Grève féministe: Depuis 2019, «peu de choses ont changé pour les femmes»

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Grève féministeDepuis 2019, «peu de choses ont changé pour les femmes»

Une nouvelle vague de manifestations auront lieu dans toute la Suisse ce mardi en faveur des droits des femmes. Cette année, les revendications sont particulièrement politiques.

par
Pauline Rumpf
La manifestation de 2019 avait rassemblé au-delà des clivages politiques.

La manifestation de 2019 avait rassemblé au-delà des clivages politiques.

TDG

Quatre ans après la vague violette qui avait vu 500’000 personnes manifester pour les droits des femmes, le mouvement retournera dans la rue ce mardi 14 juin. Organisatrices et participants dénoncent le fait qu’il n’y ait eu «presque aucun progrès depuis 2019» pour les droits des femmes, notamment selon l’Union syndicale suisse (USS).

«Du travail pour plusieurs générations»

«Ça avance, mais ça prend du temps, tempère la Verte Céline Vara, conseillère aux États neuchâteloise. Il y a des avancées, comme la mise à disposition de matériel menstruel dans certains cantons, ou l’instauration, enfin, d’un congé paternité, même s’il est insuffisant. La révision du droit pénal sexuel mentionne le concept du consentement, ce n’était pas le cas il y a deux ans. Les mobilisations féministes ont clairement joué un rôle dans ces évolutions.»

Ces avancées réjouissent également à droite: «Il y a clairement eu une prise de conscience qui fait évoluer l’agenda politique, se réjouit la conseillère aux États PLR Johanna Gapany. L’imposition individuelle et la révision de la LPP, sur la table actuellement, en sont des bons exemples. Et la représentation politique des femmes a bien avancé: de jeunes femmes au Conseil des États, il y a quelques années c’était impensable!»

Toutes deux s’accordent cependant sur le travail important qui reste à faire, «pour plusieurs générations», prédit l’élue PLR. «L’écart salarial entre hommes et femmes s’est encore creusé», rappelle Céline Vara. L’heure du début symbolique de la grève, calculée sur cette différence, a d’ailleurs été avancée de 15 h 24 en 2019 à 15 h 19 cette année. «Les mesures permettant un modèle familial plus équilibré, comme le congé parental, la journée continue ou les centres d’accueil parascolaire, restent insuffisantes et toujours combattues par la droite, déplore-t-elle. Et le coup de grâce, c’est AVS21 et la hausse de l’âge de la retraite des femmes.»

Instrumentalisation ou enjeu clé?

C’est d’ailleurs ce sujet qui a été placé au centre des revendications de ce 14 juin, notamment par l’USS, qui appelle à voter non à la réforme proposée par le Parlement et soumise aux Suisses en septembre. Une campagne destinée à rappeler le travail domestique gratuit effectué par les femmes, qui aboutit à des rentes plus basses car souvent calculées sur un temps de travail partiel.

«Cette instrumentalisation n’est pas constructive», réagit Johanna Gapany, qui réfute l’analyse selon laquelle la droite freinerait l’avancée de plusieurs dossiers clés. «Les succès passés ont été atteints grâce à la mobilisation des femmes de tous les partis, estime la Fribourgeoise. S’il y a du conservatisme, il n’est pas propre à un camp. D’ailleurs, les mesures de conciliation entre travail et famille ont souvent vu le jour sous des gouvernements de droite. Les promesses politiques, c’est une chose, il faut voir le résultat sur le terrain.»

«La pandémie: une occasion pour changer de modèle»

À Neuchâtel, Unia a décidé de se focaliser sur les métiers majoritairement féminins de l’hôtellerie-restauration, pour mettre en avant de nouveaux modèles de gestion destinés à faciliter la conciliation de la vie privée et professionnelle. «La pandémie a transformé les habitudes, c’est une occasion à saisir pour améliorer les conditions de travail, revendique Isabel Amian, secrétaire syndicale. L’objectif est notamment de réduire les horaires coupés, par exemple en décalant les horaires d’ouverture, ce que certains ont fait.» Autres revendications, une revalorisation salariale, ou encore une garantie minimale mensuelle pour les gens qui travaillent à l’heure sur appel.

Le syndicat mènera des actions ce mardi pour saluer les bonnes pratiques de certains patrons, «qui commencent clairement à évoluer», estime-t-elle. Il se rendra par exemple à l’Auberge d’Hauterive, qui a édicté une charte contre le harcèlement, pour protéger notamment le personnel de service.

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