Genève: Procès Maudet: «La limite a été franchie»
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GenèveProcès Maudet: «La limite a été franchie»

Une peine de 14 mois avec sursis a été requise par le Ministère public contre le conseiller d’État, pour acceptation d’avantages.

par
Léonard Boissonnas
Pierre Maudet devrait être fixé sur sa peine lundi prochain.

Pierre Maudet devrait être fixé sur sa peine lundi prochain.

20min/Marvin Ancian

Des «noces barbares» sur fond de cadeaux, amitié et copinage, une «relation toxique» entre agents publics et hommes d’affaires: le premier procureur Stéphane Grodecki a dégainé l’artillerie lourde lors de son réquisitoire mercredi, au troisième jour du procès de Pierre Maudet et de quatre coaccusés.

Accusé d’acceptation d’avantages, le magistrat a bien pris le risque d’être redevable, a estimé le procureur, pour qui «la limite a été franchie». En 2015, Pierre Maudet a reçu un cadeau, un voyage à Abu Dhabi tous frais payés par la famille royale, dont le montant estimé (50’000 francs) «crève le plafond» de ce qui est admissible pour un agent public, à savoir 150 francs maximum, a expliqué Stéphane Grodecki. Et le sondage électoral de 2017 payé par deux coaccusés, les promoteurs Antoine Daher et Magid Khoury, prévenus d’octroi d’avantages pour ce point et pour le déplacement dans l’émirat, ne relevait pas d’un financement politique habituel, selon le représentant du Ministère public: il a été organisé et piloté par l’ancien chef de cabinet de Pierre Maudet, Patrick Baud-Lavigne, «un agent public», lui aussi poursuivi pour le séjour à Abu Dhabi auquel il a pris part.

Faute extrêmement lourde

D’ailleurs, pour le procureur, on ne peut dissocier le voyage et le sondage. La chronologie des événements est éloquente aux yeux du représentant du Ministère public: il y a ces «cadeaux» et ensuite une multitude de sollicitations des deux hommes d’affaires. Si, après un cadeau, la relation se poursuit au niveau professionnel, «cela relève du pénal», a rappelé Stéphane Grodecki. Pour lui, la faute du conseiller d’État est «extrêmement lourde»: il s’est cru plus fort que les règles, a bafoué les trois pouvoirs en mentant et a agi dans ses propres intérêts. Sa collaboration a été qualifiée d’exécrable. Le procureur a réclamé une peine de 14 mois de prison avec sursis pour Pierre Maudet, ainsi que le versement d’une créance compensatoire à l’État de 84’000 francs, soit le coût combiné du déplacement à Abu Dhabi et du sondage, qu’il «aurait dû payer lui-même».

Concours d’infractions

La même peine a été réclamée contre Patrick Baud-Lavigne, qui se voit réclamer de son côté 10’000 francs pour le voyage. Sa faute est peut-être moins lourde, mais il y a concours d’infractions pour le Parquet: outre le fait d’avoir fourni des informations secrètes à Antoine Daher et ainsi violé le secret de fonction, il doit aussi être condamné pour avoir poussé l’ancien chef du Service du commerce, Raoul Schrumpf, à abuser de son autorité dans le volet du bar l’Escobar. Ce haut fonctionnaire a été clair, a déclaré Stéphane Grodecki: il a agi sur instructions de l’ancien bras droit de Pierre Maudet, délivrant une autorisation d’exploitation alors que des pièces manquaient au dossier. Même s’il a été une victime de ces «noces barbares», son acte doit être sanctionné, car dans sa position, on ne doit jamais exécuter un ordre illégal, même venant d’un supérieur, a encore rappelé le procureur. Toutefois, il a demandé qu’il soit exempté de peine, retenant des circonstances atténuantes. Une peine de 8 mois ou de 240 jours-amende avec sursis a été réclamée contre Antoine Daher, et 12 mois ou 360 jours-amende avec sursis ont été requis contre Magid Khoury.

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