Société: Quand solidarité rime avec café
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SociétéQuand solidarité rime avec café

Payer une consommation le double de son prix pour faire un don à une personne dans le besoin: c'est à la mode dans plusieurs pays, pas encore chez nous.

par
Caroline Goldschmid
A l'international et sur le Net, cette pratique se répand sous l'appellation «suspended coffee».

A l'international et sur le Net, cette pratique se répand sous l'appellation «suspended coffee».

Le Valais semble être le canton précurseur des «cafés en attente». Selon «Le Nouvelliste», deux bistrots de Sion viennent d'instaurer ce principe né en Italie (lire encadrés). Il permet au client de régler une boisson non alcoolisée ou un plat pour lui et un inconnu, qui se présentera a posteriori. Des nécessiteux ont ainsi la pos­sibilité de consommer gratui­tement.

Si, à l'étranger, le concept prend de l'ampleur, dans les pays anglo-saxons notamment, il reste confidentiel chez nous. Même GastroSuisse n'en a jamais entendu parler. Intéresse-t-il les restaurateurs lémaniques? «On pourrait envisager de mettre ce ­système en place, oui, mais ce serait compliqué à gérer au niveau des repas, répond la patronne du Café de Grancy, à Lausanne. Ensuite, le bistrot doit réussir à gagner la con­fiance des payeurs qui le font pour autrui. Enfin, je crains que ce ne soit la porte ouverte à des abus. Des profiteurs pourraient pervertir le projet.»

Du côté de la Société des ­cafetiers, restaurateurs et hôteliers de Genève, l'idée ne séduit guère. «Donner une pièce pour que quelqu'un puisse boire un café n'est pas une démarche constructive au niveau social, surtout que des structures destinées aux gens dans le besoin existent déjà», estime son président, Laurent Terlinchamp. Et les sans-abri? «Encore faut-il qu'ils osent entrer dans un café», dit-il.

Une tradition ancestrale née à Naples

Le «caffè sospeso» (café suspendu) est né dans les bars ­napolitains. L’idée de départ: quand ils avaient assez d’argent, certains clients mettaient quelques pièces de côté pour de futures fins de mois difficiles. La pratique serait devenue moins courante dans la Péninsule depuis l’arrivée de l’euro. Ailleurs dans le monde, en revanche, la notion du café solidaire a du succès, notamment en Bulgarie. Plus de 150 bistrots, magasins d’alimentation et points de restauration y ont adhéré il y a peu.

Plusieurs petits noirs en attente

«Osez venir!» Voici le message d’Alain Maret, du Café Etiks à Sion (rue des Châteaux), où les «cafés en attente» ont démarré le 1er avril dernier. Sur l’ardoise, quatre caouas ont déjà été réglés d’avance. C’est plutôt du côté des demandeurs que ça coince. «Je pense que cela nécessite un certain courage pour oser s’afficher comme étant dans le besoin», reconnaît Alain. Autre adresse de la vieille ville à avoir instauré ce mouvement soli­daire, la Grenette (rue du Grand-Pont). On peut même y payer des soupes ou des raclettes à son prochain.

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