Actualisé 28.06.2014 à 11:05

L'après-Mondial 2014Quel avenir pour l'économie du Brésil?

La Coupe du monde 2014 de football fait du bien à l'économie du géant sud-américain mais gare à la gueule de bois une fois l'événement sportif terminé.

Un million d'emplois créés et chiffres d'affaires en hausse: la Coupe du monde 2014 de football dope, certes, l'économie du Brésil, mais derrière les ventes de «vuvuzelas» (clairons) ou de maillots «seleçao», le géant sud-américain craint, après le coup de sifflet final, une sévère gueule de bois pour son économie minée par le fléau de l'inflation.

Devant une vitrine de Rio de Janeiro, Josimar Barbosa fait résonner sa vuvuzela sous son chapeau jaune et vert pour attirer les touristes. «Vous pouvez être aussi sexy que moi pour soutenir le Brésil! Achetez votre chapeau, votre vuvuzela, votre drapeau!», entonne-t-il joyeusement sous les yeux des passants qui s'arrêtent devant les produits dérivés étalés sur le trottoir.

Aujourd'hui, les affaires sont bonnes: le commerçant de 27 ans boucle vente sur vente, en octroyant çà et là quelques rabais. «C'est comme ça tout le temps» depuis l'arrivée des touristes pour la Coupe du monde, explique-t-il, se vantant d'un chiffre d'affaires en hausse de 90%.

«Tout ce qui est lié à cet événement est bon pour le Brésil, y compris pour le petit commerce», assure-t-il en adressant un clin d'oeil à une cliente qui vient d'acheter pour 24 francs de marchandise.

Selon une enquête menée par la Fondation Institut de recherches économiques (FIPE), le Mondial 2014 doit injecter 12 milliards de francs dans l'économie brésilienne. Selon cette étude, la compétition aura engendré la création d'un million d'emplois pour la septième puissance économique mondiale.

Avis divisés

Mais les avis sont divisés sur les véritables bienfaits économiques du Mondial 2014, certains experts affirmant que l'impact de la Coupe du monde sera inférieur aux 11 milliards de dollars de fonds publics consacrés aux infrastructures liées à la compétition.

D'autres soutiennent même que le Mondial et la perspective des Jeux Olympiques d'été 2016 à Rio de Janeiro alimentent l'inflation. Un fléau que la banque centrale s'est efforcée de contenir ces derniers mois, sans grand succès, en élevant son taux directeur, ce qui freine les investissements et la croissance.

En juin, l'inflation au Brésil était de 6,4% sur 12 mois, s'approchant de la limite fixée à 6,5% par la Banque centrale.

«L'accueil d'un événement sportif mondial n'a et n'aura pas un impact positif majeur sur l'économie brésilienne», prévoyait récemment l'assureur-crédit français Euler Hermes, filiale de l'allemand Allianz.

En revanche, d'après l'assureur, des «pressions inflationnistes supplémentaires» sont à craindre. «L'inflation devrait rester élevée, à 6,3% en 2014 et à 6,1% en 2015. Plus de 0,5 point de pourcentage de l'inflation annuelle en 2014 s'explique par ces méga événements».

Ralentissement de la croissance

L'économie du Brésil a perdu de son lustre depuis 2007, lorsque le pays a été désigné pour l'organisation du Mondial-2014, sous l'impulsion de l'ex-président Luiz Inacio Lula da Silva.

En 2010, le taux de croissance s'élevait à 7,5%, mais il s'est tassé les années suivantes pour plafonner à 2,5% en 2013. Cette année, les économistes tablent sur une hausse du PIB de seulement 1,2%, malgré la Coupe du monde.

Un ralentissement d'autant plus douloureux que le pays a vu 36 millions de personnes (18% de la population) accéder à la classe moyenne ces dernières années.

Mais aujourd'hui ce pouvoir d'achat se voit en partie étouffé par la hausse soutenue des prix, un phénomène qui alimente la grogne sociale et pèse sur le budget du gouvernement. (ats)

Un modèle qui s'essouffle

De nombreux économistes pensent que le Brésil s'est trop reposé sur l'incitation à la consommation et n'a pas suffisamment épargné ni investi dans les infrastructures. «Le modèle axé sur l'incitation à la consommation s'est épuisé», juge Marcos Troyjo, économiste brésilien de l'université Columbia de New York. «Le Brésil a connu une forme de mutation de son ADN. Il doit désormais davantage se consacrer à l'investissement, aux exportations, et se tourner vers le marché global. La compétitivité doit devenir une priorité», plaide l'universitaire, dont l'avis est partagé par de nombreux confrères libéraux. En campagne pour sa réélection en octobre, la présidente Dilma Rousseff ne semble toutefois pas disposée à changer de plan économique, alors que l'inquiétude gagne de nombreux secteurs dans son pays.

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