Lausanne (VD): «Quel avenir pour le bébé si son père est expulsé?»
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Lausanne (VD)«Quel avenir pour le bébé si son père est expulsé?»

En dépit d'un avis positif vaudois, Berne exige le renvoi d'un Guinéen de 42 ans. Son épouse, une Suissesse, se dit «indignée et désespérée».

par
Abdoulaye Penda Ndiaye
Ils se sont mariés en 2013.

Ils se sont mariés en 2013.

photo: Kein Anbieter

Son bébé d'un mois et demi dans les bras, Amadou est partagé entre le bonheur et le stress. «Les policiers peuvent débarquer à l'aube, me menotter et me renvoyer en Guinée», soupire-t-il. Un scénario d'horreur qui épouvante son épouse. «Cela s'est déjà produit ici avec mon précédent mari. Mes enfants sont encore traumatisés par l'opération musclée de la police», affirme Mélanie.

En couple depuis sept ans, ils se sont mariés en août 2013. Maman de quatre enfants nés de trois unions, Mélanie avait appris de son gynécologue qu'elle ne pourrait plus jamais goûter aux joies de la maternité. Mais au printemps 2015, l'improbable se produit: la femme de 43 ans est enceinte.

Constatant que le Guinéen, entré illégalement en Suisse en 2005, s'était «assagi» et avait épousé une Suissesse, le canton de Vaud était favorable à l'octroi d'un permis de séjour. Mais à Berne, le Secrétariat d'Etat aux migrations a pris une mesure d'expulsion. Amadou s'est opposé à son renvoi. Jusqu'au Tribunal fédéral: «L'intérêt public de la Suisse à l'éloigner du pays l'emporte sur son intérêt privé à y vivre avec son épouse», a jugé Mon-Repos. «Je suis indignée et désespérée, s'emporte Mélanie. Il a reçu une promesse d'embauche qui me permettra de toucher moins d'aide sociale. Mais surtout, si on le renvoie en Guinée, quel avenir la Suisse offre-t-elle à notre bébé?»

Passé de délinquant

«Par ses récidives, il a démontré son incapacité à se conformer à la loi.» Cet avis du Secrétariat d'Etat aux migrations est un des motifs du non-octroi de permis à Amadou. De 2006 à 2012, il a écopé de 13 condamnations: 3 pour trafic de stups et 10 dues à son statut d'illégal. Berne a aussi émis «des doutes sur la volonté des époux de sceller une véritable communauté conjugale». Ce qui a le don d'irriter Mélanie: «Il a fait des conneries et il a payé. Quant aux interrogation sur notre union, c'est vraiment du foutage de gueule.»

Prison et renvoi

Le canton de Vaud expulse de 600 à 1100 étrangers chaque année. Un pic a été atteint en 2013 avec 1180 renvois, dont 321 pour des motifs pénaux. Jusqu'en 2009, la majorité des cas de révocation de permis de séjour avait pour cause la production de faux passeports. Pour les condamnés, le renvoi intervient à la fin de l'incarcération. Avec un écueil de taille: tous les pays n'acceptent pas d'accueillir leurs ressortissants expulsés.

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