Genève: Quarante studios vides en pleine crise du logement
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GenèveQuarante studios vides en pleine crise du logement

Un groupe Facebook dénonce depuis janvier les biens inoccupés. Sur leur liste, un immeuble de Plan-les-Ouates. Mais isoler des coupables est malaisé.

par
Jérôme Faas
L'immeuble du 2 chemin de la Milice, en arrière-fond, abrite 48 studios. Une quarantaine sont vides. Le groupe Facebook a signalé ce cas au conseiller d'Etat Antonio Hodgers.

L'immeuble du 2 chemin de la Milice, en arrière-fond, abrite 48 studios. Une quarantaine sont vides. Le groupe Facebook a signalé ce cas au conseiller d'Etat Antonio Hodgers.

A première vue, ça choque. La crise du logement fait rage, et 40 studios situés au 2, ch. de la Milice ne sont pas loués. Le propriétaire, la caisse de pension Migros (MPK), vide le bâtiment depuis trois ans. Depuis, rien. Les biens figurent donc sur la liste remise au conseiller d'Etat Antonio Hodgers par le groupe Facebook «Appartements vides à Genève» qui traque les cas suspects.

«On n'a pas été informés!»

Ici, MPK veut surélever deux immeubles et en rénover un autre, le n°2. Une demande d'autorisation unique, déposée en février 2011, englobe le tout. L'Etat dit oui en septembre 2012. En novembre du même mois, quatre locataires dont deux élus locaux (MCG et PS) font recours, soutenus par l'Asloca. «Ce qu'on reproche surtout à la régie, c'est qu'on n'a pas été informés, dit Richard Jeanmonod. Nous ne sommes pas contre la rénovation du 2, mais ces imbéciles ont lié tous les objets!» Un ascenseur, le calcul du nombre de pièces et les loyers après travaux sont aussi en cause. Les recourants ont été déboutés en juin 2013.

Un recours et tout est bloqué

Pourquoi ne pas avoir commencé les travaux au n°2, pas visé par les recours? L'autorisation de construire étant globale, la loi l'empêchait, explique MPK. Des travaux en deux temps auraient coûté plus. Et les nuisances pour les habitants se seraient prolongées, ajoute l'architecte, Andreas Dürr.

Le trouble du père du groupe Facebook

Stéphane Guex-Pierre, l'un des pères du groupe Facebook, ne préjuge pas du résultat de l'enquête de l'Etat. «Mais quelles que soient les explications, les studios ne sont pas sur le marché. L'absence de solutions provisoires est dommage. A force d'écarter ce qui est parfois qualifié de mesurettes, on ne fait rien du tout. Et depuis la création du groupe, des choses inertes ont été réactivées. C'est troublant.»

Des étages en plus

La MPK possède trois immeubles, soit 108 logements, au ch. de la Milice. L’un regroupe les allées 6 à 14, l’autre les allées 1 à 9, le dernier, le n°2, abrite 48 studios. Il est prévu de surélever les deux premiers édifices et de rénover le n°2, aujourd’hui dépeuplé. L’objectif? Créer 72 nouveaux logements. "Cela devrait plutôt être encouragé!", dit la caisse de pension qui affirme préparer les travaux depuis l’automne avec l'objectif de les débuter "dans les prochains mois". L’architecte, lui, déclare avoir été recontacté voici deux semaines.

Hodgers propose de placer des étudiants

Vu la pénurie, le conseiller d’Etat Antonio Hodgers a «bien l’intention d’utiliser tous les moyens» à sa disposition pour (re)mettre des logements sur le marché. Ne serait-ce qu'un seul. L’Etat enquête donc sur toutes les adresses listées par le groupe Facebook. Une inoccupation injustifiée peut signifier l’expropriation, après sommation. Et si de longues procédures judiciaires expliquent le vide? «Des baux provisoires ou des contrats de confiance pourraient être proposés à des étudiants», dit l’élu Vert. L’état des studios de la Milice aurait dissuadé MPK, mais la caisse de pension affirme être ouverte à l’idée.

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