Procès Maudet – Rafale d’acquittements demandés
Publié

Procès MaudetRafale d’acquittements demandés

Les avocats de Pierre Maudet et de ses trois coaccusés se sont succédé à la barre pour dire l’innocence de leurs clients.

par
Maria Pineiro
Pierre Maudet

Pierre Maudet

mpo

Après le «tous coupables» du procureur, le «tous acquittés» de la défense. Toute la journée de mercredi, et jusqu’en soirée, les avocats de Pierre Maudet et de ses trois coaccusés se sont succédé à la barre pour demander à la Cour d’abandonner les charges pesant sur leurs clients. Devant la Cour, il a beaucoup été question de morale et de mensonge, surtout pour les laisser sur le bas-côté de la route. Ainsi, Me Jean-Marc Carnicé, conseil de Patrick Baud-Lavigne, a déploré le «rigorisme moral, le puritanisme qui teintent toute cette affaire». Sa consœur, Me Yaël Hayat, avocate de l’ex-conseiller d’État Pierre Maudet a, elle, demandé à la Chambre d’appel et de révision, de «prendre de la hauteur, de se hisser de ce fracas», faisant référence à la déferlante médiatique qui avait accompagné le développement de l’affaire Maudet. La défense s’est accordée à reprocher au Ministère public la maigreur des éléments fondant l’accusation, notamment s’agissant des liens entre les prévenus, des sollicitations problématiques et des réponses qui y avaient été faites.

Pas de cadeau

Le cas de Pierre Maudet a été abordé en dernier. Ouvrant les feux, Me Yaël Hayat a annoncé que son client avait menti par «peur de l’image donnée avec ce voyage offert, peur de ne pas être compris». Elle a ensuite surenchéri, affirmant que le «tribunal n’avait pas une grande compréhension de ce qu’était la fonction de conseiller d’État». Quant aux soupçons de copinage, elle les démonte, qualifiant la relation de Pierre Maudet avec Antoine Daher d’amitié sincère. Pour l’avocate, «il y a un problème à vouloir traiter les prévenus comme un quatuor, les liens ne sont pas symétriques».

À sa suite, Grégoire Mangeat a longuement expliqué que l’invitation au Grand prix d’Abu Dhabi ne pouvait constituer un avantage indu, car il s’agit «d’une invitation officielle d’un État étranger adressée non pas en raison des devoirs de la charge de Pierre Maudet, mais de son statut». Une invitation qui ne contrevient pas aux usages du pays hôte et qu’il aurait été malvenu de refuser. Pour le défenseur, le Ministère public s’est fourvoyé en la qualifiant. Les deux conseils de Pierre Maudet ont conclu à son acquittement pour acceptation d’un avantage dans le volet du voyage à Abu Dhabi et celui du financement du sondage. Jeudi matin, la Cour doit encore entendre Me Fanny Margairaz, troisième avocate de l’ex-élu.

Présent car invité par Pierre Maudet

Auparavant, en début de journée, Jean-Marc Carnicé, conseil de Patrick Baud-Lavigne, l’ancien chef de cabinet de Pierre Maudet, a décrit son client comme un agent public «loyal, un véritable serviteur de l’État». S’il a beaucoup été sollicité par Antoine Daher, il a soit répondu non, soit rien fait. Pour son client, le week-end à Abu Dhabi était un «voyage privé, qu’il pensait payer». Sur place, a-t-il insisté, il n’y a eu aucune activité professionnelle. Il a rappelé que si Patrick Baud-Lavigne avait participé, c’est «parce que Pierre Maudet l’avait inscrit sur la liste des invités». Me Carnicé a plaidé l’acquittement pour le voyage et pour le financement du sondage, dont il a expliqué que son client ne s’était pas occupé, sauf à transférer des factures.

Le volet concernant la délivrance d’une autorisation d’exploiter illégale pour l’Escobar et de la violation du secret de fonction est revenu à Me Charles-Louis Notter. L’homme de loi a décortiqué les échanges entre Patrick Baud-Lavigne et Raoul Schrumpf, à l’époque patron du Service du commerce, pour aboutir à la conclusion que son mandant ne pouvait savoir qu’il allait commettre un abus d’autorité en demandant la délivrance de l’autorisation, ne sachant pas que le dossier était incomplet lorsqu’il a dit «on y va». Ses avocats ont donc conclu à son acquittement total, ainsi qu’au versement d’une indemnité de plus de 100’000 fr.

Pas de pouvoir décisionnel

De l’autre côté du miroir, les défenseurs de Magid Khoury ont également demandé que l’accusation d’octroi d’un avantage soit abandonnée. Me Marc Hassberger a relevé que l’homme d’affaires n’avait pu offrir le voyage car il n’avait pas «de pouvoir décisionnel. L’octroyant, c’est la couronne émiratie, Magid Khoury s’est contenté de passer quelques coups de fil à son oncle.» L’homme de loi a reproché au Ministère public de ne pas avoir cherché à savoir par quels biais l’invitation avait été octroyée. Il a par ailleurs rappelé que les intentions de son client n’étaient pas d’influencer qui que ce soit, mais d’aider Genève.

Son collègue, Me Guillaume Vodoz, s’est quant à lui penché sur la chronologie entre le financement du sondage et les prétendues sollicitations liées. Il a relevé que bien avant l’affaire, le dialogue existait déjà entre Pierre Maudet et Magid Khoury s’agissant de projets à mener dans le canton. Il a surtout mis en lien le classement du volet Manotel, concernant également un financement politique à hauteur de dizaines de milliers de francs à une association soutenant Pierre Maudet, à l’affaire du voyage à Abu Dhabi et dénoncé une «inégalité de traitement».

«On avait besoin d’Antoine Daher»

Enfin, Me David Bitton s’est appliqué à comparer un premier voyage d’Antoine Daher à Dubaï avec Pierre Maudet et une délégation officielle, et le deuxième, à Abu Dhabi. Dans le premier cas, a-t-il défendu, «on avait besoin des conseils d’Antoine Daher, de son réseau». Pour ce qui est du week-end à Abu Dhabi, il n’a rien fait. «Il n’a pas de rôle, il n’a pas concouru à faire inviter Pierre Maudet.» Et puis surtout, il n’y a pas de mobile, car Antoine Daher n’a pas besoin de se mettre le conseiller d’État dans la poche, étant déjà son ami.

Ton opinion