Actualisé 11.03.2013 à 12:36

Pêche

Quatre espèces de requins menacées protégées

La communauté internationale a décidé lundi de réguler le commerce de quatre espèces de requins très prisés pour leurs ailerons et dont l'espèce est menacée, malgré l'opposition de pays inquiets pour l'industrie de la pêche.

La consommation des ailerons de requins inquiète la communauté internationale.

La consommation des ailerons de requins inquiète la communauté internationale.

Les 178 pays membres de la Convention sur le commerce international des espèces menacées (Cites), réunis depuis plus d'une semaine à Bangkok, ont décidé de protéger le requin océanique à pointe blanche (ou requin longimane) et trois espèces de requins-marteaux (hallicorne, grand et lisse).

Ces résultats ont été salués par des applaudissement nourris. Ces votes, qui doivent être confirmés en réunion plénière d'ici jeudi, ont été immédiatement salués par les défenseurs de l'environnement qui plaidaient en vain depuis des années pour une meilleure protection de ces prédateurs des océans.

Ancienne revendication

«Nous sommes ravis que les gouvernements aient saisi cette importante opportunité de protéger ces animaux majestueux», s'est félicitée Elizabeth Wilson, de l'ONG Pew. Les requins-marteaux, les plus menacés, vont peut-être ainsi être sauvés d'un «effondrement total», a-t-elle noté.

Lors de la précédente conférence en 2010, des propositions similaires de protection des squales - dont les ailerons sont vendus à prix d'or en Asie alors que l'animal est souvent rejeté vivant et mutilé à la mer - avaient échoué de justesse face à un front de capitales inquiètes pour l'industrie de la pêche.

Annexe II

Mais les cinq requins ont été cette fois inscrits à l'annexe II de la Cites, qui permet de réguler le commerce d'une espèce pour empêcher sa surexploitation. Si ces mesures sont confirmées cette semaine en réunion plénière, elles entreront en vigueur d'ici 18 mois. Les pays exportateurs seront alors tenus de délivrer des permis d'exportation tout en assurant la survie de ces espèces.

En cas de confirmation, «cette réunion restera dans l'Histoire comme celle où la Cites a enfin réalisé son potentiel marin», a commenté Glenn Sant, de l'ONG Traffic.

Seuls quelques poissons, dont plusieurs requins (grand requin blanc, requin baleine, requin pèlerin et poisson-scie), font actuellement partie des 35'000 espèces protégées par la Convention.

Opposition du Japon

Plusieurs pays d'Asie, Japon en tête, se sont une nouvelle fois opposés à élargir la protection des requins. Tokyo estime par principe que les espèces marines commerciales ne devraient pas être gérées par la Cites, mais par les organisations de pêche.

Mais le continent asiatique est aussi pointé du doigt comme commanditaire du massacre des squales. Selon Pew, Hong Kong est «le plus grand marché mondial des ailerons de requin» avec plus de 10'000 tonnes importées de 83 pays en 2011, soit plus de la moitié du commerce planétaire.

Les nouvelles espèces protégées par la Cites ne représentent pas une part significative du commerce international. «Leur population est déjà très faible», a relevé Elizabeth Wilson, même si les requins-marteaux comptent probablement pour 6% du total des flux.

Une raison de plus pour les protéger avant qu'ils ne disparaissent, plaidaient à cet égard l'Union européenne, les Etats-Unis, le Brésil, la Colombie et la grande majorité des ONG.

Fertilité faible

«Toutes ces espèces sont très vulnérables à la surpêche», a souligné Colman O'Criodain, du Fonds mondial pour la nature (WWF), insistant sur leur faible fertilité, contrairement à beaucoup d'autres poissons.

«Le commerce est encouragé par les demandes du marché de luxe, que ce soit la soupe d'ailerons de requins dans les banquets en Chine, la viande de requin-taupe en Europe où elle est considérée comme un met fin, ou les branchies des raies manta utilisées dans la médecine chinoise».

La Cites a d'ailleurs également inscrit ces majestueuses manta à l'annexe II. Leurs défenseurs et ceux des requins ont notamment mis en avant le potentiel que représentent ces géants des mers pour l'écotourisme liée à la plongée, un moyen de compenser des pertes éventuelles du secteur de la pêche. (ats)

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