ONU: Putsch en Birmanie: réunion en urgence du Conseil de sécurité
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ONUPutsch en Birmanie: réunion en urgence du Conseil de sécurité

Le coup d’État mené lundi par l’armée birmane et l’arrestation d’Aung San Suu Kyi sont fermement condamnés par la communauté internationale.

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La junte birmane a qualifié dimanche «d’incitation à la violence» les affirmations de l’ONU, qui a accusé vendredi les militaires de masser des troupes et des armes lourdes dans le nord du pays. (Dimanche 24 octobre 2021)

La junte birmane a qualifié dimanche «d’incitation à la violence» les affirmations de l’ONU, qui a accusé vendredi les militaires de masser des troupes et des armes lourdes dans le nord du pays. (Dimanche 24 octobre 2021)

AFP/Archives
La junte birmane a démenti avoir suspendu l’accès à Internet dans les régions ravagées par le conflit, imputant la récente série de coupures à ses opposants. (Dimanche 26 septembre 2021)

La junte birmane a démenti avoir suspendu l’accès à Internet dans les régions ravagées par le conflit, imputant la récente série de coupures à ses opposants. (Dimanche 26 septembre 2021)

AFP
Les forces de sécurité birmanes ont tué plus d’un millier de civils depuis le coup d'Etat il y a un peu plus de six mois, a déclaré mercredi une ONG de surveillance des droits.

Les forces de sécurité birmanes ont tué plus d’un millier de civils depuis le coup d'Etat il y a un peu plus de six mois, a déclaré mercredi une ONG de surveillance des droits.

AFP

Le Conseil de sécurité de l’ONU tiendra une réunion d’urgence mardi matin sur la situation en Birmanie. Cette décision intervient après un coup d’État mené par l’armée, qui a arrêté la cheffe de facto du gouvernement civil Aung San Suu Kyi, proclamé l’état d’urgence pour un an et placé ses généraux aux principaux postes. Ce putsch a été condamné la communauté internationale, dont le président américain Joe Biden et le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE).

Pour justifier le coup d’État, les militaires ont assuré que les législatives de novembre étaient entachées d’«énormes irrégularités», ce que la commission électorale dément. Ce scrutin a été remporté massivement par la Ligue nationale pour la démocratie (LND), le parti d’Aung San Suu Kyi au pouvoir depuis les élections de 2015.

Le coup d’État s’est fait sans effusion de sang, l’armée se contentant de bloquer les routes avec des soldats en armes et des véhicules blindés autour du parlement dans la capitale, Naypyidaw. À Rangoun, la capitale économique, les militaires se sont notamment emparés de l’Hôtel de Ville et ont fermé l’accès à l’aéroport international.

Comité Nobel «scandalisé»

Aung San Suu Kyi, Nobel de la paix 1991, âgée de 75 ans, a été arrêtée tôt lundi ainsi que le président de la République, Win Myint, et d’autres responsables de son parti. Aucune précision n’a été donnée sur leur lieu de détention, mais ils seraient détenus à Naypyidaw, d’après Myo Nyunt, porte-parole de la LND. Le comité Nobel s’est dit «scandalisé» par son arrestation.

Lundi soir, la télévision d’État a annoncé le départ de 24 ministres et la nomination de onze nouveaux. L’ancien ministre des Affaires étrangères, Wunna Maung Lwin, en poste sous le régime de l’ex-général Thein Sein (président de 2011 à 2016), a récupéré son portefeuille, qu’Aung San Suu Kyi détenait en tant que chef de facto du gouvernement.

Ce coup d’État, le troisième depuis l’indépendance du pays en 1948, intervient alors que le Parlement issu des dernières législatives devait entamer sa première session ce lundi. Les militaires dénonçaient depuis plusieurs semaines plus d’une dizaine de millions de cas de fraudes lors des législatives de novembre.

L’arrestation lundi d’Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la paix, par l’armée birmane a été largement condamnée, comme ici par des manifestants devant l’ambassade de Birmanie à Bangkok. 

L’arrestation lundi d’Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la paix, par l’armée birmane a été largement condamnée, comme ici par des manifestants devant l’ambassade de Birmanie à Bangkok.

AFP

Menaces de sanctions

Le président américain Joe Biden a appelé l’armée birmane à rendre «immédiatement» le pouvoir. Le locataire de la Maison-Blanche a annoncé un réexamen «immédiat» des sanctions qui avaient été levées en raison «des progrès vers la démocratie», et a évoqué la nécessité de prendre «les mesures appropriées». «Les États-Unis défendront la démocratie partout où elle est attaquée», a conclu Joe Biden.

Dans un communiqué, le DFAE a fait part de son inquiétude. «La Suisse est gravement préoccupée par la prise de pouvoir perpétrée par l’armée birmane (…) Elle appelle à la libération du président Win Myint et de la Conseillère pour l’État Aung San Suu Kyi ainsi que de toutes les personnes qui ont été arrêtées ou placées sous résidence surveillée.»

Sur le Vieux-Continent, l’Union européenne, l’Allemagne, la France, l’Italie, l’Espagne, la Finlande, la Suède et la Russie ont toutes condamné le putsch et réclamé la libération d’Aung San Suu Kyi. Une indignation partagée partout le monde, notamment en Inde, au Japon, au Canada, en Chine ou encore en Australie.

Le gouvernement turc, lui-même cible d’une tentative de putsch en 2016, «condamne fermement la prise de pouvoir par l’armée birmane», selon le ministère des Affaires étrangères qui espère que cela «ne va pas faire empirer la situation des Rohingyas musulmans vivant dans de dures conditions en Birmanie».

Réfugiés rohingyas ravis

Aung San Suu Kyi, très critiquée à l’international pour sa gestion de la crise des musulmans rohingyas, dont des centaines de milliers ont fui en 2017 les exactions de l’armée pour se réfugier au Bangladesh, reste adulée par une majorité de la population. La nouvelle de son arrestation a été accueillie avec joie dans les camps de réfugiés rohingyas.

Longtemps exilée, Aung San Suu Kyi est rentrée en Birmanie en 1988, devenant la figure de l’opposition face à la dictature militaire. Elle a passé 15 ans en résidence surveillée avant d’être libérée par l’armée en 2010.

(AFP/comm)

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