Asile: Punitions collectives et requérants rationnés
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AsilePunitions collectives et requérants rationnés

La société ORS Service, à qui plusieurs cantons ont confié la gestion des centres de requérants d'asile, fait l'objet de vives critiques à Bâle.

par
dmz
L'entreprise gère le centre de requérants de Muttenz (BL), entre autres.

L'entreprise gère le centre de requérants de Muttenz (BL), entre autres.

Keystone/Gaetan Bally

Fin 2016, le centre pour requérants d'asile de Aesch (BL) fermait ses portes. Quelques semaines après que les grilles se soient définitivement refermées, la «Basler Zeitung» accuse la société privée engagée pour gérer l'endroit, ORS Service, de pratiques plus que discutables.

Le quotidien bâlois, qui s'est procuré des documents internes à l'entreprise, révèle que «les punitions étaient monnaie courante». Les douze employés qui ont encadré entre 70 et 100 demandeurs d'asile (hommes, femmes et enfants) auraient appliqué un règlement quasi militaire. Certaines, comme l'interdiction de prendre de la nourriture dans les chambres, sont de l'ordre du bon sens. Mais d'autres vont trop loin.

Etre à l'heure ou être enfermés

D'abord, les requérants inscrits sur la liste des corvées quotidiennes avaient intérêt à être à l'heure. Ceux qui étaient en retard faisaient automatiquement partie des volontaires désignés du lendemain. Pire, ils étaient aussi «verrouillés» ou «bloqués». En clair, interdiction de sortir de l'abri pendant toute une journée, même pour fumer une cigarette ou prendre l'air.

Le punitions collectives étaient aussi de mise. Chaque matin à 8h30, un superviseur, flanqué de Securitas, faisait le tour des chambres, occupées par 15 personnes en moyenne. A la manière d'un sergent-major, il contrôlait que les lits soient faits et que les quartiers soient propres et entretenus. Si ce n'était pas le cas, idem, interdiction de sortie pour tous les occupants. Ces inspections étaient d'ailleurs protocolées dans les documents que la «Basler Zeitung» a pu consulter.

Lait pour bébé rationné

La nourriture était aussi sujet à controverse. Le pain était rationné: deux tranches au déjeuner, une pendant les autres repas. Les fruits et légumes étaient rares. Ainsi, les parents qui voulaient préparer de la bouillie pour leurs petits devaient acheter eux-mêmes les produits frais, avec les trois francs d'argent de poche par personne distribués chaque jour.

En ce qui concerne le lait, chaque goutte était comptée. Un verre par personne le matin et les parents avaient le droit de remplir un biberon après le déjeuner. Le quotidien rapporte que ceux qui ont demandé une rallonge pour calmer leur petit ont systématiquement essuyé des refus, même en pleine nuit.

Rien à déclarer

Contacté, l'entreprise ORS Service, qui gère plusieurs centres en Suisse alémanique pour le compte des cantons ou de la Confédération, renvoie la balle au Secrétariat d'Etat aux migrations. Ce dernier confirme avoir eu vent du problème et avoir reçu une plainte au sujet des punitions. «Nous avons ensuite cherché le dialogue avec ORS, car les punitions collectives ne sont pas compatibles avec nos valeurs.» En revanche, il balaie les accusations de séquestration et de rationnement.

Ce n'est toutefois pas la première fois que l'entreprise fait parler d'elle. Il y a cinq ans, des reproches similaires avaient été faits, entre autres par Amnesty International, quant à sa gestion du centre d'Eigenthal (LU). Aucune sanction n'avait été prise, car une enquête indépendante avait blanchi la société.

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