TUE PAR BALLE A YVERDON – Quatre-Marronniers: la défense exclut l’assassinat et le meurtre
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TUÉ PAR BALLE À YVERDONQuatre-Marronniers: la défense exclut l’assassinat et le meurtre

L’avocat de José*, le principal accusé, a plaidé l’homicide par négligence, lors du quatrième jour du procès dit des Quatre-Marronniers, mardi. Le verdict sera communiqué lundi prochain.

par
Marc Fragnière
La police scientifique a fait des relevés balistiques, le lendemain du drame, dans le parc des Quatre-Marronniers.

La police scientifique a fait des relevés balistiques, le lendemain du drame, dans le parc des Quatre-Marronniers.

Florian Cella/24 heures

Auparavant, les défenseurs des autres coaccusés ont également effectué leurs plaidoiries respectives, à l’issue desquelles Me Anne-Claire Boudry a demandé une peine maximale de cinq ans d’emprisonnement à l’encontre de son client, Bekim*, le chauffeur «naïf» de la bande, alors que Me François Chanson a réclamé le sursis pour Luc*, «la nourrice» de José, rappelant que son client était absent au moment des faits. On est évidemment resté loin des peines requises par le procureur et les parties civiles, la veille.

Abattu pour 500 g de haschich

Le 17 novembre 2018, dans le parc des Quatre-Marronniers, à Yverdon, Mahmud*, un Suisse d’origine syrienne de 21 ans, avait été abattu par l’accusé principal, José*, un Espagnol de 19 ans à l’époque des faits, mais déjà bien connu des services de police. Le mobile du crime? Un demi-kilo de haschich dont la victime avait refusé de se dessaisir, malgré un pistolet braqué sur elle. Les jours suivant l’homicide, la police avait arrêté le tireur présumé et ses complices. Parmi eux figuraient deux mineurs, déférés séparément.

Un plaidoyer efficace

L’avocat du principal accusé, Me Thierry de Mestral, s’est employé à tenter de démontrer que le coup de feu était accidentel.

L’avocat du principal accusé, Me Thierry de Mestral, s’est employé à tenter de démontrer que le coup de feu était accidentel.

20min/Gilles Broennimann

Me Thierry de Mestral a longuement et consciencieusement démonté une partie des actes d’accusation reprochés à José*, l’auteur du coup de feu fatal qui avait coûté la vie à Mahmud*, le 17 novembre 2018. Il s’est aussi attaché à dresser un portrait beaucoup moins sombre de celui qui a longuement été décrit, les jours précédents, comme «le caïd de la Vallée». «L’accusation s’est montrée pugnace contre José. On agit plus par esprit de vengeance que par désir de justice», a-t-il relevé, commentant un cambriolage auquel José réfute d’avoir activement participé et pour lequel aucun des auteurs identifiés ne l’a chargé lors des auditions. «On ne cherche pas la justice, mais à condamner et à faire condamner mon client», a réitéré Me de Mestral, en faisant référence à une affaire de tabassage à laquelle son client a assisté, mais à laquelle ce dernier n’aurait pas pris part. Une thèse confirmée par les protagonistes de l’histoire et jamais clairement démentie par la victime.

En ce qui concerne l’homicide des Quatre-Marronniers, l’avocat de la défense a plaidé la négligence consciente. «Pour qu’il y ait négligence consciente, l’auteur ne veut ni n’accepte que l’infraction se réalise. Il est convaincu que la chance lui permettra d’y échapper. Il accepte le risque. Peu importe qu’il se trompe complètement. La gravité de son erreur d’appréciation ne constitue en aucun cas une intention. Selon lui, José avait une connaissance parfaite de son arme. Il avait une confiance totale. Peu importe qu’il se trompe lourdement. La gravité de sa négligence ne la transforme pas en intention», a-t-il insisté.

«Il n’a jamais été envisagé qu’il y aurait un cadavre.»

M<sup>e</sup> de Mestral, avocat du principal accusé

Avant cela, l’homme de loi avait rappelé que le rapport final «exclut l’intention d’homicide de la part de José lorsqu’il se rend à Yverdon». Me de Mestral a également relaté que rien ne s’était passé comme prévu le jour du coup de feu fatal. «Dans la conception du plan, il n’a jamais été envisagé qu’il y aurait un cadavre. Le fait que José se soit engagé dans une bagarre démontre qu’il n’avait pas l’intention de tuer. Tout indique que le plan était bon jusqu’au refus de Mahmud de céder la drogue. La fuite de José, sans la marchandise, démontre aussi que le coup de feu n’était pas intentionnel», a estimé l’avocat nyonnais.

Pour Me de Mestral, deux théories s’affrontent, celle d’Éric*, un des deux mineurs de la bande, et celle de José. Selon Éric, José a pointé son arme vers la victime puis tiré. José affirme, lui, avoir essayé de mettre un coup de canon sur la tête de son adversaire et que le coup serait parti lorsque le canon de l’arme a heurté la tête de Mahmud. Selon les rapports de police, il est impossible de trancher entre les deux versions, qui sont toutes deux vraisemblables. «Juridiquement, c’est celle qui doit être le plus favorable à l’accusé qui doit être retenue», a rappelé l’avocat, avant de tailler en pièces le témoignage d’Éric: «Ses observations ne sont pas fiables. Contrairement à Bekim et à Rui* (ndlr: le second mineur qui avait participé à l’opération qui a coûté la vie à Mahmud), Éric ne se souvenait déjà plus à quelle place il était monté dans la voiture pour se rendre à Yverdon, trois mois après les faits. C’est une preuve de sa confusion. Éric était accroupi dans une haie aux feuilles denses et persistantes. Depuis où il était, il ne voyait rien dans ce parc mal éclairé. La crédibilité de son témoignage est proche de zéro. Il a reconstitué, de toute bonne foi, ce qu’il a imaginé. Son témoignage est inutilisable.»

Proche du retard mental

Le défenseur est allé plus loin de sa tentative de convaincre le parquet: «José a dû adapter son fonctionnement et bouleverser ses habitudes face à Mahmud. Or, selon l’expert psychiatrique, José n’a pas les capacités intellectuelles d’improviser. Son fonctionnement ne le lui permet pas. Il est mécaniquement incapable de modifier son comportement. José est proche du retard mental à ce niveau-là. Le tir fatal s’est effectué à bout touchant, cela est prouvé scientifiquement. La théorie d’Éric obligerait que les deux adversaires se soient figés, alors qu’ils étaient en train de se battre. C’est impossible. La théorie de José est, elle, compatible avec un tir à bout touchant incomplet. La mort de Mahmud était un accident. Un accident dramatique qui a pris une vie que personne ne peut rendre.» La cour livrera son verdict lundi après-midi à Renens.

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