Actualisé 08.09.2015 à 07:15

Athlétisme

«Quitter le relais était une décision rationnelle»

Lea Sprunger revient sur son dernier 4x100m couru jeudi dernier à la Weltklasse de Zurich. La Vaudoise parle également de ses objectifs futurs sur 400 m haies.

de
Laurent Morel, Zurich

Lea Sprunger n'en finit pas de bouger. Au lendemain de la Weltklasse, elle a enfin pu rentrer chez, à Lausanne. Il faut dire que ça fait plusieurs semaines que l'athlète du COVA Nyon (25 ans) n'était pas revenue à la maison entre les Mondiaux de Pékin et le meeting zurichois.

Désormais, la Ginginoise se consacre entièrement à l'organisation du deuxième semi-marathon de La Côte (VD) qui a lieu dimanche. C'est elle qui a mis en place cette épreuve. Ensuite, la Vaudoise pourra enfin profiter des vacances. Après une saison chargée, la petite sœur d'Ellen explique le virage qui l'a vue passer du sprint au 400m haies.

Quel est votre sentiment après avoir couru votre dernier 4x100m?

Je suis un peu triste et vide. C'est une page qui se tourne. Je pense que le relais va beaucoup me manquer. En même temps, la fin de saison est toujours difficile à vivre.

Qu'est ce qui va vous manquer le plus?

Le relais, c'est spécial. C'était vraiment magnifique de pouvoir partager toutes ces émotions en équipe. J'ai créé des liens incroyables avec toutes les filles avec qui j'ai couru. Elles sont toutes devenues des amies. On a passé des moments extraordinaires ensemble.

Vous étiez capitaine du quatuor parfois élargi. Un rôle particulier?

Pas vraiment, même si j'avais quelques responsabilités. C'était assez logique de par mon emploi dans l'événementiel et aussi de par ma relation avec l'entraîneur (ndlr: Laurent Meuwly). C'est sûrement moi qui arrivais le mieux à faire le pont entre les athlètes et lui. Parfois, j'essayais de filtrer la mauvaise humeur du coach pour ne pas la répercuter sur les autres, tout en faisant passer les messages. Ce n'est pas toujours évident, surtout qu'on est un groupe de filles, qu'il faut toujours à prendre avec des pincettes. Chacune a un caractère différent.

Rassurez-nous, il y aura toujours une Sprunger dans le relais l'an prochain?

Oui, j'en ai encore discuté dernièrement avec Ellen (sa sœur, qui sort d'une saison blanche). Elle va continuer et se montre très motivée pour retrouver sa place.

Le futur du 4x100m s'annonce radieux selon vous?

Il y a du potentiel. Plusieurs filles sont très intéressantes. Sarah (Atcho) va déjà très vite. Elle doit maintenant faire attention de ne pas se blesser et continuer à bosser dur, sans croire que tout est déjà acquis. Mais elle a les pieds sur terre. Salomé (Kora), peut devenir peut également devenir très importante pour lancer le relais. Beaucoup de jeunes se rendent compte que le relais est une porte d'entrée vers les grands championnats.

Vous avez notamment battu sept records nationaux avec le relais. Quel a été le plus beau moment?

C'est difficile d'isoler un événement. J'ai beaucoup aimé le premier record qu'on a battu, en 2009 à Athletissima, où l'aventure a réellement commencé. On sortait de nulle part.

Et le moment le plus dur?

C'était évidemment Zurich (aux Européens 2014). La médaille nous était donnée sur un plateau et on l'a manquée. Les problèmes du début de cette année (conflit entre l'entraîneur et les athlètes du relais) m'a aussi beaucoup touché.

Comment vous placiez-vous par rapport à cet épisode, où le coach souhaitait voir les athlètes se concentrer plus fortement sur le relais que sur les épreuves individuelles?

J'ai plus ou moins la même philosophie que mon entraîneur (Laurent Meuwly). Du coup, je comprenais ses arguments. Cependant, j'étais aussi d'accord avec les athlètes, surtout s'ils ont du succès en individuel. C'est normal qu'ils ne souhaitent pas mettre toutes leurs œufs dans le même panier, surtout en sachant ce qu'il s'était passé à Zurich. Il faut que chacun fasse des compromis.

