La côte: Quatrième complice jugé pour le braquage «abject» d’un bistrot
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La côteQuatrième complice jugé pour le braquage «abject» d’un bistrot

Le dernier épisode du procès de l’attaque rocambolesque d’un bistrot morgien en 2015 s’est tenu à Nyon mercredi. Trois des assaillants ont déjà été condamnés, dont la belle-fille du tenancier, à l’origine de la machination. Son ancien compagnon comparaît maintenant, mais ne s’est pas présenté au tribunal.

par
Pauline Rumpf
Père et fille, trahis et brutalisés, se reconstruisent depuis six ans.

Père et fille, trahis et brutalisés, se reconstruisent depuis six ans.

rmf

«Il a agi pour les intérêts de sa compagne, qu’il aimait et qui portait son enfant.» Voilà le mobile avancé par l’avocat du quatrième agresseur jugé pour le braquage de la Pinte «au XXe siècle». L’affaire remonte à 2015 déjà, lorsque le tenancier Nicolas Sautebin, sa fille et son ex-belle-fille avaient été attaqués, malmenés et dépouillés dans leur bistrot par trois malfaiteurs. L’enquête avait permis de déterminer que cette dernière, fille de l’ex-femme de Nicolas Sautebin, avait en fait manigancé le braquage, se faisant passer pour une victime (lire ci-dessous).

«Tout le monde se renvoie la balle»

Absent pour la deuxième fois, le prévenu, un Guinéen de 40 ans, sera jugé par défaut. Selon son avocat, l’ex-compagnon de l’initiatrice du crime a agi pour elle, par amour, pensant qu’elle était en danger à cause de dettes liées à de la drogue. La procureure, au contraire, a décrit un homme motivé par l’argent, et qui s’est par la suite appliqué à «enfumer la justice», notamment par une fausse dénonciation destinée à détourner les soupçons. «Son comportement a été abject», a asséné celle qui a requis cinq ans de prison ferme.

Pour les victimes, il est déconcertant d’entendre que «tout le monde se renvoie la balle», rapporte la fille du tenancier. Tous deux ont subi des violences physiques et verbales dont ils subissent encore les conséquences, mais aucun des complices n’a admis la responsabilité de ces comportements. L’avocat du prévenu du jour a en effet demandé au Président de ne pas faire d’amalgame entre son client et les autres attaquants, car son client n’aurait initié aucun coup ni amené de couteau. Et d’ajouter que, six ans après les faits, aucun nouvel épisode violent ne peut lui être reproché.

Trois complices déjà condamnés

Le Guinéen vit actuellement en Espagne. Il risque une peine aggravée par rapport à certains de ses complices car, outre le brigandage, il est aussi accusé d’avoir pénétré en Suisse alors qu’il était interdit de territoire, et d’avoir roulé sans permis avec une voiture hors-circulation. Le verdict sera rendu dans les jours à venir. Jugée en juillet 2020, l’ex belle-fille, cerveau de l’opération, a écopé de six ans de prison ferme; ses complices, respectivement trois ans dont neuf mois ferme, et quatre ans et demi ferme. Ils n’ont pas fait appel.

Traumatisés mais pas détruits

Alors patron du bistrot, Nicolas Sautebin reste philosophe, malgré le traumatisme subi par lui et sa fille, alors serveuse. Il avait été étouffé à plusieurs reprises et trainé d’un étage à l’autre, tandis que sa fille menacée de viol, frappée et enfermée dans un frigo à vin. Ils regrettent qu’aucun des agresseurs ne prenne la responsabilité de ces violences. «Si on les écoute, il n’y avait que nous, personne n’a rien fait. J’aimerais pouvoir m’assoir à une table avec eux, pour discuter et comprendre», lance-t-il. Mais la vie continue, et Nicolas Sautebin envisage de rouvrir un restaurant, loin de la Côte où il a exercé toute sa vie. «Je me rapproche des sapins; quand on vieillit, ça peut servir», glisse le septuagénaire aux yeux souriants.

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