Publié

Ski alpin«Quand Camille a franchi la ligne, une petite larme a coulé»

Florian Lorimier, préparateur physique de Camille Rast, évoque le coup d’éclat de sa protégée mardi à Flachau, les souffrances passées et les perspectives d’avenir.

par
Simon Meier
Camille Rast a réalisé le meilleur résultat de sa jeune carrière, en terminant 6e du slalom nocturne de Flachau mardi. 

Camille Rast a réalisé le meilleur résultat de sa jeune carrière, en terminant 6e du slalom nocturne de Flachau mardi.

AFP

Camille Rast, 21 ans, passe pour un très solide espoir du ski helvétique depuis plusieurs années – elle a notamment été championne du monde junior de slalom en 2017. Freinée dans son ascension par une grave blessure au genou, la Valaisanne est ressortie de sa boîte, mardi à Flachau, en prenant la 6e place d’un slalom abordé avec le dossard 57. Elle bat ainsi son meilleur résultat en Coupe du monde jusqu’ici (9e du géant de Krönplatz en 2017). Son préparateur physique, Florian Lorimier, mesure le chemin parcouru.

Certaines sixièmes places valent toutes les victoires, non?

Camille a franchi un cap, elle poursuit son évolution. Terminer une course de Coupe du monde à la 6e place, quand on part avec le dossard 57, c’est une performance incroyable, presque un exploit. Donc c’est formidable. Mais en ski, rien ne vaut une victoire.

Vous dites ça parce que votre protégée va bientôt fêter de vraies victoires?

Elle sait qu’il y a encore beaucoup de travail à effectuer, à tous les niveaux. Mais elle franchit des caps, dans les domaines technique, physique et mental. J’ai beaucoup aimé l’engagement et le courage dont elle a fait preuve à Flachau, en première comme en deuxième manche.

Depuis quand travaillez-vous avec Camille Rast?

J’avais été contacté par Olivier Siegrist (ndlr: chirurgien spécialisé dans le sport, à l’Hôpital de la Tour) juste avant son opération, au printemps 2019 (la Valaisanne a été victime d’une rupture du ligament croisé du genou droit, en mars 2019 à Are). Il voulait qu’elle ait un encadrement afin d’effectuer tout le travail post-opératoire. C’est comme ça que cela a commencé, début juillet je pense.

Vous avez dû ressentir de sacrées émotions, en la voyant franchir la ligne à Flachau, après tant de mois d’efforts…

Vivre le retour d’un athlète après tant de déboires, de souffrances, j’ai déjà vécu ça avec Justin Murisier ces dernières années. On parle de la reconstruction physique mais aussi mentale d’athlètes qui, parfois, peuvent se sentir démoralisés. Je suis un guide, en somme, en qui ils doivent avoir confiance - c’est parfois dur de leur expliquer la patience, par exemple. Mais pour moi, c’est plus facile: je fais mon boulot, j’ai mon fil conducteur, ma voie à suivre. Le sportif, lui, a ses hauts et ses bas. Avec Camille, on a partagé des émotions très fortes durant tous ces mois, il y a eu beaucoup d’échange et de travail. Alors oui, quand Camille a franchi la ligne mardi, quand j’ai vu sa performance, une petite larme a coulé.

«Il y a toujours le jour, la phase où les athlètes se sentent incapables de revenir et veulent tout abandonner. Mais ça ne dure jamais longtemps»

Florian Lorimier, préparateur physique de Camille Rast

Vous évoquez les hauts et les bas. A-t-elle parfois envisagé de tout laisser tomber?

Dès le départ, elle était fixée à fond sur l’objectif, avec la même détermination qu’un Didier Cuche à l’époque (ndlr: Florian Lorimier s’était aussi occupé du Neuchâtelois). Mais il y a toujours le jour, la phase où les athlètes se sentent incapables de revenir et veulent tout abandonner. Il y a des moments de doute, mais ça ne dure jamais longtemps. Dans ces moments-là, il faut leur faire comprendre qu’ils ont le droit d’avoir des doutes.

Avec son talent naturel et le caractère qu’elle s’est forgé, Camille Rast, 21 ans, va devenir une sacrée championne, non?

C’est piégeux, de raisonner comme ça.

Pourquoi?

Bien sûr qu’une blessure peut apporter une maturité supplémentaire. Mais ce n’est pas évident au niveau de la confiance sur les skis, d’autant que Camille avait eu d’autres soucis de santé auparavant (ndlr: une mononucléose, notamment). A 21 ans, elle a une certaine maturité mais, dans un autre sens, elle manque d’expérience, elle est «plus jeune que son âge» parce que ses hivers ont été perturbés. Et puis, je vous connais, vous les journalistes. Je sais comment vous raisonnez.

Ben oui, on veut savoir quand Camille Rast va remporter sa première course en Coupe du monde…

Le potentiel est là et elle le sait très bien. Mais mon rôle est de lui faire comprendre qu’il faut avancer étape par étape. Elle doit progresser, s’attacher à la manière plutôt qu’aux résultats dans un premier temps. A partir de là, il n’y a pas de frein, elle pourra s’améliorer de façon indéterminée. Mais il ne faut pas oublier qu’il y a beaucoup d’autres adversaires qui, comme elle, sont en train d’assembler les pièces du puzzle, à leur rythme.

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!
16 commentaires

Benoui

14.01.2021 à 12:16

Un grand bravo pour Camille, par contre le français du journaliste...

Un pro

14.01.2021 à 12:16

Le plus dur reste à faire confirmer

Rubalise

14.01.2021 à 11:58

Vous pouvez bientôt consacrer un article au Docteur Siegrist, le magicien du genou, le M. Knie qui fait des miracles et retape tous nos athlètes blessés.