Publication de 300 lettres de citoyens à Hitler

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Publication de 300 lettres de citoyens à Hitler

Quelque trois cents missives de particuliers adressées à Adolf Hitler entre 1925 et 1945 ont été regroupées dans un livre intitulé «Lettres à Hitler», a indiqué jeudi son auteur, Henrik Eberle.

Elles expriment l'admiration mais aussi parfois la protestation.

Ces missives font partie des 20 000 lettres adressées au Führer qu'il a retrouvées dans les archives spéciales de Moscou, a dit M. Eberle à la foire du livre de Francfort. Personne n'avait rouvert ces dossiers depuis 1952, dernière date inscrite par un membre du KGB sur le registre des utilisateurs, selon lui.

Les lettres ont été rassemblées par Albert Bormann, le directeur de la chancellerie d'Hitler, qui était chargé également de répondre au courrier, explique l'auteur. «Il tenait Hitler informé du climat régnant au sein de la population et celui-ci en a tenu compte dans sa politique jusqu'en 1935/36», souligne l'historien de 37 ans qui enseigne à l'université Martin Luther de Halle (est).

«En 1925, les lettres renferment surtout des conseils au Führer», certains lui demandant d'être plus social, d'autres d'expulser les Juifs, résume-t-il. «A partir de 1932, les gens veulent Hitler comme dictateur et leurs lettres sont teintés d'enthousiasme», poursuit-il.

Poèmes

Le recueil, publié par la maison d'édition Lübbe, renferme des poèmes, des lettres d'admiration sans limite décorées de croix gammées, des mots d'enfants, dont une accompagnée d'une photo de Susi et Daisy, deux petites jumelles en robes blanches.

Les façons de présenter sa gratitude sont multiples: par exemple un père relate une dispute entre son fils et sa fille de sept ans, la petite Gina, qui finit par dire qu'elle veut se marier avec le meilleur homme du monde. Son frère lui demande qui est-ce et elle répond «notre Führer».

Le livre contient aussi des lettres de protestation de Juifs, de non-Juifs, de témoins de Jéhovah, de particuliers qui demandent la grâce pour des proches persécutés. «La question juive n'est pas au centre de ces lettres, ce qui importait le plus, c'était la situation économique et sociale de chacun», souligne M. Eberle.

«Pénible»

L'historien a recensé 200 lettres datant de 1925, tandis qu'en 1938, à l'apogée de la popularité d'Hitler, ils sont 10 000 à lui écrire. En 1945, la quantité de courrier a chuté considérablement. Les principaux expéditeurs de ces courriers étaient Allemands mais, selon lui, il y avait aussi des Italiens, des Belges, des Français, des Américains et des Arabes.

La lecture de ces lettres a été «pénible psychologiquement», confie l'auteur à qui il a fallu dix semaines à Moscou pour recopier lui-même des lettres ou en photocopier. Il espère que son livre fera «ouvrir les yeux» sur les effets néfastes d'une trop grande confiance accordée aux responsables politiques. «On a besoin d'une méfiance démocratique saine», conclut-il. (ats)

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