Syrie: Raqqa libérée mais complètement détruite
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SyrieRaqqa libérée mais complètement détruite

L'ancienne capitale de l'Etat islamique a été reprise mardi aux mains des djihadistes. Vue du ciel, la ville syrienne est en champ de ruines.

Des rues désertes, quelques nuages de fumée, des dizaines de bâtiments éventrés. On reconnaît le «rond-point de l'enfer», l'hôpital, le stade. Conquise par l'Etat islamique en 2014, propulsée au rang de capitale du «califat», la ville syrienne de Raqqa ne montre plus que des ruines, comme l'attestent des images diffusées par CNN.

Mardi, la ville est tombée aux mains de forces soutenues par les Etats-Unis après plusieurs mois de combats. La chute de Raqqa, annoncée par les Forces démocratiques syriennes (FDS), représente un revers de taille pour l'EI. «Tout est fini à Raqqa (...) Il y a actuellement des opérations de ratissage pour éliminer les cellules dormantes, si on en trouve, et pour déminer la ville», a indiqué mardi un porte-parole des FDS.

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Raqqa, symbole des atrocités

En trois ans, Raqqa était devenue le symbole des pires atrocités commises par Daech. La plupart de ses habitants avaient fui. Certains ont été évacués. Pour les survivants et les combattants de la coalition, l'heure est à la fête.

Avec l'unique main qui lui reste, Hazem Kobane, 23 ans, dresse le drapeau jaune des Forces démocratiques syriennes sur le rond-point de Raqqa où l'EI procédait aux décapitations et autres atrocités. «Ça, c'est le moment qu'on attendait», affirme-t-il.

C'est au centre du rond-point qu'ils brûlaient les livres et les paquets de cigarettes. Transformé en un laboratoire de l'horreur, le rond-point Al-Naïm avait été rebaptisé «rond-point de l'enfer».

«C'est ici que Daech décapitait des personnes innocentes accusées de refuser de servir l'Etat islamique», explique Rojda Felat, commandante FDS pour l'opération de Raqqa. Elle agite un énorme drapeau jaune portant le nom de sa milice.

Ville dévastée, habitants traumatisés

La majeure partie de Raqqa - y compris les bâtiments autour d'Al-Naïm - a été dévastée par des mois d'affrontements et de raids aériens. Pour les habitants de Raqqa qui avaient pu fuir la ville, la reprise d'Al-Naïm suscite une forte émotion. «Ils ont décapité mon neveu. J'ai été fouettée à quatre reprises à cet endroit parce que j'avais mal mis mon niqab», raconte en pleurant Oum Abdallah, une femme âgée de 44 ans qui a fui sa ville il y a trois ans.

Ahmad al-Hassan, un membre des FDS originaire de Raqqa, ne peut lui non plus s'empêcher de penser aux atrocités commises sur ce rond-point. Mais il garde encore de bons souvenirs d'Al-Naïm, de l'époque d'avant l'occupation djihadiste. Avant 2014, «c'était plein de restaurants, de cafés et il y avait la meilleure cafétéria qui résonnait des chansons de Feyrouz tellement fort qu'on les entendait partout dans Raqqa.»

Reconstruire une cité en ruines

Mais pour les combattants, la victoire de mardi est douce-amère. Raqqa a été reconquise, «tant mieux! Mais pour que je puisse être pleinement heureux je veux revenir dans ma ville dévastée», affirme Ahmad al-Hassan qui se trouve à Aïn Issa, à quelque 50 km au nord de Raqqa. «Raqqa est libérée mais je ne sais pas si je dois être content ou triste», confie-t-il.

Les FDS devront désormais s'acquitter d'une tâche colossale: reconstruire une cité en ruine. La gestion politique de Raqqa ne sera sans doute pas plus facile. Dans l'immédiat, le conseil civil de Raqqa (CCR) constitué par les FDS devra assurer la sécurité, la réparation des infrastructures et la distribution de l'aide, s'il compte remporter l'adhésion d'une population civile exsangue. Il devra en outre organiser le retour des habitants contraints à l'exode.

(20 minutes/afp)

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