Actualisé 22.01.2014 à 20:40

UkraineQuand la police s'enflamme dans le centre de Kiev

Envahi par le gaz lacrymogène, le centre de la capitale ukrainienne s'est transformé mercredi en un champ de bataille où ont lieu des affrontements d'une violence inédite.

Les policiers subissent des jets de cocktail Motolotov

Equipés de casques et de boucliers, les policiers ont donné l'assaut mercredi au petit matin pour évacuer les manifestants des alentours des bâtiments officiels, faisant face à une pluie de cocktails Molotov et de pierres lancés par les protestataires.

Regroupés derrière les barricades dressées dans la rue Grouchevski à Kiev, où se trouvent le siège du gouvernement et le parlement, les manifestants ont opposé une résistance féroce aux hommes des unités anti-émeute Berkout. Mais ils ont finalement dû reculer face au gaz lacrymogène, aux grenades assourdissantes et aux balles en caoutchouc utilisés par la police.

Chassés de cette rue, qui a été le théâtre depuis dimanche de heurts violents, des centaines de manifestants se sont alors mis à brûler des pneus pour former une nouvelle barrière. Une épaisse fumée noire et âcre a ainsi envahi le centre de la capitale ukrainienne, se mêlant aux flocons de neige.

Avec l'apparition dans l'après-midi d'un véhicule blindé qui s'est dirigé vers les manifestants en écartant des carcasses de cars de police brûlés, Kiev, ville-hôte à l'été 2012 de la finale du championnat d'Europe de football, a pris encore davantage l'apparence d'un paysage de guérilla urbaine.

Bistrots fermés

Les cafés de la plus célèbre avenue de Kiev, Krechtchatik, située à proximité, étaient tous fermés alors que les heurts non loin de là s'intensifiaient.

La place de l'Indépendance, aussi appelée Maïdan, a de son côté été épargnée par ces nouveaux affrontements. Elle est pourtant le lieu principal de la contestation du régime depuis le rejet, fin novembre, par le gouvernement d'un accord d'association avec l'UE au profit du rapprochement avec la Russie.

Divisions le Jour de l'unité nationale

Alors que l'Ukraine devait fêter mercredi le Jour de l'unité nationale, célébrée en souvenir de l'unification de ses parties occidentale et orientale en 1919, les Ukrainiens sont plus que jamais divisés sur l'avenir du pays.

«Nous sommes ici pour protéger Maïdan. Nos enfants sont derrière nous et notre avenir est devant nous», a dit Bogdan Chkour, un manifestant de 50 ans.

Des rumeurs ayant circulé sur un assaut imminent contre Maïdan, ce haut lieu de la contestation à Kiev, plusieurs protestataires portaient des casques en tout genre, et même des gilets pare-balles. Certains arboraient aussi des boucliers de fabrication artisanale, pour faire face à ceux des forces anti-émeute.

Pays peu habitué aux heurts

Il s'agit d'une violence inédite pour l'Ukraine, où même la révolution orange pro-occidentale de 2004 s'était déroulée sans le moindre incident grave.

Les manifestants radicaux qui affrontent la police semblent n'appartenir à aucun parti politique, pas même au groupe ultra-nationaliste Svoboda (Liberté).

Ils seraient liés à un groupe peu connu «Secteur droit» qui a lancé un appel à de telles actions sur internet.

L'opposition ukrainienne, qui manifeste depuis deux mois contre la décision du président Viktor Ianoukovitch de ne pas signer un accord d'association avec l'UE, s'est mobilisée de plus belle après l'adoption, la semaine dernière, de lois qui durcissent les sanctions contre les manifestants.

(20 minutes/afp)

Les manifestants vont passer «à l'offensive» s'il n'y a pas de concessions

Les manifestants en Ukraine vont «passer à l'offensive» jeudi si le président Viktor Ianoukovitch ne fait pas de concessions, a déclaré mercredi soir un leader de l'opposition, Vitali Klitschko, à l'issue d'une journée marquée par de violents affrontements. «Si Ianoukovitch ne fait pas de concessions, demain (jeudi) nous passons à l'offensive», a déclaré M. Klitschko devant des dizaines de milliers de manifestants de l'opposition rassemblés sur la place de l'Indépendance à Kiev, ajoutant que M. Ianoukovitch pourrait mettre fin à la crise sans violences, en convoquant des élections anticipées. De son côté, Arseni Iatseniouk, proche de l'ex-Premier ministre emprisonnée Ioulia Timochenko, a donné de son côté «24 heures» au pouvoir pour éviter un «bain de sang».

Cinq morts

Le centre du service médical improvisé de l'opposition a indiqué dans la soirée que cinq manifestants ont été tués mercredi. Trois cents autres personnes ont été blessées dans les violents affrontements qui ont opposé manifestants aux forces de l'ordre dans le centre de Kiev. Selon le site Ukrainska Pravda, quatre des cinq personnes qui sont décédées avaient des blessures par balles.

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