Actualisé 25.11.2009 à 00:19

PsychoQuand la machine détectera la dépression

Diagnostiquer la dépression à l'aide d'un électro-encéphalogramme? Des chercheurs australiens sont en train de plancher sur ce projet.

de
Caroline Goldschmid

«Ce serait une réelle révolution en psychiatrie», estime le Dr Markus Kosel, chef de clinique scientifique du département de psychiatrie de l'Université de Genève et des hôpitaux cantonaux genevois. «Serait», car la méthode, dévoilée récemment à la presse, est encore à l'étude à l'Université de Monash, à Melbourne. Il s'agit de pouvoir identifier les paramètres biologiques du système vestibulaire (oreille interne) qui ont un impact sur le système limbique (structure du cerveau qui joue notamment un rôle dans les émotions et le comportement).

C'est sous le nom d'«EVestG» – pour Electrovestibulography – que ce procédé sera mis sur le marché. D'après les chercheurs australiens, il permettra notamment de diagnostiquer la dépression et la schizophrénie en moins d'une heure. Une fois testé sur mille patients, l'Université de Monash a bon espoir que cet appareil, qu'elle estime simple, rapide et peu coûteux, soit utilisé couramment dans les hôpitaux du monde entier dans quelques années. Utopiste? «On peut être sceptique. Il s'agit de la phase précoce du développement et de la validation d'une technique. Si elle aboutit, sera-t-elle vraiment moins chère, plus pertinente et plus précise que la démarche actuelle?» s'interroge le Dr Kosel.

Selon le Dr Martin Preisig, professeur au service de psychiatrie générale du CHUV, ce système pourrait éventuellement permettre de «sous-typer» une sorte de dépression. «Mais pour l'instant, il n'a pas été testé sur suffisamment de sujets. Jusqu'ici, aucune mesure biologique ne s'est révélée assez sensible et spécifique pour poser le diagnostic. Si cette sorte de mini-électro-encéphalogramme se révèle pertinent, cela pourrait nous permettre de mieux comprendre la base neurophysiologique d'une dépression.»

Les deux spécialistes insistent toutefois: l'entretien clinique reste l'étape incontournable pour diagnostiquer la dépression. «Il s'agit tout d'abord d'exclure les maladies physiques qui pourraient engendrer un état psychique pouvant être assimilé par erreur à une dépression, comme les tumeurs, l'épilepsie et les dérèglements de la thyroïde», explique le Dr Preisig. «Si le patient vient rapidement consulter après la persistance des symptômes (lire encadré), un simple entretien clinique permet de poser le diagnostic.»

La lumière contre le blues saisonnier

Comment savoir si l'on traverse une déprime passagère ou si l'on est atteint d'une réelle dépression?

Les symptômes de cette dernière sont notamment les suivants: humeur diminuée, perte de plaisir, réduction d'énergie, diminution de la libido, troubles du sommeil, sentiment de dévalorisation, idées suicidaires. Si plusieurs d'entre eux sont présents durant au moins deux semaines et qu'ils ont un impact sur la vie privée et/ou professionnelle, il est recommandé de consulter un spécialiste.

Dans le cas d'une dépression saisonnière, due au manque de lumière et de soleil, la luminothérapie, partiellement remboursée par les caisses maladie, a fait ses preuves.

Les électrodes, autre méthode du futur

Dans la majeure partie des cas, le traitement contre la dépression consiste à associer une psychothérapie avec des antidépresseurs, qui n'ont d'ailleurs pas beaucoup changé depuis les années 1980. Mais pour les dépressifs profonds, les électrochocs sont prescrits. Le patient les reçoit sous anesthésie générale. S'ensuit une crise de convulsions qui engendre un déséquilibre des neurotransmetteurs responsables de la dépression. En outre, une nouvelle méthode est en train d'être évaluée: la stimulation cérébrale profonde (DBS). Grâce à des électrodes implantés dans le cerveau, des structures cérébrales bien définies sont stimulées de manière continue. (Infos sur: www.depression.ch)

«On n'extériorise plus nos émotions»

Entre 15 et 20% des gens souffrent une fois dans leur vie de dépression. Ce nombre est-il en augmentation? «D'après les statistiques, de plus en plus de gens se reconnaissent avec une dépression», répond Martin Preisig. «Mais cela crée le débat chez les chercheurs, car on ignore si cette augmentation est réelle ou si c'est dû au fait que la maladie est moins stigmatisée qu'il y a quelques années. Aujourd'hui, on extériorise plus facilement nos émotions et notre tristesse.» Toujours est-il que les dépressifs doivent être pris au sérieux. «C'est important d'en parler, et les découvertes comme l'EVestG donnent de l'espoir», conclut Markus Kosel.

Conférence «Neurobiologie de la dépression: quoi de neuf?» (destinée aux professionnels), clinique La Métairie, Nyon, jeudi 10 décembre à 19 h.

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!