22.09.2020 à 21:42

VAUD«Que la justice s’inquiète du climat!»

Le procès en appel de 12 militants écologistes qui avaient occupé le hall de Credit Suisse à Lausanne en automne 2018 s’est tenu mardi 22 septembre à Renens. L’accusation a été aggravée.

von
Frédéric Nejad Toulami
Le procureur général Eric Cottier, au sortir de l’audience mardi. Selon lui, il ne faut pas retenir l’état de nécessité pour justifier l’occupation d’un hall de banque et le refus d’obéir aux sommations de la police.

Le procureur général Eric Cottier, au sortir de l’audience mardi. Selon lui, il ne faut pas retenir l’état de nécessité pour justifier l’occupation d’un hall de banque et le refus d’obéir aux sommations de la police.

FNT

Le retentissement avait été mondial en janvier: les auteurs de désobéissance civile et de violation de domicile d’une banque à Lausanne en novembre 2018, avaient tous été acquittés en première instance en janvier. Les raisons invoquées alors par l’unique juge du Tribunal de police: une proportionnalité dans les actes sans gravité et un état de nécessité reconnu face à l’urgence due au réchauffement climatique.

«On voudrait attribuer à ce procès une portée politique, voire sociale. Ce n’est pas le propos», a insisté mardi auprès des trois juges cantonaux le procureur général Eric Cottier. Étonnamment absent en première instance, le représentant du ministère public a voulu minimiser cela en rappelant que le président d’une Cour peut toujours demander (tout comme les parties adverses) et même exiger la présence d’un procureur s’il l’estime nécessaire ou utile. Ce qui n’avait pas été le cas en janvier dernier.

Eric Cottier a ensuite déclaré qu’il s’agissait de juger les faits incriminés en fonction d’éléments de droit pénal uniquement et non sur des aspects sociaux et environnementaux. Il a même aggravé l’accusation avec l’article 268 du Code pénal et sa notion d’empêchement d’accomplir d’un acte officiel. Cela n’avait pas été soulevé en première instance, et ce sont les juges cantonaux qui ont ensuite mentionné cet aspect.

Accepter ou non la désobéissance civile pacifique

Enfin, le procureur général a refusé de retenir l’état de nécessité pour avoir investi illégalement une banque et refusé de quitter les lieux sous le motif d’une urgence climatique à agir en raison de l’immobilisme des politiques et des investissements bancaires dans les énergies fossiles polluantes.

Ce n’était pas du tout l’avis du collectif des 12 avocats volontaires pour assurer la défense, dont Me Irène Wettstein: «A écouter certains, la justice n’a pas à valider des actes de désobéissance civile, pourtant aiguillon de notre démocratie. Les jeunes devraient donc se contenter de voter, de distribuer des prospectus et de patienter?» Et l’avocate de faire référence à des figures de la désobéissance civile dans l’histoire. «En 1955, vous n’auriez constaté que l’infraction de Rosa Parks dans un bus aux USA et vous seriez alors passés à côté de l’histoire. Il est temps que la justice s’inquiète sur le dérèglement climatique, en tant que troisième pouvoir» a-t-elle plaidé. La défense demande l’acquittement.

Credit Suisse vante le côté rebelle des jeunes dans une pub

Credit Suisse était représentée par un de ses cadres, Christian Steinmann, et l’avocate Miriam Mazou. Celle-ci a déclaré que la banque n’avait pas attendu l’action illégale des militants en 2018 pour adopter des mesures en faveur du climat et des énergies renouvelables. Et quand le président de la Cour a énoncé le détail d’une publicité de Credit Suisse qui met en valeur le côté rebelle et agitateur de la jeunesse, il n’a pas pu s’empêcher de demander: «C’est un carton d’invitation?» Christian Steinmann a alors rétorqué qu’on pouvait être un agitateur tout en respectant autrui et le droit.

Le verdict est rendu ce jeudi 24 septembre.

Le juge de première instance aurait violé son devoir de réserve

Eric Cottier estime que le courant de sympathie en faveur les accusés ne doit pas influencer le verdict. Or, le président du Tribunal de police Philippe Colelough l’aurait oublié en janvier 2020, selon le procureur général. Pire, «ce juge est sorti de son devoir de réserve en répondant récemment à un média sur cette affaire, alors que ce n’est plus de son ressort. Il a ainsi violé la loi», dénonce Eric Cottier, un brin agacé, avant de poursuivre: «Alors qu’il a statué tout seul en juge unique en janvier, il ose aujourd’hui émettre des doutes dans un journal sur la composition de la Cour d’appel composée, elle, de trois juges. Pardonnez-moi l’expression, mais c’est la momie qui se fout du sarcophage.»

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