Drame des migrants: Quatre passeurs arrêtés après la mort de l'enfant
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Drame des migrantsQuatre passeurs arrêtés après la mort de l'enfant

Le corps sans vie du petit garçon retrouvé sur une plage turque fait la Une de nombreux journaux européens ce jeudi. La police turque a arrêté quatre passeurs.

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mc/20minutes/afp
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01.09. Abdullah Kurdi a perdu son fils Aylan, 3 ans, sa femme Rehab, 35 ans, et son fils aîné Galip, 5 ans, noyés au large des côtes turques après le naufrage de leur embarcation surchargée de Syriens fuyant la guerre. Aujourd'hui, rien n'a changé, déplore-t-il.

01.09. Abdullah Kurdi a perdu son fils Aylan, 3 ans, sa femme Rehab, 35 ans, et son fils aîné Galip, 5 ans, noyés au large des côtes turques après le naufrage de leur embarcation surchargée de Syriens fuyant la guerre. Aujourd'hui, rien n'a changé, déplore-t-il.

23.06 Un célèbre graffiti géant, représentant le petit réfugié syrien de trois ans dont la mort avait ému le monde entier, a été détérioré à Francfort.

23.06 Un célèbre graffiti géant, représentant le petit réfugié syrien de trois ans dont la mort avait ému le monde entier, a été détérioré à Francfort.

AFP/Andreas Arnold
L'oeuvre, réalisée en début d'année par les artistes Oguz Sen et Justus Becker sur un mur de 20 mètres de long sur 6 mètres de haut pour critiquer la politique migratoire européenne. «Les frontières sauvent des vies» et «Fuck l'Antifa», (l'Action antifascite), pouvait-on lire sur l'image du petit garçon échoué sur une plage.

L'oeuvre, réalisée en début d'année par les artistes Oguz Sen et Justus Becker sur un mur de 20 mètres de long sur 6 mètres de haut pour critiquer la politique migratoire européenne. «Les frontières sauvent des vies» et «Fuck l'Antifa», (l'Action antifascite), pouvait-on lire sur l'image du petit garçon échoué sur une plage.

AFP/Andreas Arnold

Aylan, 3 ans, son frère aîné Galip, 5 ans, sont montés à bord d'une embarcation de fortune avec 16 autres personnes dans la nuit de mardi à mercredi. La ville d'Akyalar, au sud-ouest de la Turquie, d'où ils sont partis, n'est séparée que par une vingtaine de kilomètres de l'île grecque de Kos, point de départ de leur nouvelle vie. Loin de la ville syrienne de Kobané qu'ils ont fui. Une ville assiégée puis occupée par les soldats de l'État islamique avant d'être complètement libérée il y a quelques semaines. Là-bas, tout n'est aujourd'hui que ruines.

Après cinq kilomètres de navigation, le bateau chavire, ne laissant aucune chance aux cinq enfants. La maman de Aylan et Galip, Rihan, 35 ans, a également perdu la vie. Leur papa, Abdullah, n'a pas réussi à sauver sa famille et est arrivé épuisé sur le rivage tandis que la mer crachait le corps de son tout petit garçon, devenu le symbole du drame des réfugiés syriens. Depuis le début de l'année, plus de 2600 personnes ont péri en tentant de traverser la Méditerranée.

Cette famille syrienne souhaitait rejoindre le Canada, où certains de leurs proches sont déjà établis, a rapporté la presse canadienne. Selon l'édition en ligne du Ottawa Citizen qui cite une proche, le père de cette famille, Abdullah, qui a survécu au naufrage, a confié vouloir rentrer à Kobané pour y enterrer sa femme et ses deux enfants.

Quatre passeurs interpellés

Jeudi à la mi-journée, quatre personnes, âgées de 30 à 41 ans, ont été arrêtées dans la station balnéaire turque de Bodrum (sud-ouest), d'où étaient partis les deux bateaux qui ont coulé alors qu'ils se dirigeaient vers l'île grecque de Kos, a précisé l'agence de presse Dogan. Soupçonnés d'homicides et «trafic d'immigrants», ils devraient être présentés devant un tribunal dans l'après-midi, selon Dogan.

