Actualisé 14.07.2014 à 09:31

Mondial 2014

Quelque chose de l'ordre du tournant historique

La riche Europe - riche même si ses capitaux proviennent de plus en plus souvent d'Asie - est en train de confisquer le football à sa rivale sud-américaine.

Jamais auparavant l'Europe n'avait remporté trois Coupes du monde d'affilée (elle mène désormais 11-9 sur 20 titres décernés). Il s'en est même fallu de peu - quelques tirs au but - pour que l'on assiste au Maracanã à la troisième finale 100% européenne consécutive, après l'Italie - France de 2006 et l'Espagne - Pays-Bas de 2010. Un trust qui ne s'est produit qu'une seule fois dans l'autre sens, lors de la... première édition en 1930 (Uruguay - Argentine).

On est alors en droit de se demander ce qu'il subsiste vraiment de l'éternelle rivalité entre le Vieux Monde et une Amérique du Sud qui semble de moins en moins apte à lutter au fur et à mesure que se creuse le fossé entre les championnats de part et d'autre de l'Atlantique.

Avec le temps, à travers les décennies, les meilleurs joueurs latinos, brésiliens et argentins surtout, ont pris l'habitude de venir gratifier les championnats européens de leur talent, moyennant de beaux chèques et une renommée mondiale. Un phénomène accentué depuis le milieu des années 90 et l'arrêt Bosman, qui a fait sauter le contingentement des joueurs étrangers dans les clubs.

Formules alambiquées

Alors oui, les Sud-Américains ont dans un premier temps profité de ce droit à la transhumance pour s'aguerrir dans les compétitions les plus relevées de la planète. Mais, corollaire évident et lourd de conséquences, ils ont provoqué une importante baisse de niveau de leurs championnats nationaux respectifs, déjà en proie à de très graves difficultés, le plus souvent liées aux finances, à la corruption et à la violence. Difficile dans un tel contexte de pouvoir maintenir une formation digne de ce nom et de ne pas concéder de retard sur les centres ultra-modernes du Vieux Monde.

Regarder un match de la ligue brésilienne, au format alambiqué, revient presque à effectuer un voyage dans le temps: un rythme haché, un jeu souvent à l'arrêt, des équipes systématiquement scindées en deux avec un bloc de molosses derrière et les tricoteurs devant.

Et que dire du championnat argentin? Après avoir perdu deux de leurs plus beaux fleurons, Independiente et River Plate, relégués en 2e division, les autorités ont décidé d'élargir la ligue à... 30 équipes dès 2015, et de maintenir le système de championnat d'ouverture et de clôture, rendant illisible les classements. Pas idéal, dans un cas comme dans l'autre, pour rendre la compétition attractive, et donc attirer des sponsors, et donc augmenter les moyens des clubs, etc.

4 et 3...

A une époque, Brésiliens, Argentins et Uruguayens étaient sacrés champions du monde avec une immense majorité de joueurs évoluant au pays. Le fossé financier - et donc footballistique - qui s'est creusé entre l'Amérique du Sud et l'Europe ne le permet plus. Cette année, la Seleção n'a retenu que quatre «indigènes» et l'Albiceleste trois...

En 2018, en Russie, cela fera seize ans que le trophée boude les pays du CONMEBOL. Une si longue disette n'était arrivée qu'une seule fois auparavant, entre les deux titres de l'Uruguay (1930 - 1950), mais la Seconde Guerre Mondiale était passée par là... (ats)

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