Corée du Nord: Pyongyang défie le monde en tirant sa fusée

Actualisé

Corée du NordPyongyang défie le monde en tirant sa fusée

La Corée du Nord a procédé dimanche au lancement controversé d'une fusée longue portée, au grand dam des voisins japonais et sud-coréen qui ont immédiatement dénoncé un acte «regrettable» et «irresponsable».

Le président américain Barack Obama a lui dénoncé une «provocation».

«Le tir a eu lieu à 11h30 locales (04h30 en Suisse)», a indiqué Kim Eun-hye, porte-parole de la présidence sud-coréenne.

Le lancement a été confirmé par les autorités américaine, russe et japonaise.

Selon un responsable gouvernemental cité par l'agence sud- coréenne Yonhap, l'engin transportait bien un satellite.

Mise en garde récente

«Nous pensons que la Corée du Nord a procédé au lancement d'une fusée transportant un satellite», a indiqué cette source, citée par Yonhap.

La Corée du Nord avait prévenu il y a plus d'un mois qu'elle allait mettre en orbite, entre le 4 et le 8 avril, un «satellite de télécommunications» devant survoler le nord de l'archipel japonais.

Les Etats-Unis et leurs alliés asiatiques soupçonnaient que ce lancement ne masque un tir expérimental de missile longue portée Taepodong-2. M. Obama a à nouveau répété dimanche qu'il s'agissait d'un tir d'essai de missile et a qualifié ce lancement de fusée de «provocation».

La présidence sud-coréenne a elle toutefois indiqué qu'il était prématuré de se prononcer sur la réussite du tir qui a provoqué le courroux de Séoul et Tokyo.

Souhait japonais

«Le gouvernement ne peut qu'exprimer sa déception et ses regrets après le lancement irresponsable d'une fusée longue portée, qui constitue une sérieuse menace à la sécurité dans la péninsule et dans le monde», a déclaré Lee Dong-kwan, porte-parole de la présidence sud-coréenne.

De son côté, le Japon, sur les dents à chaque regain de tensions avec Pyongyang, a jugé «extrêmement regrettable» le tir de cette fusée qui a survolé son territoire et promis de porter l'affaire devant les Nations unies. Une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU devrait avoir lieu à 21h00 (heure en Suisse).

«Nous allons protester énergiquement contre la Corée du Nord», a déclaré le porte-parole du gouvernement japonais, Takeo Kawamura.

Le premier étage de la fusée nord-coréenne «semble» être tombé en Mer du Japon et le second dans l'océan Pacifique, a annoncé ensuite le gouvernement japonais.

Appel par Obama vendredi dernier

Selon le Centre de crise installé dans les bureaux du Premier ministre, la fusée «semble» être passée au-dessus de la partie nord de l'île principale Honshu vers 11h37 (04h37 en Suisse).

La Corée du Nord avait provoqué deux crises internationales en 1998 puis en 2006 en procédant à des tirs de missiles longue portée. Le tir de 2006 avait été unanimement condamné à l'ONU avec une résolution assortie de mesures contraignantes.

Tout en affichant une certaine retenue à l'égard de l'imprévisible régime communiste, M. Obama avait appelé vendredi le Nord à stopper les préparatifs du lancement.

Discussion à six pays

«Nous avons fait savoir clairement aux Coréens du Nord que leur lancement de missile est provocateur», avait-il déclaré à Strasbourg (France) où s'est tenu un sommet de l'OTAN.

Pyongyang a rétorqué qu'il assimilerait toute interception de sa fusée à un «acte de guerre» et que de nouvelles sanctions de l'ONU seraient perçues comme «un acte hostile» entraînant la rupture des négociations sur sa dénucléarisation.

Puissance nucléaire depuis le 9 octobre 2006, la Corée du Nord est engagée depuis six ans dans de laborieuses négociations à six pays (deux Corée, Etats-Unis, Japon, Chine et Russie) en vue d'un démantèlement de ses installations atomiques en échange d'une aide économique et de garanties de sécurité.

