière, a contraint les autorités à arrêter et à traduire en justice la direction et de nombreux membres du parti, accusé depuis des années de meurtres et de violences mais qui bénéficiait jusqu’alors d’une quasi impunité.

Le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis a fustigé samedi dans un article de presse «le passage catastrophique de la formation nazie» dans la vie politique grecque, soulignant «l’inertie» dont le monde politique a fait preuve devant «ce danger».

Composée de trois magistrats dont Maria Lepenioti, qui a présidé 417 séances pendant cinq ans et demi, la cour doit également se prononcer mercredi sur deux «tentatives d’homicide» impliquant des membres d’Aube dorée: l’une contre des pêcheurs égyptiens le 12 juin 2012 et la seconde contre des membres du syndicat communiste Pame le 12 septembre 2013.

«Organisation criminelle»?

Soixante-huit personnes sont jugées. Trente-neuf d’entre elles, dont le fondateur et chef d’Aube dorée Nikos Michaloliakos, d’anciens députés et des membres du parti, sont accusées de «direction d’une organisation criminelle» ou «d’appartenance» à une telle organisation. Ces accusés encourent des peines allant de 5 à 15 ans de prison.

Les autres accusés sont mis en cause pour d’autres chefs liés aux affaires jugées.

Ce long procès a vu défiler 153 témoins, des dizaines d’avocats, et le volume du dossier s’élève à 1,5 téraoctet.

Le principal enjeu du verdict «est de savoir si la cour va condamner la direction et les membres du parti pour le crime de constitution et/ou appartenance à une organisation criminelle, explique à l’AFP Me Kostas Papadakis, avocat de la partie civile.

Car en décembre 2019 la procureure Adamantia Iconomou a requis leur acquittement. Elle a déclaré que la preuve d’une «planification centrale des attaques» attribuées à Aube n’avait pas été apportée et que par conséquent l’existence d’une «organisation criminelle» n’avait pas été prouvée.

Une opinion qui a suscité de vives critiques de juristes et l’indignation d’une grande partie de la société grecque.

«Il est juridiquement très difficile pour la cour d’éviter de qualifier ce parti d’organisation criminelle», a estimé Nikos Alivizatos, constitutionnaliste et professeur à l’Université d’Athènes, lors d’une visioconférence organisée récemment sur ce procès par la Ligue grecque des droits de l’homme.

«Etape clé»

A l’origine de nombreuses violences depuis les années 90, le parti Aube dorée a été créé par Nikos Michaloliakos, 62 ans, admirateur du national-socialisme.

La crise financière de 2010 et la débâcle socio-politique qui a suivi ont profité à Aube dorée, qui en 2012 a fait élire pour la première fois des représentants au Parlement grec.

A l’époque, des groupes d’hommes en noir sillonnaient les rues d’Athènes, tabassant leurs opposants à coups de pied ou de barres de fer et scandant «Sang, honneur, Aube dorée».

«Au travers de photos et de vidéos montrées lors du procès, il a été prouvé qu’Aube dorée a une structure militaire, strictement hiérarchique, entraînait ses membres au maniement des armes, avait des milices d’assaut et utilisait les symboles nazis» comme la svastika, rappelle Kostas Papadakis.

A l’apogée de sa popularité en 2015, Aube dorée était la troisième formation politique de Grèce, obtenant plus de 370’000 voix aux élections.

Mais le parti a progressivement perdu ses électeurs depuis l’arrestation de sa direction, et il renie désormais l’idéologie nazie. Aux dernières législatives de juillet 2019, Aube dorée n’a obtenu aucun député.

«Le verdict du 7 octobre sera extrêmement important, une étape clé pour la justice et pour le mouvement antifasciste», qui appelle à une manifestation mercredi matin devant la cour, déclare Me Chryssa Papadopoulou, avocate de la famille de Pavlos Fyssas.

(AFP/NXP)

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