Quand des écoles américaines se mettent à rémunérer leurs bons élèves...
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Quand des écoles américaines se mettent à rémunérer leurs bons élèves...

Vendredi, c'est jour de paye à l'école. Pas pour les enseignants, mais pour les meilleurs élèves, qui reçoivent des «chèques» pour bonne conduite, devoirs faits ou bonnes notes.

Certes, il ne s'agit pas de vrais chèques, mais ils permettent tout de même d'»acheter» toute sorte de vrais articles à la boutique artisanale de l'école: des stylos surmontés de plumes d'autruche, des porte-crayons en forme d'animaux ou encore des effaceurs colorés.

De plus en plus d'établissements scolaires à travers les Etats-Unis, soucieux d'améliorer leurs résultats et leur cote, expérimentent des programmes de récompenses afin de motiver leurs élèves. Certains éducateurs voient dans ces initiatives une manière efficace de tirer vers le haut les moins performants, mais d'autres s'inquiètent d'une dépendance des jeunes à ces «cadeaux» et d'une chute de motivation le jour où il n'y a plus d'argent pour financer ces programmes.

La KEY Academy, école-collège publique expérimentale de la capitale américaine, accueille principalement des élèves de milieux défavorisés, issus des minorités. Elle est devenue l'un des meilleurs établissements de la ville, si l'on en juge à ses résultats scolaires.

«Je pense que c'est en grande partie lié à notre programme d'incitations, car il montre aux élèves que nos attentes sont sérieuses et qu'on en est récompensé», explique la principale de la KEY Academy, Sarah Hayes.

Cherise Johnson Wallace, élève noire de 6e, serre avec fierté un porte-crayons qu'elle a acheté à la boutique de l'école. Elle est heureuse d'avoir le bibelot, mais encore plus heureuse de ce qu'il représente: «Ça montre que j'ai travaillé dur pour avoir de bonnes notes», lance-t-elle avec un grand sourire, citant les matières où elle a obtenu les meilleures notes.

Ce genre de fierté, c'est justement l'objectif visé par les défenseurs de ces programmes de récompenses. Selon eux, ces prix ont d'abord pour effet de motiver les jeunes, mais ensuite les enfants acquièrent de bonnes habitudes et ont envie de réussir avec ou sans récompense.

Peu d'études ont déjà été menées sur les effets de ces programmes. Mais l'une d'elles, réalisée par un groupe de réflexion indépendant à l'Université Stanford, suggère un impact positif sur les résultats scolaires. Une autre étude menée dans des écoles de l'Ohio ayant rémunéré leurs élèves pour avoir passé des tests au niveau de l'Etat a abouti à des conclusions similaires.

A New York, quelque 5.500 jeunes peuvent gagner de l'argent s'ils obtiennent de bonnes notes. Le programme est ouvert aux élèves de CM1 (9-10 ans), susceptibles de gagner jusqu'à 250 dollars par an, ainsi qu'aux élèves de 5e, qui peuvent finir l'année avec 500 dollars de bonus.

«Nous aurons bientôt dépassé le million de dollars en argent distribué cette année aux élèves de CM1 et de 5e», se félicite Roland Fryer, responsable de cette expérimentation. Cet économiste à l'Université de Harvard se dit satisfait pour l'instant des résultats.

Queen Makkada, présidente de l'association de parents d'élèves participant à ce programme, note que les jeunes concernés semblent travailler plus dur grâce à ces incitations financières. Elle rejette les critiques des détracteurs qui assimilent ce genre d'approches à une forme de corruption.

«Quelle différence y a-t-il entre cela et l'argent de poche donné aux enfants pour avoir fait ce qu'ils devaient?», demande-t-elle, en soulignant que de nombreux parents du quartier n'ont pas les moyens, de toute façon, de donner de l'argent de poche à leurs enfants. «Ce programme permet à nos enfants de faire l'expérience de ce que peut être la vie quand tu travailles plus.»

Certains, toutefois, s'interrogent sur l'impact à long terme des ces programmes. Ainsi, Edward Deci, professeur de psychologie à l'Université de Rochester (New York), craint que l'effet de ces récompenses soit de courte durée et même puisse produire l'effet inverse une fois la récompense obtenue ou disparue. Pour lui, les écoles devraient plutôt s'attacher à rendre l'enseignement plus intéressant, ce qui aboutirait à une meilleure motivation des jeunes. AP

Sur Internet:

KIPP DC: KEY Academy: http://tinyurl.com/4tabo6

Center for Research on Education Outcomes at Stanford University: http://credo.stanford.edu/

sop/V/nc

(ap)

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