Irak: Raids aériens sur Tikrit: l'armée prépare un assaut
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IrakRaids aériens sur Tikrit: l'armée prépare un assaut

L'armée irakienne mène des raids aériens contre les insurgés qui tiennent la ville de Tikrit pour protéger les soldats contrôlant l'université et préparer un assaut sur la ville.

Après l'annonce par le Premier ministre Nouri al-Maliki que parallèlement à l'action militaire, une solution politique était désormais nécessaire pour sortir le pays de la crise, le Parlement issu des élections d'avril se prépare à se réunir le 1er juillet pour déclencher le processus politique de formation d'un gouvernement. M. Maliki, un chiite critiqué pour sa marginalisation des sunnites et son monopole du pouvoir, a finalement cédé aux appels de la communauté internationale pour qui seul un gouvernement rassemblant toutes les forces politiques et les communautés est à même de faire face à l'offensive jihadiste lancée le 9 juin. Mais le processus politique pour un tel gouvernement risque d'être long. Le nouveau Parlement doit élire dans un délai de 30 jours un président de la République. Ce dernier aura ensuite 15 jours pour charger M. Maliki, dont le bloc est arrivé en tête du scrutin, de former un nouveau gouvernement dans un délai de 30 jours.

En attendant, les troupes gouvernementales, après leur débandade aux premiers jours de l'offensive, tentent non sans grande peine de reprendre des régions prises par les insurgés menés par les jihadistes de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL). Après s'être emparée la veille de l'université de Tikrit à 160 km au nord de Bagdad, l'armée menait vendredi des raids aériens contre les insurgés pour protéger les soldats s'y trouvant, et préparait un assaut sur la ville qu'elle encercle, selon un haut gradé. Les combats ont poussé les familles des employés de l'université vivant à proximité à fuir. L'université est stratégiquement située sur la voie vers Baïji, la principale raffinerie de pétrole en Irak, et vers une base militaire plus au nord aux mains des insurgés.

«Maintenant, c'est fini»

Selon l'ONG Human Rights Watch, les combattants de l'EIIL ont procédé à Tikrit à des exécutions de masse de soldats, tuant entre 160 à 190 hommes sur deux sites dans cet ancien fief du président sunnite Saddam Hussein renversé par l'invasion américaine en 2003. «Les photos et les images satellites de Tikrit fournissent clairement la preuve d'un horrible crime de guerre», a-t-elle indiqué. Outre ce chef-lieu et d'autres secteurs de la province de Salaheddine (nord), les insurgés ont mis la main sur Mossoul, deuxième ville d'Irak, une grande partie de sa province Ninive (nord), d'autres secteurs des provinces de Diyala (est), Kirkouk (nord) et Al-Anbar (ouest). Devant la progression des insurgés, les forces de sécurité s'étaient retirées le 12 juin de Kirkouk, ville multiethnique et pétrolière au nord de Bagdad, mais ce sont les forces de la région autonome du Kurdistan qui en ont pris le contrôle.

Le président du Kurdistan Massoud Barzani a affirmé que le contrôle de cette ville par les Kurdes ne saurait être remis en cause, après une rencontre avec le chef de la diplomatie britannique, William Hague. «Maintenant, c'est fini», a-t-il dit en référence à la dispute opposant le Kurdistan, qui revendique la ville, au pouvoir central à Bagdad. Cette position pourrait encore compliquer la formation d'un gouvernement rassemblant toutes les parties et voulu par les Etats-Unis et leurs alliés occidentaux et arabes. Après des visites au Moyen-Orient dont l'Irak, et en Europe, M. Kerry est arrivé à Jeddah dans l'ouest du royaume saoudien sunnite pour s'entretenir avec le roi Abdallah de la menace posée par l'EIIL.

Des centaines de barrages routiers

L'Arabie saoudite a ouvertement accusé M. Maliki, au pouvoir depuis 2006, d'avoir conduit l'Irak au bord du gouffre par sa politique d'exclusion des sunnites, et a réclamé la formation d'un gouvernement d'entente nationale. Washington a de son côté appelé les leaders arabes à lutter contre les financements privés en provenance de leurs pays destinés aux jihadistes. L'offensive de l'EIIL, aidés d'ex-officiers de l'armée de Saddam Hussein, de groupes salafistes et d'éléments tribaux, menace aussi les pays voisins comme l'Arabie saoudite et la Jordanie qui ont renforcé leur dispositif de sécurité aux frontières.

