Affaire Dutroux: «Qu'y a t-il à réparer? Rien ne me rendra ma fille!»
Publié

Affaire Dutroux«Qu'y a t-il à réparer? Rien ne me rendra ma fille!»

L'avocat de Marc Dutroux a fait parvenir une lettre aux familles des victimes. Celles-ci, outrées, dénoncent un «coup de pub».

par
joc

L'avocat de Marc Dutroux l'avait annoncé en mai dernier: il allait s'atteler, au nom de son client, à l'écriture d'une lettre d'excuses adressée aux familles des victimes du criminel. C'est désormais chose faite: les personnes concernées ont récemment reçu la fameuse missive de Bruno Dayez. L'avocat ne s'en cache pas: il espère obtenir la libération conditionnelle de son client d'ici à 2021 et c'est dans ce but qu'il a pris contact avec les victimes. L'attitude de Marc Dutroux à leur égard sera en effet prise en compte par le tribunal.

Dans sa lettre commençant par «Madame, Mademoiselle, Monsieur», Bruno Dayez explique vouloir «amorcer le débat» avec les proches des quatre filles violées et tuées en 1995 et 1996, dont Julie et Melissa, ainsi qu'avec Sabine Dardenne et Laetitia Delhez, les deux adolescentes libérées après plusieurs mois de séquestration. «Il ne s'agit nullement de polémiquer, ni de raviver les plaies, mais d'essayer de contribuer, fût-ce dans une très modeste proportion, à les cicatriser», écrit Me Dayez. Il poursuit: «Vingt-deux ans se sont écoulés depuis l'arrestation de Monsieur Dutroux et cependant, jusqu'à ce jour, en raison des caractéristiques de notre système de justice, chacun a dû rester emmuré dans sa douleur et son silence, toute forme de communication quelconque semblant inconcevable.»

«Pas de place pour le dialogue»

Au sein des familles concernées, la démarche de l'avocat passe très mal. Papa de Julie, Jean-Denis Lejeune a partagé sa réaction amère sur Facebook: «Il n'y a que six lettres à envoyer, il aurait pu les personnaliser», commence-t-il par relever. «Que je sache, on ne s'est pas emmuré dans le silence, (au) contraire on n'a pas arrêté de poser des questions! Mais jamais nous n'avons eu la même version. Chacun des inculpés avait sa propre version et tellement différentes qu'on ne sait qui croire», dénonce-t-il.

Jean-Denis Lejeune évoque ensuite une lettre de 44 pages reçue envoyée il y a plusieurs années par Marc Dutroux, dans laquelle le criminel se dédouane de la mort de Julie et Melissa. «Et maintenant dans l'objectif de sa libération conditionnelle l'avocat souhaite qu'on ne demeure pas dans une position de mutisme total. Il parle aussi de «Justice réparatrice». Qu'y a t-il à réparer? rien ne me rendra ma fille!», tempête-t-il. Monsieur Lejeune conclut: «Non Monsieur Dayez je ne rentrerai pas dans votre jeu malgré toute la pommade que vous laissez apparaître dans votre lettre. Il n'y a pas de place pour le dialogue avec votre client.»

«Pas la force de pardonner»

Même son de cloche du côté de Jean Lambrecks, papa d'Eefje, jeune fille morte séquestrée par Dutroux. L'homme, domicilié dans la partie flamande de la Belgique, a reçu une lettre non traduite, écrit «La Libre». Il dénonce «un coup de publicité majeur» et un «pamphlet dénué de sens». Paul Marchal, père d'An, aimerait que «ce cirque s'arrête». Quant au papa de Melissa, il n'a pas encore reçu la fameuse missive, mais n'a aucune intention de la lire, selon franceinfo. «Je n'aurai pas la force de pardonner la manière dont ma fille a été séquestrée, violée puis est morte. Je laisse ça à Dieu.»

Ton opinion