Actualisé 26.09.2016 à 13:44

GenèveRage et désespoir face à la hausse des primes

Réactions de colère unanimes face à la hausse moyenne de 5,7% des primes d'assurance-maladie à Genève. Beaucoup plaident pour une réforme du système.

de
David Ramseyer
photo: Keystone/Gaetan Bally

Au bout du lac, le montant des primes de l'assurance-maladie s'envole: la hausse sera de 5,7% en moyenne dans un canton où les tarifs sont les plus élevés du pays derrière Bâle-Ville.

En moyenne nationale, la hausse sera de 4,5%, soit la plus forte en six ans. Pour les enfants, elle sera même de 6,6%.

Conseiller d'Etat chargé de la santé, Mauro Poggia fulmine. Selon lui, le Canton a fait beaucoup d'efforts pour maîtriser ses coûts de la santé. L'augmentation annoncée ce lundi est donc totalement injustifiée: «Pour la première fois, l'Office fédéral de la santé publique aurait pu faire baisser la hausse, il la fait grimper!! Une fois encore, on pénalise un bon élève, qui parvient à maîtriser ses coûts de la santé».

Genève paie pour les autres

Le magistrat, qui se bat depuis des années contre les caisses-maladie en tant que président de l'Association suisse des assurés, remarque aussi que «Genève, par le versement de primes bien supérieures à l'évolution de ses coûts de la santé, contribue malgré lui au maintien de primes artificiellement basses dans d'autres cantons.» Mauro Poggia parle ainsi d'une «majorité clairement profiteuse, qui méprise les efforts déployés par une minorité contribuante». Le conseiller d'Etat fustige le «laxisme» de la Confédération en matière de contrôles des caisses.

Toute la classe politique genevoise emboîte le pas au Canton. «Il y a de la colère, oui, mais c'est plus du désespoir et de la rage. On se fait tout le temps avoir, s'émeut la présidente de la Commission de la santé, la Verte Sarah Klopmann. Depuis des années, la hausse des primes ne correspond en rien à la hausse des coûts à Genève. Vivement la caisse publique!»

Le système est dépassé

Le député PDC Bertrand Buchs est catégorique: «Il faut que ça s'arrête, c'est la fin de la LAMAL (Loi sur l'assurance-maladie)! Le système n'est plus cohérent car l'Etat va finir par devoir subventionner l'entier de la population à part les plus riches.» Le parti annonce le dépôt de deux résolutions à Berne. La première pour limiter à leur strict minimum les réserves des caisses. La seconde pour demander l'intervention de la Cour des comptes, sur mandat du Conseil d'Etat, pour vérifier la gestion des assureurs.

«C'est à désespérer, réagit le député MCG Pascal Spuhler, membre de la Commission de la santé. On se demande qui commande dans ce pays: le gouvernement ou les caisses?!» L'élu, qui place ses espoirs dans la création de caisses cantonales, note aussi que, vu le montant élevé des primes, les subsides vont eux aussi prendre l'ascenseur et ainsi affaiblir les finances du Canton.

Solutions diverses

Selon Jean Batou, d'Ensemble à Gauche, «le montant des primes devrait être proportionnel au revenu de chaque assuré». Mais on est loin d'un tel système, soupire le député, qui remarque notamment que les dispositions actuelles provoque un important endettement parmi les jeunes.

L'annonce d'une hausse de 5,7% des primes laisse pantois le PLR Pierre Conne: «Les bras m'en tombent, c'est tragique. Il manque au fond une stratégie coordonnée entre cantons pour limiter les coûts de la médecine. C'est dans ce domaine que l'effort doit porter», réclame l'élu. Ce dernier plaide pour une coordination nationale qui prenne en compte les besoins des médecines publiques, privées, ambulatoires, etc.

L'opacité des caisses-maladie est dans le collimateur de l'UDC Thomas Bläsi: «Les professionnels de la santé font des efforts alors que parallèlement que les frais administratifs des assureurs, inclus dans le montant des primes, augmentent. Ce n'est pas normal».

Enfin, «Genève est spolié» selon le PS Jean-Charles Rielle. «Les efforts genevois en matière de maîtrise des coûts permettent clairement à d'autres cantons d'avoir des primes plus basses.» L'élu, comme tous ses collègues du Grand Conseil, note qu'il n'y a plus aucune corrélation entre les coûts de la santé et la hausse des primes: «Ça ne peut plus continuer comme cela».

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