Genève: Quatre présumés flics ripoux suspectés de vol
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GenèveQuatre présumés flics ripoux suspectés de vol

La Cour d'appel doit juger des gendarmes aux résultats exceptionnels dont l'arrogance excédait leurs collègues.

par
Jérôme Faas
A l'époque des faits, les quatre prévenus étaient affectés au Groupe d'intervention de la police genevoise.

A l'époque des faits, les quatre prévenus étaient affectés au Groupe d'intervention de la police genevoise.

photo: Keystone/Salvatore di Nolfi

Un Koh Lanta délétère se jouait au sein du Groupe d'intervention (GI) de la police genevoise en 2011. Clin d'oeil à la téléréalité, quatre agents, «les rouges», adeptes de la traque aux dealers albanais et forts de résultats ébouriffants, traitaient de «flaques» et de «voleurs de paie» leurs collègues «jaunes», moins assidus au travail de rue. Jeudi, ils étaient jugés en appel: en janvier, trois d'entre eux avaient été reconnus coupables en première instance d'abus de confiance et de faux dans les titres.

Deux collègues les ont en effet accusés de voler de l'argent aux malfrats arrêtés (lire encadré). «C'est une cabale que vous avez à juger aujourd'hui», assure à la Cour Me Assaël. Humilié par leurs vannes, un duo de «jaunes» -«ceux qui préféraient le conf0rt du bureau à l'incertitude de la rue; les premiers sont fonctionnaires, les seconds policiers», commente l'avocat-, aurait ainsi espéré écarter ces gêneurs.

La version du procureur général Olivier Jornot est autre. Les rouges, ennuyés par le vrai travail du GI, soit s'entraîner en prévision de situations exceptionnelles, «s'adonnaient à la traque à l'Albanais. Ces messieurs ont fini par croire qu'ils étaient les seuls à savoir faire leur travail, ont été atteints du syndrome du super-flic.» Pour le magistrat, il s'agit d'une «affaire iceberg». Tombés pour de petits montants, ils auraient en fait érigé le vol en système, reconnaissant «avoir merdé» auprès d'un chef. «Nous ne sommes pas là pour entendre les suppositions du Parquet», balaie Me Spira. Le verdict sera rendu dans plusieurs semaines.

Condamnés en première instance

Les faits reprochés au quatuor datent d'environ cinq ans. En août 2011 d'abord, lors d'une perquisition chez un dealer, trois d'entre eux se seraient appropriés 800 euros. En janvier 2012 ensuite, le quatrième homme aurait prélevé entre 30 et 140 francs dans les poches d'un Albanais lors d'une fouille. Les trois premiers contestent leur condamnation à 480 heures de travail d'intérêt général avec sursis et 3600 fr. d'amende. Le Parquet s'oppose à l'acquittement du quatrième.

Adeptes des zones grises

La Cour juge des vols, mais c'est tout un système qui apparaît en toile de fond. Les prévenus admettent avoir travaillé en marge du règlement, notamment en demi-tenues, soit en cachant leur uniforme sous une tenue civile. Ils ont aussi eu des contacts téléphoniques avec des dealers. Ils nient en revanche avoir utilisé des indicateurs, auxquels seule la police judiciaire à le droit de recourir. Depuis les faits, les quatre hommes ont été déplacés: l'un dans un poste de quartier, deux à la brigade anti-criminalité, le dernier devenant inspecteur aux stups.

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