Cette histoire a fini par se tasser…

Oui, on a établi un programme précis lors d'une séance et tout a finalement pu être combiné correctement. Il fallait juste mettre une fois à plat ce que tout le monde avait sur le cœur. Mais c'est clair que ça a cassé quelque chose entre certains athlètes et l'entraîneur.

Arrêter devait tout de même être une décision difficile à prendre…

Pas vraiment. C'était dur à accepter mais je n'avais pas le choix. Il s'agit d'une décision rationnelle. C'était incompatible à cause des horaires du 400m haies et du 4x100m qui se chevauchent dans les grands championnats (notamment aux Européens d'Amsterdam en 2016). Je devais choisir un des deux, et j'ai pris l'individuel car j'ai déjà donné beaucoup pour le relais et j'ai envie de mettre toutes les chances de mon côté dans ma nouvelle discipline.

Ce choix est donc définitif?

Oui, je ne voulais pas non plus faire le relais à moitié. Si j'en fais partie, c'est pour être présente sur toutes les compétitions, ce qui n'était plus possible. Soit je fais tout, soit rien. On a été poussés à prendre cette décision un an plus tôt que prévu car j'allais de toute façon dire stop après 2016. Une nouvelle génération va arriver à ce moment.

Lorsque vous dites on, vous parler de votre entraîneur et vous?

Oui, j'ai toujours pris toutes mes décisions en discutant avec Laurent (Meuwly). Vu qu'il est également coach du relais, il a évidemment dû y penser. Mais il accepte bien cette orientation et vois les perspectives qui existent pour moi en individuel, et ce qu'il faut que je fasse pour atteindre mes objectifs.

Votre première saison réussie sur 400m haies doit vous conforter dans votre choix.

En effet. Je ne savais pas vraiment à quoi m'attendre même si je pensais avoir du potentiel. Cependant, je n'avais aucune idée du temps dont j'allais avoir besoin pour assimiler cette discipline très compliquée.

Vos résultats vous satisfont-ils?

Evidemment. Je ne m'attendais pas à réussir si bien si vite. J'ai assez bien réussi à apprivoiser le 400m haies même si aucune course n'est bonne techniquement. J'ai encore beaucoup de progrès à faire. Ça me donne encore plus de motivation pour la suite.

Votre meilleur chrono est actuellement de 55''60. De combien de temps pensez-vous être capable de l'améliorer avec des ajustements techniques?

J'aimerais descendre sous les 55 secondes l'an prochain. Après, ça dépendra notamment de ma capacité à travailler ma mauvaise jambe, afin de pouvoir changer les intervalles (elle veut passer de 15 à 14 foulées entre les haies). Si j'y arrive, les dixièmes vont descendre assez vite. C'est une question de coordination et d'automatismes. Mais rien n'est acquis. Je ne l'espère pas, mais peut-être que je n'arriverais jamais à assimiler tout ça.

La saison prochaine sera chargée avec notamment les Européens d'Amsterdam et les Jeux olympiques de Rio. Pouvez-vous déjà vous fixer des objectifs en terme de place?

Ce n'est pas facile à estimer mais par rapport à ce que j'ai fait cette année, il est clair que je veux au moins atteindre la finale aux Européens. Il ne toutefois faut pas oublier la concurrence, qui évolue vite. Aux Jeux, pour lesquels j'ai la chance d'être déjà qualifiée, c'est plus dur à dire, surtout que le niveau mondial va encore augmenter d'un cran l'an prochain. Mais j'espère au moins arriver en demi-finales, voire mieux.

Vous vous êtes tatouée une ancre sur la cuisse. Une raison particulière?

C'est rien de spécial, ça n'a aucune signification. J'aime le symbole, c'est tout. Je ne l'ai pas fait avant car j'avais peur d'affronter mes parents. Il faut dire qu'ils n'ont pas aimé du tout.

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!