Actualisé 08.09.2015 à 10:28

Crise migratoire

«Que le Moyen-Orient reste au Moyen-Orient»

La France et la Jordanie organisent mardi une conférence internationale pour contrer l'afflux massif de migrants en Europe. Laurent Fabius s'est exprimé peu avant cette réunion.

«Si tous ces réfugiés viennent en Europe, Daesh aura gagné la partie», estime Laurent Fabius.

«Si tous ces réfugiés viennent en Europe, Daesh aura gagné la partie», estime Laurent Fabius.

L'exode des populations fuyant la Syrie et l'Irak ne cessera qu'avec une «action d'ampleur» et un soutien aux pays voisins qui les accueillent, a déclaré mardi François Hollande. Le président français a ouvert à Paris une conférence internationale sur les victimes de violences ethniques et religieuses au Moyen-Orient.

«L'urgence, elle est humanitaire», a déclaré François Hollande, évoquant la situation dans les camps de réfugiés en Turquie, au Liban, en Irak et en Jordanie. «Si nous n'aidons pas plus les pays qui accueillent, si nous ne soutenons pas davantage les familles qui sont dans ces camps de réfugiés ou dispersées dans les pays voisins, alors non seulement il y aura des drames (...) mais il y aura cet exode, cet exode qui ne cessera pas s'il n'y a pas une action d'ampleur», a-t-il ajouté.

Eviter que «Daesh ne gagne la partie»

Un «plan d'action» doit être adopté à l'issue de cette conférence. L'un des objectifs de cette réunion coprésidée par la France et la Jordanie est de «préparer et faciliter le retour volontaire et durable des déplacés», a précisé le chef de la diplomatie française Laurent Fabius sur RTL. «C'est très difficile mais d'un autre côté, si tous ces réfugiés, et ce qu'on appelle les minorités, viennent en Europe ou ailleurs, ça veut dire que Daesh a gagné la partie», a-t-il ajouté.

La conférence de Paris, «c'est précisément pour essayer que le Moyen-Orient reste au Moyen-Orient (...) où il puisse y avoir aussi des chrétiens, des yézidis, etc», a-t-il dit. «Il est très important que cette notion de diversité au Moyen-Orient puisse être conservée».

M. Fabius a par ailleurs indiqué dans «Le Parisien» qu'il annoncerait ce mardi un nouvel effort financier de la France pour soutenir le Liban, la Jordanie, la Turquie et l'Irak, «qui supportent bien plus largement que nous le poids des réfugiés». Paris leur a déjà consacré près de 100 millions d'euros, précise-t-il.

Lundi, la France a annoncé qu'elle allait accueillir 24'000 réfugiés sur les deux prochaines années. «La Commission européenne va proposer de répartir 120'000 réfugiés (entre les pays de l'UE) sur les deux prochaines années, ce qui représentera pour la France 24'000 personnes. Nous le ferons», a déclaré François Hollande lors d'une conférence de presse. «C'est le devoir de la France», a justifié le chef de l'Etat en invoquant «l'histoire» du pays, «marquée par des générations de réfugiés, d'exilés qui sont venus» participer à sa construction. «Le droit d'asile, c'est un principe fondamental de nos institutions, ce principe a même été intégré dans notre Constitution», a-t-il souligné, alors que l'opinion française est majoritairement opposée à l'accueil de nouveaux migrants ou réfugiés, selon les enquêtes d'opinion.

Berlin pourrait absorber 500'000 réfugiés par an

«Je pense que nous pouvons certainement gérer un chiffre de l'ordre du demi-million (de réfugiés par an) pendant plusieurs années (...) peut-être même plus», a dit lundi soir le social-démocrate Sigmar Gabriel à l'antenne de la chaîne publique ZDF. L'Allemagne s'attend à recevoir 800'000 demandes d'asile cette année, quatre fois plus qu'en 2014.

«Nous ne pouvons pas accepter chaque année près d'un million de personnes et les intégrer sans problème», a-t-il en revanche ajouté. Il s'est dès lors dit convaincu «que la politique européenne doit changer», les Etats européens ne parvenant pas à trouver une réponse coordonnée pour répondre à la crise migratoire frappant le continent, engendrée par les guerres et la pauvreté au Moyen-Orient et en Afrique.

Sigmar Gabriel a aussi estimé que l'Allemagne pouvait continuer de prendre plus de migrants que ses partenaires, «car nous sommes économiquement un pays fort». (20 minutes/ats/afp)

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