Actualisé 30.12.2007 à 12:19

«Question jurassienne»: l'option du nouveau canton étudiée en 2008

L'année 2008 s'annonce cruciale pour l'évolution de la «Question jurassienne».

L'Assemblée interjurassienne publiera au cours du 2e semestre son rapport sur l'avenir de la région. Une des pistes étudiées prévoit la création d'un canton formé du Jura et du Jura bernois.

Après une année de transition, les fronts semblent à nouveau se durcir entre militants pro-bernois et autonomistes à l'approche de cette échéance. Les responsables des deux camps reconnaissent que la tension va monter, n'écartant pas des actes de barbouillage et des manifestations.

Mandatée par la Confédération et les cantons du Jura et de Berne pour résoudre le conflit jurassien, l'Assemblée interjurassienne (AIJ) a entamé il y a deux ans l'étude sur l'avenir institutionnel de la région. Elle suit trois pistes: la création d'un canton, les effets du statut particulier accordé par le canton de Berne à sa partie francophone et d'éventuelles autres idées.

L'institution fera des recommandations dans le rapport remis aux deux gouvernements. Une décision de l'AIJ doit obtenir la majorité des deux délégations, celle du Jura et celle du Jura bernois. D'où l'importance du rapport de force entre autonomistes et pro-bernois dans la délégation bernoise.

Le mouvement pro-bernois Force démocratique (FD) ne cache pas sa méfiance à l'égard de ces travaux. «L'AIJ consacre plus de temps à l'étude d'un nouveau canton qu'aux deux autres pistes», dénonce le président de FD Roland Benoit. Le mouvement antiséparatiste répète qu'une majorité de la population du Jura bernois veut rester dans le canton de Berne.

«Nous ne sommes pas des 'Neinsager'», souligne le président de FD qui estime que ce sont les autonomistes qui mènent au contraire un combat d'arrière-garde. «Et le canton du Jura n'a pas à s'immiscer dans les affaires du Jura bernois». M. Benoit est convaincu que la délégation bernoise à l'AIJ saura défendre ce point de vue.

«Nous sommes placés devant un formidable défi», s'enthousiasme Pierre-André Comte, le secrétaire général du Mouvement autonomiste jurassien (MAJ). D'abord sceptique, le MAJ accorde maintenant sa confiance à l'AIJ et ne fera rien pour contrecarrer son travail.

Mais le MAJ n'entend pas pour autant rester inactif. Il continue d'être présent sur le terrain en vue de la mise en oeuvre de la loi «Un seul Jura». Cette loi prévoit qu'une fois l'étude terminée, le Gouvernement jurassien formule une offre de partage de souveraineté à l'intention de la population des six districts.

La création d'une telle entité cantonale implique une remise en question complète des institutions jurassiennes. «Il faut préparer les Jurassiens à faire des sacrifices», note le secrétaire général. Un credo repris par l'exécutif jurassien qui souligne la nécessité de préparer les esprits à l'idée d'appartenir à un nouveau canton.

La «Question jurassienne» reste un sujet sensible, même si elle ne figure plus parmi les préoccupations des gens. Certains esprits pourraient rapidement s'échauffer. Des incidents ont illustré en 2007 cette tension palpable qui couve toujours.

Lors de la venue de Christoph Blocher à Reconvilier (BE), des militants pro-bernois ont conspué des altermondialistes jurassiens aux cris de «Ici c'est Berne». Et lors de la Fête de la jeunesse jurassienne organisée par le groupe Bélier à Tavannes (BE), des heurts ont été évités grâce à l'intervention de la police.

Pierre-André Comte souligne qu'il est de la responsabilité de FD et de ses groupes affiliés de ne pas se faire déborder par certains éléments. «Nous ne répondrons à aucune provocation», assure-t-il. Les milieux pro-bernois entendent aussi ne pas être à l'origine d'un regain de tension.

Pour les antiséparatistes comme pour les autonomistes, 2008 est une année d'espoir. Espoir pour les uns que cette fameuse «Question jurassienne» soit définitivement enterrée et espoir pour les autres que la réunification entre dans une phase irréversible. Plus de 30 ans après les plébiscites, la «Question jurassienne» est à un tournant. C'est là la seule certitude. (ats)

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