Ban Ki-moon condamne aussi le tir

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a déploré dimanche que la Corée du Nord ait procédé au lancement d'une fusée en contravention de résolutions du Conseil de sécurité. L'Union européenne (UE) a «fermement» condamné ce tir.

«Etant donnée la volatilité de la région, ce lancement ne va pas dans le sens de la promotion du dialogue, ni de la stabilité et de la paix dans la région», a déclaré Ban Ki-moon dans un communiqué.

De même, la présidence tchèque de l'UE a estimé que le tir de la fusée «fragilisait encore la stabilité régionale à un moment où la question nucléaire dans la péninsule coréenne, qui reste sans solution, requiert un renforcement de la confiance réciproque».

«Ce type de comportement constitue également une source d'inquiétude plus générale en raison de ses répercussions sur la prolifération au niveau mondial», ajoute le texte.

L'UE «engage instamment» la Corée à «se conformer» à la résolution 1718 du Conseil de sécurité de l'ONU, qui lui interdit tout essai nucléaire ou tir de missile balistique. Elle l'enjoint «à suspendre immédiatement toutes les activités liées à son programme de missiles balistiques, et à renoncer complètement, d'une manière qui soit vérifiable et irréversible, à toutes les armes nucléaires et à tous les programmes nucléaires existants».

Russie et Chine appellent à la retenue

La Chine et la Russie ont adopté dimanche une ligne plus mesurée que les autres pays, qui ont condamné le tir controversé de la fusée nord-coréenne. Elles ont appelé à la retenue, demandant aux parties concernées de garder leur calme.

«Nous avons pris acte du fait que la Corée du Nord a procédé à un lancement ce matin et nous avons également relevé les réactions des parties concernées», a indiqué dans un communiqué le ministère chinois des Affaires étrangères.

«Nous espérons que les parties concernées feront preuve de calme et de retenue, pour gérer la situation de façon adéquate et maintenir la paix et la stabilité dans la région», ajoute le texte.

Fidèle à son approche diplomatique traditionnelle, la Chine a pris soin de ne pas offenser les parties, et particulièrement l'allié nord-coréen avec qui elle est toujours liée par un accord de défense depuis 1961.

Elle ne devrait pas joindre sa voix à une condamnation de Pyongyang au Conseil de sécurité. Pékin pourrait même faire usage de son droit de véto en cas de nouvelle résolution ou de nouvelles sanctions proposées contre les Nord-Coréens.

Pékin et Pyongyang, qui partagent plus de 1400km de frontières, entretiennent des relations étroites tant sur le plan idéologique que dans le domaine économique.

La Chine s'est également imposée comme le médiateur incontournable de pourparlers internationaux entamés en 2003 visant à faire renoncer le Nord à ses ambitions nucléaires mais qui sont actuellement au point mort.

Réagissant dimanche au lancement de la fusée, la Russie a opté pour une ligne similaire à celle de la Chine. Elle a appelé chaque camp à faire preuve de mesure.

«Nous vérifions si ce lancement ne constitue pas une violation de certaines résolutions du Conseil de sécurité et nous tous les parties à ne prendre aucune mesure qui pourrait conduire à un accroissement de la tension dans la péninsule coréenne», a dit un porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères cité par l'agence RIA.

Pyongyang annonce une mise en orbite

La Corée du nord est parvenue dimanche à placer un satellite en orbite, a affirmé l'agence de presse officielle du régime communiste KCNA.

«Nos scientifiques et techniciens sont parvenus à mettre le satellite Kwangmyongsong-2 en orbite grâce à la fusée Unha-2 (également connue sous le nom de Taepodong-2, ndlr), conformément aux projets nationaux en matière de développement spatial», a indiqué KCNA.

«Le satellite effectue ses rotations normalement sur son orbite», ajoute le texte.

(ats)

Ton opinion