Europe du Nord: Prostitution moins visible mais toujours vivace
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Europe du NordProstitution moins visible mais toujours vivace

Suède, Norvège et Islande pénalisent depuis plusieurs années les clients, un choix dont les résultats sont très mitigés.

Une travailleuse du sexe et un client, à Oslo. (Image d'archive - 2007)

Une travailleuse du sexe et un client, à Oslo. (Image d'archive - 2007)

photo: AFP

Si les belles de nuit ont largement disparu des trottoirs en Europe du Nord, la prostitution reste bien vivace dans ces pays pionniers de la pénalisation des clients. Ces Etats montrent les limites, voire les inconvénients, d'une telle mesure.

Bien avant que la France leur emboîte le pas cette semaine, la Suède, la Norvège et l'Islande, trois nations en pointe de la cause féminine, ont interdit l'achat de prestations sexuelles, dès 1999 pour la première, une décennie plus tard pour les deux autres.

La prostitution est pourtant loin d'avoir été éradiquée en dépit des lourdes amendes, voire des peines de prison - aucune n'a été prononcée à ce jour -, encourues.

Voix contraires

«Cela ne résout rien», affirme «Rita», prostituée norvégienne qui s'est confiée à l'AFP sous un nom d'emprunt. «Le négoce de sexe, c'est quelque chose qui existe depuis plusieurs centaines d'années et qui existera toujours».

Officiellement, l'heure est à la satisfaction. «La loi a vraiment eu un effet dissuasif sur les clients. On le voit dans notre travail quotidien. Ils ont très peur», constate Simon Häggström qui dirige le groupe prostitution de la police de Stockholm.

Même son de cloche dans la capitale norvégienne chez Thor Martin Elton, responsable de la lutte contre le trafic d'êtres humains: «Le marché de la prostitution à Oslo s'est considérablement réduit. Le fait le plus marquant est que l'on ne retrouve plus le père de famille ordinaire parmi les clients alors que c'était habituel avant».

Même volume de prostitution

Un rapport publié en Norvège en 2014 avait acté l'efficacité de la loi, estimant que la prostitution avait diminué de 20 à 25% depuis son adoption en 2008. Mais sa méthodologie et ses conclusions avaient été sérieusement mises en doute.

«Le volume de prostitution est à peu près le même qu'avant la loi», affirme Astrid Renland, responsable de Pion, l'organisation représentant les prostituées en Norvège, qui estime leur nombre à «entre 2500 et 3000».

La prostitution de rue a, certes, diminué du fait de la pénalisation des clients, mais aussi des expulsions d'étrangères en situation illégale ou encore d'une politique active d'aide à la sortie de la toxicomanie. Mais, avec Internet et la téléphonie, le commerce du sexe a trouvé d'autres arènes et il prospère désormais entre quatre murs.

Situation pire

En huit ans, le nombre d'offres de prostituées aurait été multiplié par plus de 20 pour approcher les 7000, estimait une étude suédoise en 2015. Tenter de dénombrer précisément les marchandes de sexe est devenu vain: une seule et même personne peut se cacher derrière plusieurs annonces et une grande partie des offres émanent d'étrangères, de passage seulement.

Si son efficacité contre la prostitution est contestée, l'interdiction de l'achat de services sexuels a eu des effets néfastes pour les prostituées elles-mêmes, contraintes à plus de clandestinité pour protéger l'anonymat de leurs clients.

«Beaucoup disent qu'elles jugent leur situation pire aujourd'hui qu'avant, non pas qu'il soit difficile de trouver des clients», mais «parce que le rapport de forces a changé», explique Bjørg Norli, présidente de Pro Sentret, un organisme d'aide aux prostituées à Oslo.

Prostituées plus vulnérables

Le père de famille ayant cédé la place à des individus souvent plus louches qui pensent qu'elles n'oseront pas porter plainte, elles sont davantage exposées aux violences, aux menaces, aux vols ou encore à des exigences plus extrêmes.

«La loi, censée protéger, accroît au contraire la vulnérabilité des prostituées. Vendre son corps devient une activité plus dangereuse, plus solitaire», confiait la Suédoise «Emma» à la télévision SVT en 2015.

La confiance envers la police, qui les chasse de leur nid, sur la base d'autres dispositions légales contre le proxénétisme, s'est aussi effondrée.

Voir plus large

A Oslo le 17 décembre - journée mondiale contre les violences faites aux travailleuses du sexe -, une jeune prostituée bulgare a été retrouvée assassinée. «Ses collègues et amies n'avaient pas osé prévenir la police de sa disparition» de peur d'apparaître sur son écran radar, déplore Astrid Renland.

«Les différents exemples dans le monde montrent que ce n'est pas une loi qui va réduire sensiblement la prostitution», conclut Bjørg Norli. «Il faut plutôt se pencher sur les facteurs socio-économiques qui génèrent le besoin de vendre son corps». (nxp/ats)

(NewsXpress)

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