Douze réfugiés syriens sont morts dans la nuit de mardi à mercredi au large de Bodrum alors qu'ils tentaient d'entrer en Grèce, ont rapporté les garde-côtes turcs.

La police turque a interpellé jeudi quatre passeurs présumés de nationalité syrienne après le naufrage qui a causé la mort de douze migrants à destination de la Grèce, parmi lesquels un enfant de 3 ans dont les photos ont fait le tour du monde.

«Je n'ai pensé que ces images feraient un tel effet»

La journaliste à l'origine des photos d'un enfant syrien de trois ans qui ont horrifié le monde a confié jeudi avoir été «glacée» lorsqu'elle a aperçu son corps sur une plage de la station balnéaire turque de Bodrum. Selon un sauveteur, lui, son frère de 5 ans et leur mère venaient de la ville kurde de Kobané. «Quand je l'ai vu, je suis restée figée, glacée. Il n'y avait malheureusement plus rien à faire pour cet enfant. J'ai fait mon métier», a témoigné la photographe de l'agence de presse privée Dogan, Nilüfer Demir, sur la chaîne d'information CNN-Türk.

«Nous nous baladons régulièrement sur ces plages depuis quelques mois. Mais hier c'était différent. Nous avons d'abord vu le corps inanimé du plus petit garçon, puis celui de son frère aîné. En les photographiant, j'ai simplement voulu refléter le drame de ces gens», a-t-elle ajouté avec pudeur. «Jamais je n'ai pensé que ces images feraient un tel effet», a affirmé Nilüfer Demir, expliquant avoir déjà photographié des migrants noyés sur les plages turques.

«La photo qui fait taire le monde»

Fallait-il ou non publier la photo de ce petit garçon dont la vie s'est arrêtée en Mer Méditerranée dans la nuit de mardi à mercredi? Il y a sans doute eu de nombreux débats dans les rédactions mercredi soir mais elle figure en Une de nombreux quotidiens européens. «Toute petite victime d'une tragédie humaine», titre ainsi jeudi le «Daily Mail» sur une photo montrant un policier turc portant le cadavre de l'enfant. «Insoutenable», juge de son côté «The Mirror». «Si ces images extraordinairement fortes d'un enfant syrien rejeté sur une plage ne modifient par l'attitude de l'Europe vis-à-vis des réfugiés, qu'est-ce qui le fera ?», interroge «The Independent». Pour sa part, 20 minutes a choisi de ne pas reproduire le cliché, compte tenu de sa violence. On y voit le corps de l'enfant, tee-shirt rouge et short bleu, face contre terre, sur une des plages de la station balnéaire de Bodrum. Une autre, ci-dessus, un gendarme turc en uniforme le portant devant la mer.

En Italie, le quotidien «La Repubblica» a tweeté «La photo qui fait taire le monde», et en Espagne, El Pais en faisait le «symbole du drame migratoire», tandis qu'«El Periodico» titrait sur le «Naufrage de l'Europe». «Certains disent que l'image est trop offensante pour être partagée en ligne ou imprimée dans nos journaux», écrit dans une tribune Peter Bouckaert, directeur pour les situations d'urgence de HRW. «Mais ce que je trouve offensant c'est que des corps d'enfants noyés viennent s'échouer sur nos rivages, alors que l'on aurait pu en faire plus pour leur sauver la vie», a-t-il ajouté expliquant avoir lui-même longtemps hésité avant de tweeter la photo du corps d'Aylan Kurdi.

Le Premier ministre français Manuel Valls a tweeté:

Plus de 230'000 migrants ont gagné la Grèce par la mer depuis janvier

Plus de 230'000 migrants ont rallié la Grèce par la mer depuis le début de l'année, contre environ 17'500 pour la même période en 2014, a indiqué jeudi le ministre adjoint grec à la Marine marchande, Nikos Zoïs. «Plus de 80%» de ces arrivants, comptabilisés par les garde-côtes du pays «sont des réfugiés», éligibles à recevoir l'asile politique, a-t-il précisé, au cours d'une conférence de presse donnée en présence d'autres ministres sur les mesures préparées par le pays pour mieux gérer ce flux.

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