Elle a fait des centaines de morts en Irak et des centaines de milliers de déplacés. L'Organisation internationale des Migrations(OIM) a lancé un appel pour l'ouverture de couloirs humanitaires afin d'atteindre les déplacés irakiens. «Des centaines de barrages routiers empêchent de rejoindre les gens et empêchent les gens de rejoindre les points de distribution», a déclaré une porte-parole de l'OIM. L'EIIL ambitionne d'établir un califat islamique à cheval sur l'Irak et la Syrie. Il est aussi engagé dans la guerre en Syrie où il contrôle des pans de territoires dans l'Est, frontalier de l'ouest irakien. (ats)

Le kamikaze tué à Beyrouth était l'un des nôtres, dit l'EIIL

Le kamikaze saoudien qui s'est fait exploser mercredi dans un hôtel de Beyrouth pour échapper à l'arrestation était un militant de l'EIIL, a affirmé vendredi le groupe jihadiste qui contrôle plusieurs localités de Syrie et d'Irak. Les services de sécurité libanais ont déclaré prendre ce communiqué au sérieux. Trois membres des forces de sécurité ont été blessés alors qu'ils tentaient d'arrêter le suspect saoudien mercredi à l'hôtel Duroy à Beyrouth. L'homme s'est donné la mort en faisant sauter la charge explosive qu'il portait sur lui. Un de ses complices a été blessé. C'était la troisième explosion en cinq jours au Liban, où les tensions entre chiites et sunnites ont été exacerbées par le conflit en Syrie voisine. «Deux lions de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EEIL) infiltrés à l'hôtel Duroy à Beyrouth ont affronté un groupe de la Sécurité générale fidèle au Parti de Satan», affirme dans son communiqué l'EIIL, pour qui le «Parti de Satan» est le Hezbollah chiite qui soutient les forces gouvernementales en Syrie. «Nous disons au Parti de Satan et à ses agents de l'armée libanaise que ce n'est qu'un aperçu de ce qui les attend. Nous leur disons qu'il y a des centaines de gens prêts au suicide et qui aiment le sang des chiites.» Les brigades sunnites Abdallah Azzam, liées à Al-Qaïda, ont menacé mercredi de frapper le Hezbollah au Liban. «On ne vous laissera pas en paix tant que les peuples de Syrie et du Liban ne retrouveront pas la sécurité», ont-elles averti dans un communiqué. Selon les services de sécurité libanais, le Saoudien qui s'est tué mercredi préparait un attentat contre un restaurant des quartiers chiites du sud de Beyrouth.

10'000 personnes fuient Qaraqosh

Près de 10'000 personnes ont fui les bombardements autour de la ville chrétienne de Qaraqosh, dans le nord de l'Irak, pays en proie depuis plus de deux semaines à une offensive d'insurgés sunnites, ont indiqué des habitants et une agence de l'ONU vendredi. Les habitants ont quitté leurs maisons en urgence, une grande partie d'entre eux cherchant refuge à Erbil, la capitale de la région autonome du Kurdistan irakien, selon le Haut Commissariat de l'ONU aux réfugiés (HCR).

Qaraqosh est située entre Mossoul, la deuxième ville d'Irak, tombée aux mains des insurgés le 10 juin, et Erbil, pour l'heure relativement épargnée par l'offensive emmenée notamment par les jihadistes de l'Etat islamique en Irak et au Levant. «Environ 10'000 membres des communautés chrétiennes de Qaraqosh ont fui leurs maisons après que des obus de mortiers se sont abattus près de la ville plus tôt dans la semaine», selon un communiqué du HCR publié sur leur site internet.

«Nos enfants n'ont pas dormi pendant deux jours, parce qu'ils avaient peur des bombardements», explique Azaar Behnam, assise à côté de ses cinq enfants dans un centre d'accueil à Erbil. «Nous somme partis, et nous avons tout laissé derrière nous. Les bruits devenaient terribles, et la vie, impossible», ajoute-t-elle.

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