Partira, partira pas?: Quarantaine et pays à risques: un été plein de dilemmes
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Partira, partira pas?Quarantaine et pays à risques: un été plein de dilemmes

La liste édictée par la Confédération perturbe la planification des voyages des Suisses. Pour autant qu’ils décident de coopérer.

par
Yannick Weber
KEYSTONE

Avec son obligation de quarantaine pour quiconque revient d’un pays jugé à risque, le Conseil fédéral aura achevé de rendre la planification des vacances d’été aussi éprouvante que l’un des douze travaux d’Hercule. La nouvelle a plongé de nombreuses personnes dans l’embarras. Au moment de réserver son vol pour le Kosovo en janvier, Gani* ne s’attendait ni à une pandémie mondiale, ni à ce que son pays d’origine soit placé sur la liste suisse des zones à risque. «Ma famille et moi ne pouvons plus partir, car la quarantaine ne nous est pas possible au retour», regrette-t-il.

Suède et Balkans: à plus tard!

Il n’est de loin pas le seul à avoir changé ses plans, au dernier moment. «Suite à l’annonce faite la semaine dernière, nous avons constaté une augmentation des demandes d’ajustement des réservations à court terme, en particulier à Stockholm, Göteborg et Belgrade», informe Karin Müller, porte-parole de Swiss.

Car les autorités l’ont déjà dit: en cas d’incapacité de travailler au retour de vacances, le salaire n’est pas garanti et l’assurance pertes de gain ne paiera rien, même si le pays a été placé sur la fameuse liste après le départ du voyageur: c’est la date de retour en Suisse qui prime. Le plus sage serait alors d’annuler ou de reporter son voyage. Mais là encore, peu de chances de revoir la couleur de son argent. «Comme le vol n’est pas annulé, l’agence de voyages ne nous rembourse pas», explique Gani.

Certaines assurances annulation ont annoncé prendre en charge les frais si le voyageur renonce à ses vacances, pour autant que la réservation ait été faite avant que le pays en question ait été placé sur la liste. Quant aux compagnies aériennes, elles sont souvent souples et permettent, avant le départ et même si le vol est maintenu, de reporter le trajet.

Rentrer incognito: risqué

Le dilemme concerne aussi les Suisses de l’étranger qui prévoyaient de rentrer pour les vacances. Ceux-ci ont aussi le choix: renoncer, allonger leur séjour de dix jours… ou se laisser vaincre par la tentation de passer incognito.

Car les voyageurs ne vont pas, comme dans certains pays, être cueillis à leur sortie d’avion pour être logés de force et suivis à la trace. Au lieu de cela, l’État compte sur le sens de la responsabilité et c’est à chaque voyageur de s’annoncer spontanément auprès des autorités. «Actuellement, nous nous basons sur la confiance», confirme le médecin cantonal neuchâtelois, Claude-François Robert. Son homologue genevois, Jacques-André Romand, le reconnaît aussi: sans annonce du voyageur, ses services n’ont aucun moyen de savoir qui est censé être soumis à la quarantaine: «Aucun fichier avec des noms ne nous est transmis», dit-il.

Attention à la douloureuse

Par contre, jouer avec le feu peut s’avérer fort coûteux: la sentence peut aller jusqu’à une amende de 10’000 francs lorsqu’il s’agit de malice volontaire. En cas de simple négligence, l’ordonnance prévoir une amende jusqu’à 5000 francs. Les cantons sont chargés de l’application et du suivi des quarantaines, et les services qui mènent les enquêtes d’entourage s’étoffent. «Si par là nous découvrons qu’une personne a omis de s’annoncer et qu’elle est impliquée dans une chaîne de transmission, nous pourrions procéder à une dénonciation pénale pour violation de la loi sur les épidémies», indique Claude-François Robert.

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