Mode équitable à petits prix: Quand vos vêtements usagés se transforment en streetwear
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Mode équitable à petits prixQuand vos vêtements usagés se transforment en streetwear

Le label de mode suisse Rework conçoit des vêtements de ville esthétiques à partir d’habits usagés. Il se positionne ainsi comme un concurrent durable des enseignes H&M, Zara et C&A – même s’il admet pouvoir encore mieux faire.

par
Sebastian Sele
De nombreux vêtements qui prennent la poussière dans les armoires peuvent être remis au goût du jour grâce à l’upcycling.

De nombreux vêtements qui prennent la poussière dans les armoires peuvent être remis au goût du jour grâce à l’upcycling.

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Rework, label suisse d’upcycling, s’est fixé un objectif clair: apporter la mode durable là où les chaînes de fast-fashion ont leurs filiales, à savoir dans les principales rues commerçantes des centres-villes. «Nous voulons convaincre des clients qui font habituellement leurs achats chez H&M, explique son directeur général, Kaspar Schlaeppi (53 ans). Dans nos boutiques, on ne doit remarquer qu’au deuxième coup d’œil que les vêtements sont de seconde main.» Selon lui, l’esthétique demeure la priorité.

La société Rework a été fondée en 2019. Depuis, le label a des filiales à Zurich, Berne, Bienne et Thoune, notamment sous le nom de «Second Chance». Les magasins de la chaîne vintage Fizzen vendent également des hauts, des pantalons et des accessoires fabriqués à partir de vêtements usagés. Un habit coûte en moyenne 40 francs.

Produire durablement en Inde, est-ce possible?

«Le rework ne doit pas être le privilège d’une couche de la population qui gagne bien sa vie, mais être ouvert aux personnes aux revenus modestes», insiste Kaspar Schlaeppi. Même si l’objectif est de produire bientôt un tiers des vêtements en Suisse, la majeure partie est actuellement fabriquée en Asie, et plus précisément en Inde. Dans ces usines, des tonnes de vêtements sont triés chaque jour pour finir dans les conteneurs de vêtements usagés américains et européens. Les «Vintage Pickers» fouillent dans les montagnes de vêtements et collectent la matière première nécessaire pour le rework, qui sera ensuite cousue selon les critères du design suisse.

Miser sur la durabilité et produire dans un pays à bas salaires situé à 7000 kilomètres, n’est-ce pas antinomique? «Je ne trouve pas tout ce que nous faisons super», confie Kaspar Schlaeppi, qui aborde ouvertement les problèmes. En 2021, une classe d’école primaire lui a envoyé des questions sur le travail des enfants et l’exploitation des gens dans le secteur de la mode. Kaspar Schlaeppi a rapidement mis en ligne la liste des salaires de ses employés indiens: «Les salaires ne sont pas encore au niveau où je voudrais qu’ils soient», avoue-t-il. Cela dit, Rework emploie directement les couturières, au lieu de faire appel à un atelier de couture externe. Elles bénéficient ainsi d’un revenu stable. Lorsque, pendant la pandémie, de grandes chaînes ont annulé leurs commandes, Rework a continué à payer ses employées.

Des centaines de tonnes de déchets de fast-fashion

«Le grand problème de l’industrie de la mode est la surproduction», déplore Kaspar Schlaeppi. Rien qu’au Chili, 59’000 tonnes de vêtements sont jetées illégalement chaque année. Le désert d’Atacama se transforme ainsi en décharge. Sur ce point, Rework propose un contre-modèle avec des perspectives d’avenir: «En termes de durabilité, un produit upcyclé est toujours mieux qu’un vêtement nouvellement fabriqué.» Il n’y a en effet pas besoin de matières premières, de surfaces cultivables ou de produits chimiques.

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